Dossier manga - Japan Expo 2012 - Première partie

Note des lecteurs 19.50 /20

Sommaire

Publié le Vendredi, 20 Juillet 2012


Les incontournables

  
 

Naoki Urasawa

 
Arrivée très tôt dans l'année, l'annonce de la venue de Naoki Urasawa à la Japan Expo a fait grand bruit. En quelques années, l'auteur de Monster, 20th Century Boys, Pluto ou plus récemment Billy Bat a su s'imposer dans le cœur des lecteurs français comme l'un des plus prolifiques mangakas de son époque. A la manière de ses œuvres, la SEFA a fait monter le suspense au fil des mois en annonçant différents évènements incontournables pour les fans du maître du thriller...
  
Jamais un invité d'honneur de la Japan Expo n'aura été aussi prolifique sur l'évènement. Bien qu'il n'y soit présent que pour les trois derniers jours, Naoki Urasawa aura donné de sa personne avec un planning plus que chargé ! Hormis quatre séances de dédicaces (pour lesquelles même se lever aux aurores ne servait à rien devant l'hégémonie des premium), l'auteur a tout d'abord effectué deux conférences publiques à l'ambiance bien distincte. Pour la première, qui s'est tenue le vendredi, le mangaka est revenu sur les adaptations animées de ses séries, en compagnie de Masao Maruyama, co-fondateur du studio Madhouse avec qui il a entretenu une sincère collaboration. Les échanges entre les deux hommes étaient détendus, en étant entrecoupés par les questions de l'audience qui animaient d'elles-mêmes le débat.
   
  
 
   
 
Mais cette première rencontre n'était qu'une mise en bouche avant la masterclass du lendemain, où l'auteur a vraiment pu recevoir toute l'admiration de son public ! Sur la scène principale du Parc des Expositions, le mangaka s'est prêté au jeu des questions de Stéphane Beaujan, son interlocuteur privilégié, puis du public présent massivement pour l'occasion. Le tout a été ponctué par différents dessins réalisés à vif, au fil de la discussion, pour finir sur une imposante fresque reprenant les protagonistes de ses histoires. Cerise sur le gâteau, l'auteur a également donné de la voix en interprétant deux chansons en version acoustique : une version japonaise de North Country Girl de Bob Dylan, l'une de ses idoles, ainsi que l'incontournable Bob Lennon, chanson issue du manga 20th Century Boys qui a fini par rejoindre notre réalité.
 
 
  
    
 
En effet, pour ceux qui l'ignoreraient encore, outre sa carrière de mangaka, Naoki Urasawa suit une véritable passion pour le rock, et a même enregistré son propre album il y a quelques années. Cet aspect de la personnalité de l'auteur n'a pas été oublié, et en plus de la prestation "improvisée" de la masterclass, l'auteur s'est également produit sur la scène du showcase de la Japan Expo en compagnie du groupe Hemenway. S'il n'a présenté que trois chansons (20th Century Boy de T-Rex, et deux chansons figurant sur son album : Hanseiki no Otoko et Bob Lennon), ce moment restera inoubliable pour les fans qui seront resté jusqu'au bout du festival. De son côté, le mangaka semblait également très heureux d'aller à la rencontre de son public français et européen, et gardera sans doute un très bon souvenir de l'accueil que lui ont réservé ses fans.
 
 

 
  
Quelques déceptions ont néanmoins été au rendez-vous autour de la venue de l'auteur en France, la première concernant l'exposition qui lui était consacrée. Certes plus imposante que celle de Yumiko Igarashi en 2011, et à superficie égale à celle dédiée à Tsukasa Hôjo en 2010, la galerie se divisait en différents espaces, chacun présentant une des œuvres du mangaka au travers de nombreuses illustrations. Le contenu était imposant, mais manquait d'originalité pour les possesseurs de l'artbook Manben, hormis quelques rares illustrations inédites. Mais surtout, on déplorera son absence de fantaisie : mis à part une statue grandeur nature d'Ami, le grand méchant de 20th Century Boys, l'exposition manquait clairement d'objets-clés, de références,... de folie, tout simplement. Le contrat fut certes rempli, mais très timidement.
     
 
   
  
  
 
    
Les autres déceptions sont à mettre du côté de la presse : devant le planning très chargé de l'auteur, la SEFA a décidé de limiter les créneaux d'interview en laissant la priorité aux grands médias nationaux, en dépit des médias spécialisés, c'est pourquoi nous ne vous présenterons pas d'interview du maitre. En guise de consolation, les autres journalistes eurent donc droit à une très courte table ronde (vingt minutes pour huit intervenants, qui n'ont pas pu tous s'exprimer) et une "conférence de presse" qui n'en avait que le nom, puisque la trentaine de journalistes présents ont regardé un trente-et-unième interviewer l'auteur sans pouvoir intervenir dans les échanges. Frustrant. Enfin, notons la déplorable absence de considération de la SEFA pour Alexis Orsini, auteur de L'Air du temps, la monographie dédiée à Urasawa. Pourtant présent sur l'évènement en dédicace, ce jeune passionné n'a eu aucun moyen de rencontrer l'auteur durant la convention.
   
