Dossier manga - Blessures nocturnes

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Sommaire

Publié le Mercredi, 03 July 2013


Présentation

 
 

Résumé

 
Au lycée, le professeur entre en classe. Il salue ses élèves, énonce le programme du jour, avant de faire l’appel. Arrivé au septième nom de la liste, il remarque que l’élève au deuxième rang est absent. Étrange, ce n’est pas dans ses habitudes. Sans doute est-il malade. Puis le lendemain, il est également absent. Et le surlendemain aussi. Et ce, tout le premier trimestre. Le professeur est inquiet.
    
Il décide de rendre visite aux parents. Au domicile du père, il ne trouve qu’une épave humaine, imbibée d’alcool, incapable de savoir quel jour on est. Comment peut-on espérer de lui qu’il sache où est son fils ? Il contacte les services sociaux. Aucune plainte déposée. Aucun antécédent. Circulez, il n’y a rien à voir.
   
Un soir, en milieu de semaine, ce professeur commence l’activité pour laquelle il est célèbre dans tout le Japon : une ronde, comme toutes les nuits. Errer dans les quartiers animés de la ville, afin de repérer des jeunes en détresses, c’est ce qu’il fait depuis des années. Et cet élève, il le croise enfin, après de longues semaines d’absences. Deux hommes, plus costauds à ses côtés. Des tatouages de dragon. Le pauvre jeune garçon sèche les cours pour œuvrer chez les yakuza. Seize ans à peine. Les yeux rouges, des cernes gigantesques, il ne fait pas que vendre la drogue qu’il marchande. Les gros bras qui l’accompagnent, ça ne fait pas peur au professeur. Il aborde immédiatement son élève, quitte à se faire menacer par eux.
    
« Où étais-tu ? On s’inquiète pour toi !
- Vous êtes bien le seul monsieur. Mais ne vous en faites pas, je suis bien plus heureux comme ça. »
   
Le professeur n’y croit pas. Il le croise plusieurs fois par semaine pendant les rondes, mais ne parvint jamais à lui faire entendre raison. Au bout d’un moment, les gros bras ne laissent plus le professeur approcher le jeune homme.
   
Alors qu’il n’a jamais lâché prise, alors qu’il a toujours tenté de le sortir du monde de la nuit, il apprend son décès dans les journaux, refroidi par un clan ennemi.
     
Ce professeur s’appelle Osamu Mizutani, et existe bel et bien. Le cas de cet élève est fictif mais inspiré de faits réels. Des pauvres jeunes gens, plongés dans les ténèbres de la mafia, de la drogue, de la prostitution, il en a vus  tant mourir, au point de ne plus pouvoir le supporter. Heureusement, ses fameuses rondes de nuit, qu’il exécute depuis les années 1990, ont parfois porté leurs fruits, et ont pu sauver énormément d’adolescents d’un enfer certain. Son message se propage au travers de la télévision japonaise , de la radio, par ses livres. Un message d'espoir, à tous ces enfants en détresse : « Je suis là, je veux vous aider ».
  
 
  
     
      

Fiche signalétique

       
A l'origine, Yomawari Sensei (Le professeur veilleur de nuit) est une série de romans autobiographiques réalisés à partir de 2004 par Osamu Mizutani. L'enseignant y fait part de ses rencontres avec des jeunes en perdition et brosse le portrait d'une société en crise. La maison d'édition Shôgakukan décide assez rapidement de proposer une adaptation manga intitulée Blessures Noctunes (夜回り先生) qui sera confiée au prolifique Seiki Tsuchida. Cette version débuta en 2005 au sein du Gekkan Ikki, magazine mensuel où l'on retrouve des titres assez particuliers comme Bokurano, La Cité Saturne ou encore Dorohedoro, pour ne citer qu'eux. Elle aura rapidement connu un vrai succès, le premier tome s'étant vendu à plus de 350 000 exemplaires.
    
La série compte neuf volumes, publiés au Japon entre septembre 2005 et janvier 2009. La même année, en mai, parait  un volume spin-off qui, à l'inverse des précédents, s'intéresse à une seule histoire sur 150 pages, qui s'accompagnent de la retranscription d'un entretien avec la protagoniste réelle de ce récit.
     
    
En Francophonie, la série nous parvient à la rentrée 2008 chez le label Sakka des éditions Casterman, et sous le titre Blessures Nocturnes. Les premiers volumes, dont les couvertures sont inédites (les originales auraient-elles été jugées trop austères ?), sortent avec un intervalle de quatre mois. Le tome 9 parait quant à lui en octobre 2011, mais l'éditeur décide de publier également le spin-off de la série en tant que dixième opus, ce qui sera chose faite en avril 2012.
     
