Pluto - Actualité manga
Dossier manga - Pluto

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Sommaire

Publié le Vendredi, 09 Septembre 2011


Présentation


A qui le tour ?


Au beau milieu des Alpes Suisses, un incendie se déclare, laissant transparaître un spectacle de désolation. Terre calcinée, arbres déracinés, morceaux de ferraille disséminés. Voilà que vient de mourir Mont-Blanc, illustre bienfaiteur du monde moderne. L’humanité pleure une de ses plus grandes créations… un robot défenseur de la paix. Autour de son casque, deux cornes furent plantées.

Düsseldorf, état fédéral d’Europe. Un homme, Bernard Lanke, vient d’être retrouvé mort à son domicile, visiblement cambriolé. Pourtant, aucune trace humaine n’a été retrouvée chez ce fervent défenseur des robots. Autour de sa tête, deux cornes furent plantées.

Enquêtant sur cette affaire, l’inspecteur Gesicht travaillant pour le compte d’Europol fait rapidement le lien entre les deux assassinats. Une terrible vague de crimes en série pourrait bien être sur le point de débuter. Les principales cibles désignées sont les sept robots de destruction massive, ayant participé à la dernière guerre au Proche-Orient. Ils s’appellent Mont-Blanc, Astro, North 2, Brando, Hercule, Epsilon, mais aussi… Gesicht.
 
Qui est derrière cette sombre machination ? Qui se cache derrière les cornes de Pluto, le roi des Enfers ?



Génèse d’une résurrection


Rencontre de deux génies
Osamu Tezuka et Naoki Urasawa sont deux auteurs qu’il n’est sans doute plus besoin de présenter, mais pour les besoins du présent article, un rappel s’impose.
 


D’un côté, Osamu Tezuka (手塚治虫, 1928-1989), dit « Le Dieu du Manga » que tout lecteur de bande-dessinée japonaise est obligatoirement censé connaître, ne serait-ce que de nom. Grand auteur populaire, Tezuka posa, dès la fin des années 1940, les codes d’un genre jusque là encore peu original, en se fondant sur les principes du cinéma, et reprenant l’expressivité des personnages de Walt Disney, sa plus grande source d’inspiration. Le manga moderne doit tout à ce maître qui a laissé à la postérité des œuvres populaires, tous genres confondus : Le Roi Léo, Black Jack, La vie de Bouddha, Phénix l’oiseau de feu, Ayako, L’histoire des 3 Adolf, Princesse Saphir… et bien sur Tetsuwan Atom, plus connu dans le monde sous le nom d’Astro Boy.  Le petit robot à la puissance de cent mille chevaux connaîtra un succès retentissant au Japon et en dehors, devenant la mascotte de Tezuka et l’étendard symbolique du manga moderne en général.



De l’autre côté, Naoki Urasawa (浦沢直樹), né en janvier 1960, est un des mangakas les plus réputés à l’heure actuelle, connaissant un succès tant populaire que critique. Auteur de nombreux seinen, il rencontre le succès au Japon entre la fin des années 80 et le début de la décennie suivante avec deux titres marquants : Yawara! (1986) puis Happy! (1993), séries sportives consacrées respectivement au judo et au tennis. La reconnaissance mondiale viendra grâce à ses deux thrillers fleuves que sont Monster (1994) et 20th Century Boys (1999). Nous vous invitons d’ailleurs à aller (re)découvrir le dossier consacré à cette dernière œuvre phare, pour découvrir une biographie plus exhaustive qu’il serait redondant de développer ici.

Il apparaît clairement qu’Urasawa peut être considéré comme un enfant légitime de Tezuka. L’auteur aura notamment été marqué dans son adolescence par la série Phénix,  qu’il considère, aujourd’hui encore, comme une référence du manga, affirmant que tout le monde devrait l’avoir lu au moins une fois dans sa vie. Mais, quelques années plus tôt, le petit Naoki était déjà fortement influencé par l’univers du maître. Enfant réservé, il passait ses journées à dessiner, en recopiant les personnages des différentes séries de Tezuka, à commencer, bien sur, par Astro Boy. En outre, il fut fasciné par l’une de ses plus grandes histoires, sortie en juin 1964 : Le robot le plus fort du monde. Nous y découvrons Pluto, un des plus redoutables ennemis d’Astro, programmé pour détruire ses sept semblables les plus puissants à travers le globe. 
   

Ci-dessus: cinquième volume de l’anthologie Astro Boy où figure la fameuse histoire, disponible aux éditions Kana.
   
