Critique du volume manga
Publiée le Jeudi, 15 Janvier 2026
2026 est vouée à être une année particulière pour les éditions Doki-Doki puisqu'elle marque leurs vingt ans d'existence. Et pour l'inaugurer, la première nouveauté du la&bel manga de Bamboo cette année est la version manga d'une oeuvre qui possède déjà une belle petite réputation: Witch and Mercenary. Lancé au Japon en janvier 2024 sur le site Magazine Pocket des éditions Kôdansha avec sept volumes parus à l'heure où ces lignes sont écrites, ce manga de Makoto Miyagi (dont c'est la première série) est l'adaptation du light novel de dark fantasy éponyme, écrit depuis 2021 par Kaeru Chohokiteki, illustré par Bench Kanase, et publié en France par les éditions Mahô depuis le début de l'année dernière.
Cette histoire de fantasy nous immisce dans un monde où, depuis toujours, les sorcières sont craintes et pourchassées par les humains à cause de leurs redoutables pouvoirs magiques. Et Siasha, surnommé la sorcière silencieuse, apparaît comme l'une des plus redoutée, puisque les troupes humaines ayant essayé de l'éliminer ont à chaque fois été décimées. Cela n'empêche pas le fils d'un seigneur local de tenter à son tour sa chance en engageant une armée de mercenaires parmi lesquels Zig Crane ressort facilement, de par son physique de colosse et la très imposante arme qu'il manipule. Mais rien n'y fait: une nouvelle fois, quasiment tous les mercenaires ressortent soit morts soit blessés de la confrontation avec Siasha... à l'exception de Zig, qui parvient jusqu'à elle. Mais loin d'immédiatement la tuer, le colossal mercenaire est intrigué par cette femme qui semble si frêle et si résignée, vue de près. En parlant un peu avec elle, Zig apprend qu'elle ne tue aucunement par plaisir, et qu'elle s'est toujours contentée de se défendre face à ces humains cherchant à l'éliminer sans qu'elle sache trop pourquoi, comme si sa différence et son existence n'avaient aucune valeur. Après des siècles de solitude, la sorcière semble usée, au bord du gouffre... et quelque part, Zig se retrouve en elle, lui qui, en tant que mercenaire, a un sort qui indiffère totalement les autres. Alors, Zig choisit d'épargner il choisit d'épargner Siasha, touché par son désir sincère de vivre en paix. Et la sorcière, consciente du talent du mercenaire, lui propose alors de l'embaucher pour devenir son garde du corps dans un but précis: partir à la recherche de terres inconnues où personne ne pourra retrouver leur trace et où ils pourront enfin vivre paisiblement.
parlons tout d'abord du rendu visuel de cette version manga puisque, assurément, la première chose qui frappe est la potentiel de dessinateur du mangaka, qui a de quoi impressionner suffisamment pour une toute première oeuvre. Dès les premières dizaines de pages, avec la confrontation entre Siasha et l'armée de mercenaires, Makoto Miyagi cherche à en mettre plein la vue et y parvient plutôt bien, car en plus d'offrir des planches bien fournies (y compris dans les décors, immersifs à souhait) et des designs assez précis, vifs et expressifs, il propose des séquences d'action particulièrement fluides, aussi bien dans les mouvements et coups des armes que dans la magie utilisée par Siasha. Cette très bonne impression, elle se confirmera ensuite facilement au fil du tome, notamment via le design plutôt imposant et terrifiant des malebêtes, et même si l'on pourra voir un petit peu de relâchement dans certains visages pendant le chapitre 4.
Bref, on a donc un chouette rendu graphique qui sert efficacement un début d'histoire attachant, de par ce qui unit immédiatement les deux protagonistes, âmes brisées et épuisées, dont la vie "sans valeur" a jusque-là été bafouée par les humains, et qui n'aspirent alors plus qu'à trouver un endroit paisible pour vivre, ce qui les pousse à prendre la direction de l'outre-terre, un continent quasiment inexploré. Même si l'on imaginer le voyage durer plus longtemps, et même si la dernière partie du tome semble déjà revenir à des choses beaucoup plus classiques du genre au vu de ce que Siasha et Zig décident de devenir sur cet autre continent, l'idée d'explorer des terres inconnues reste forcément stimulante, et surtout il y a déjà un attachement qui naît indéniablement pour ce binôme. Leur complémentarité fait mouche, autant dans leur façon de se battre que dans leur caractère respectif. Et puis, loin de leurs terres d'origine où tout prétexte est bon pour éliminer la moindre différence et pour faire la guerre (le parallèle avec notre propre réalité n'étant alors pas bien loin), ces deux-là s'adoucissent, découvrent d'autres choses, surtout dans le cas de Siasha qui est régulièrement touchante quand elle découvre des aspects plus beaux de cette humanité qu'elle a toujours dû fuir. Tout simplement, voir sa solitude se briser et ses expressions se diversifier au fur et à mesure de ses petites découvertes a quelque chose d'assez réjouissant.
A l'arrivée, malgré une fin de tome plus classique, les promesses sont belles. L'univers installé est suffisamment intéressant, Makoto Miyagi séduit beaucoup sur le plan visuel pour ce qui est la première série de sa carrière, il y a beaucoup de chose à ressortir du déjà attachant duo principal... Bref, tous les ingrédients sont là pour faire de ce premier volume une belle petite réussite dans sa catégorie !
Enfin, du côté de l'édition française, on retrouve les qualités habituelles de Doki-Doki : un papier assez épais, souple et suffisamment opaque, une bonne qualité d'impression malgré quelques moirages discrets, un lettrage soigné de Jean-François Leyssène, une traduction très claire de la part de Camille Velien, une jaquette fidèle à l'originale japonaise, et un logo-titre bien pensé.
07/01/2026
04/03/2026