Suite au décès de Seiki Tsuchida, les éditions Shôgakukan publient en juin 2012 un second one-shot, sous forme d'hommage au mangaka disparu : Yomawari Sensei - Kibô-Hen (Le livre de l'espoir). Cet ultime recueil permet de découvrir trois chapitres encore inédits en version reliée, ainsi que quelques illustrations et des histoires réalisées par d'autres mangakas. Cet ouvrage n'a pour l'instant pas encore été édité sous nos latitudes.
  
 

     
     

Les auteurs

     
Osamu Mizutani


     
Sans rentrer immédiatement dans le détail de sa vie sur laquelle nous aurons le loisir de revenir ultérieurement, Osamu Mizutani (水谷 修) est né en 1956. Au cours des années 1970, il suit des études de Philosophie qu'il finit par abandonner, pour partir un temps en Europe où il enchaine les petits boulots. Mais à la fin de la décennie, il revint sur les bancs de l'Université pour finalement devenir enseignant en Sciences Sociales, dans un collège de Yokohama. Au fil des ans, il se mit à donner des cours du soir pour des élèves en difficulté, scolaires comme sociales. Il décida également de patrouiller la nuit pour retrouver des jeunes gens en perdition et les aider dans leur réinsertion. L'enseignant procède ainsi à ses rondes de nuit depuis une vingtaine d'années, et diffuse également son message à plus large échelle : conférences, passages en télévision, ainsi que par le biais d'ouvrages spécialisés, dont font partie les volumes de Yomawari Sensei. A la fin du mois de septembre 2004, Osamu Mizutani décide de quitter l'enseignement, pour consacrer uniquement à ce combat du quotidien.
  
  
 
     
Seiki Tsuchida
 

    
Né le 21 mars 1969 à Omori, dans la préfecture d'Akita, Seiki Tsuchida (土田世紀) se lance très tôt dans le monde du manga. A seulement dix-sept ans, il participe au prix Tetsuya Chiba de la Kôdansha et en ressortit finaliste.
La nouvelle soumise à ce concours, intitulée Zansho, fut à l'origine de son tout premier manga : Miseinen (未成年), publié en 1987, et qui lui vaudra le prix Shikisho.

Son premier travail au long cours est Orebushi (俺節) (1990-1993, neuf tomes), qui nous narre l'histoire d'un provincial arrivant à la capitale pour devenir chanteur d'enka. Trois ans plus tard, il se lança dans Henshû Ô (編集王) (1993-1997), où un ancien boxeur devient éditeur de manga.



Mais ce n'est qu'avec sa troisième série au long cours que le mangaka se fit connaitre : Onaji Tsuki wo Mite Iru (同じ月を見ている), plus connu à l'internationale sous le titre Under the Same Moon. Cette série en sept volumes, édités entre 1997 et 2000, nous fait suivre Gen, ou Don-chan, un enfant un peu simple d'esprit mais qui a la faculté de lire les pensées d'autrui pour les représenter sous forme de dessin. Under the Same Moon fut honoré du prix d'Excellence du Media Arts Festival en 1999 (la même année qu'un certain Quartier Lointain) et fut même transposé en long métrage en novembre 2005. En France, la série parait d'aout 2007 à octobre 2008, chez Sakka-Casterman. 
 
   
    
Le succès d'Under the Same Moon aura sans doute été capital quant au choix du mangaka pour l'adaptation de Yomawari Sensei (夜回り先生), tant l'on retrouve plusieurs passerelles entre les deux œuvres. Pendant quatre ans, le dessinateur se consacra quasi-intégralement à cette œuvre intitulée Blessures Nocturnes pour la France, à l'exception d'un ou deux one-shots, et ne se lança pas dans une nouvelle œuvre longue par la suite.

Seulement âgé de 43 ans, Seiki Tsuchida nous quitte le 24 avril 2012, des suites d'une cirrhose du foie. Malgré sa soudaine disparition, le mangaka aura fêté vingt-cinq années de carrière, portées par tout autant d'histoires, dont une inachevée : Kazoku (かぞく),  un recueil de nouvelles sur la famille, publié de manière posthume un an après son décès. Il emporte avec lui son style graphique atypique et sa narration poignante, salués par un vrai succès critique et populaire au Japon.

   
 

YOMAWARI SENSEI © Osamu MIZUTANI, Seiki TSUCHIDA / Shogakukan Inc.

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