 
 

Autres invités manga et animation


Derrière cet imposant invité d'honneur, de nombreux auteurs ont également fait le déplacement, attirant à leur tour une massive communauté de passionnés.
 
L'un des mangakas les plus remarquables de la convention fut Tetsuya Saruwatari, auteur de Tough et Free Fight. L'éditeur Tonkam a en effet proposé un programme de choix pour accompagner son invité vedette. A l'instar d'Urasawa, Saruwatari a donné deux conférences publiques (l'une le vendredi, l'autre le dimanche) où il répondit aux questions de ses lecteurs, offrit deux dessins, et posa avec les fans qui avaient obtenu un T-shirt de sa série phare. L'éditeur proposait également un artbook exclusif à la vente ainsi que des jeux video de free fight en freeplay sur son stand, et disposait d'un véritable ring de combat au milieu de l'espace du Comic Con', remplaçant les démonstrations de catch de l'année passée. Si le pari n'était pas forcément gagné d'avance (la discipline ciblant un public assez restreint), l'aura de Saruwatari finit par mettre tout le monde d'accord !
 
 
   
  
      
 
Dans un tout autre registre, Rei Toma fut l'une des invités les plus attractives du stand de Kazé, voire de l'ensemble de la Japan Expo ! La mangaka à qui l'ont doit L'Arcane de l'Aube était présente pour différentes séances de dédicaces, mais aussi pour deux masterclass qui se sont tenues directement sur le "shojo café", l'une des annexes du stand de l'éditeur. Cette jeune auteure semble avoir pleinement profité de son séjour parisien et de la rencontre avec ses lecteurs.
  
 
  

Dans les invités moins exposés,  nous noterons la présence de Tetsuya Tsutsui (Duds Hunt, Manhole, Prophecy) et de Natsumi Aida (Switch Girl), qui n'ont donné de leur côté aucune conférence publique, se centrant ainsi uniquement sur les exercice des dédicaces et des interviews. Pour le premier, l'éditeur Ki-oon a néanmoins déroulé le tapis rouge en décernant à l'auteur une imposante rétrospective de ses œuvres, avec des représentations de leurs protagonistes en grandeur nature. Mais du côté d'Aida, le mot d'ordre était la confidentialité, la mangaka ne se rendant sur le salon que pour ses séances d'autographe dans l'ambiance intime d'un isoloir sur le stand d'Akata/Delcourt. En effet l'auteure n'a pas désiré montrer publiquement son visage pour sauvegarder son anonymat. Cette contrainte n'avait cependant pas empêché une masterclass d'Izumi Tsubaki à la Japan Touch de Lyon, et il est d'autant plus regrettable que Natsumi Aida ne se soit pas prêté à l'exercice car sa série, Switch Girl, était grandement mise en avant sur le salon. En effet, l'arrivée prochaine de son adaptation live en France était lancée avec la venue de l'actrice principale, Mariya Nishiuchi. Une rencontre entre les deux femmes aurait pu être un des meilleurs moments de la convention. Dommage.
        
 
    
  
 
     
Parmi les plus discrets, nous retiendrons la présence de deux maitres du manga dans des registres bien distincts, mais qui sont loin d'avoir eu les honneurs qu'ils auraient du avoir. Grand auteur dans le registre du hentai et connu comme "le maitre des tentacules", Toshio Maeda a bien eu droit a une conférence publique en début de convention, bien que réservée à un public obligatoirement majeur. Mais, sorti de cette célébration, l'auteur a passé le festival sur son stand en vendant lui-même ses propres illustrations, au milieu de l'espace des éditeurs. Cela n'a cependant pas altéré la bonne humeur du mangaka, prompt à discuter avec ses lecteurs comme avec les curieux, dans un anglais irréprochable ! Le festival eut encore moins de considération pour Moto Hagio, une auteure encore peu connue en France mais pourtant considérée au Japon comme la mère du shojo moderne et du registre du shonen-ai. Cette grande dame est venue humblement avec une stature digne d'un exposant amateur, en publiant sous la forme d'un fanzine ce qui restera comme sa première oeuvre jamais publiée en France : Leo-kun, une histoire en trois volumes éditée pour l'occasion en version japonaise et française en parallèle. La mangaka présentait cependant de nombreuses illustrations sur son stand, et a pu se rapprocher du paysage éditorial français à l'occasion du festival.   
   
 
      
  
    
  
L'animation japonaise n'était quant à elle pas en reste avec la présence de nombreux invités. Nous l'avons précédemment évoqué, Masao Maruyama était présent pour revenir sur sa longue et prolifique carrière. Outre sa conférence avec Urasawa, le producteur disposait de sa propre conférence en tout début de festival, et fit également découvrir sa dernière série évènement, Kids on the Slope, en ouvrant la projection de ses premiers épisodes.
Un autre invité de marque fut Makoto Shinkai. Accueilli par l'éditeur Kazé, le réalisateur de 5cm par seconde faisait l'actualité avec la sortie en DVD et Blu-ray de son dernier film : Voyage vers Agharta, sur lequel il est revenu longuement lors d'une conférence publique autour de la poésie dans l'animation japonaise. Trop longuement même, aux dires de certains spectateurs qui ont découvert bien malgré eux quelques éléments de la fin du film !
A l'occasion de l'anniversaire des trente ans de la licence Macross, le festival recevait le réalisateur Takashi Watanabe et le chara-designer Haruhiko Mikimoto, qui participèrent à deux conférences autour de la légendaire saga. Enfin, notons également la présence du réalisateur Kazuhiro Furuhashi et de la productrice Ai Abe, ayant travaillé sur les OAV de Kenshin - Tsuiokuhen et qui en présentèrent une nouvelle adaptation animée des aventures du célèbre vagabond avec New Kyoto Saga, diffusée sur le festival.
     
 
    
  
       
  

Hommage aux disparus ?

 
Hormis celle consacrée à Naoki Urasawa, la Japan Expo s'est révélée en cette année 2012 très pauvre en expositions. Outre la sempiternelle galerie dédiée aux Japan Expo Awards, le festival a également recyclé l'exposition autour de la ville de Kyoto déjà présente à Japan Expo Sud en mars dernier. Mieux mise en valeur, mais plus réduite en terme d'espace, cette dernière n'a sans doute pas attiré l'attention des visiteurs. Nous noterons également la disparition de l'espace Ganbare Japan, pourtant encore présent à Marseille il y a quelques mois. La page du séisme de mars 2011 semble donc définitivement tournée de ce côté.
    
 
  

    
Après l'hommage rendu l'an dernier à Satoshi Kon, Japan Expo a également "innové" en 2012 avec un nouvel espace d'exposition intitulé "Hall of Fame", en offrant une dernière pensée pour ceux qui nous ont malheureusement quittés l'an dernier. Cependant, cet espace nous a laissé un sentiment un peu perplexe d'un hommage un peu forcé, d'un passage obligatoire et bien peu inspiré. Le fait de regrouper dans un espace aussi réduit autant de grands noms (Jean Giraud, Bruno Bianchi, Shingo Araki, Osamu Dezaki,...) a eu pour effet de n'en mettre en avant aucun véritablement, d'autant que leur traitement fut assez inégal. Si l'intention de départ est bonne, la taille et la forme de cette galerie nous a donc laissé une impression d'un hommage factice et bien peu sincère.
    
 
      
  
  
  

Japan Expo Awards 2012

   
Toujours réservée au milieu professionnel ainsi qu'à quelques privilégiés, les Japan Expo Awards se sont une nouvelle fois tenus à la fin de la première journée du festival, en accusant un retard assez lourd avant d'ouvrir leurs portes. La formule est restée sensiblement identique à l'année passée, avec le même duo d'animateurs (Marcus et Claude Yoshizawa) qui eurent bien du mal à faire décoller l'évènement. Il faut dire que cette année manquait cruellement d'invités "décalés", aussi les intermèdes étaient assurés par des associations de la scène culturelle, proposant un mini-récital de taiko et une initiation au rakugo, l'art du contage d'histoires et de poèmes. Le tout fut également entrecoupé par une présentation de l'application ComiCom.me, présenté comme une exclusivité alors qu'il ne s'agissait que d'une opération de communication étrangement orchestrée...
 


           
   
Du côté du palmarès, on ne retiendra que peu de surprises, hormis en catégorie shojo ou beaucoup de séries pouvaient récolter le titre. On sourira également de voir Ashita no Joe, l'une des séries fondatrices du shonen moderne, récompensée en tant que seinen, mais on ne boudera pas son plaisir devant une nouvelle récompense pour ce titre culte ! Pour le reste, Nintendo rafle la mise des prix jeux vidéos, et Cornelius émerge dans les prix Asie-ACBD avec Une Vie dans les Marges et pour celui de la meilleure édition, remis par l'ATEP à NonNonBa. Deux prix d'honneur ont également été remis aux têtes d'affiche du salon, le groupe Flow et Naoki Urasawa (ce dernier étant absent à la cérémonie), ce qui devient là encore une habitude d'année en année.
  
 
  
  

© 2012 Manga-news.com

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