  
Aboutissement d’un rêve
Voilà le premier grand contact psychologique entre ses deux grandes figures du manga, qui ne se concrétisera que près de quarante années plus tard. Nous voici en 2003, année correspondant, selon Osamu Tezuka, à la naissance fictive d’Astro. Afin de célébrer cette date, Macoto Tezka, héritier de son père disparu, et la société Tezuka Productions, dirigée par Takayuki Matsutani, décidèrent de lancer une nouvelle série TV ainsi que quelques évènements autour du célèbre personnage. Cependant, depuis quelques temps, Naoki Urasawa, accompagné de Takashi Nagasaki, son producteur et co-scénariste, expriment leur envie aux ayant droits de Tezuka de réaliser une adaptation moderne d’Astro Boy, et plus particulièrement d’une de ses aventures… Il s’agit, bien sur, du robot le plus fort du monde.



Si Macoto Tezka n’était au départ que peu enclin au projet, il finit par céder devant la ténacité et l’enthousiasme de Naoki Urasawa. Après de nombreuses négociations et discussions, l’idée commença à prendre forme. Le fils aîné de Tezuka insista pour que cette version moderne s’éloigne suffisamment de son modèle et trouve une identité propre, quitte à défier l’histoire originale. Les deux auteurs ont également planifié une histoire assez courte, leur première version du scénario ne dépassant pas trois ou quatre volumes, afin de ne pas trop s'éparpiller. Fort de ses succès retentissants à travers le monde dans le genre du thriller, Urasawa entreprit naturellement sa version de l’histoire dans cette voie-là. C’est ainsi que la succession d’affrontements robotiques devint dans son esprit un récit de crimes en série.

Ainsi naquit Pluto (プルートウ), débutant en 2003 au sein du Big Comic Original, magazine de l’éditeur Shogakukan que Naoki Urasawa retrouva après y avoir publié Pineapple Army, Master Keaton et Monster. Le bimensuel bénéficia également de la présence de Takashi Nagasaki avec Dossier A, ainsi que quelques grandes figures du manga comme Rumiko Takahashi et Mitsuru Adachi. Bien que la série soit au final assez courte avec 8 tomes, la parution s’étendit sur près de six ans, l’auteur travaillant simultanément sur 20th Century Boys jusqu’en avril 2006 puis sur 21st Century Boys de décembre 2006 à juillet 2007. Entre les deux séries, l’auteur dut en effet se résoudre à un repos forcé de quelques mois suite à d’importants problèmes physiques (notamment une luxation de l’épaule).



La publication en volumes reliés s’étendit quant à elle de septembre 2004 à juin 2009. Notons que la série parut simultanément en deux éditions : la version normale reste sur un format classique, avec quelques pages couleur en début de volume; la version deluxe se démarque par un format assez grand et une couverture argentée à rabat laissant transparaître les illustrations de l’édition standard au travers de la silhouette du visage de l’Astro de Tezuka. Ces volumes disposent également de pages couleurs supplémentaires (à savoir, les planches en quadrichromie ou bichromie à la prépublication dans le Big Comic Original), mais aussi, pour certains, de petits cadeaux exclusifs. Ainsi, le premier volume est accompagné de l’histoire originale de Tezuka rééditée pour l’occasion, tandis que d’autres bénéficieront de carnets de croquis tous droits issus de la jeunesse d’Urasawa. On pourra également y trouver quelques autocollants exclusifs, présentant les différents protagonistes de l’histoire dans les deux versions.
    

Quelques bonus de l’édition collector (crédit photo: La Base Secrète).
   
    

En France : une histoire d’impatience

    
S’il ne faisait aucun doute qu’un jour ou l’autre, la série Pluto finisse sous nos latitudes, les fans de Naoki Urasawa restèrent longtemps tenus en haleine par deux questions existentielles : « Quand ? », mais aussi « Quel éditeur ? ». Il y avait fort à parier que la série soit annoncée soit chez Kana, ayant édité Monster, ou Panini Manga, qui a eu de son côté 20th Century Boys. Cependant, après quelques rumeurs et bruits de couloirs et une première annonce finalement avortée, la première option apparut clairement dès lors que Kana édita dès mars 2009 une  anthologie Astro Boy, se concluant huit mois plus tard par un  cinquième opus narrant l’histoire du « Robot le plus fort du monde » (en 2012, cette anthologie se verra augmentée d'un sixième volume et reste ouverte dans une pagination inédite crée pour le marché français). Il aura ainsi fallu attendre octobre 2009 pour qu’enfin, l’annonce soit officiellement déclamée !
Ainsi, Pluto arriva en France le 19 février 2010 (après un léger report de deux semaines) avec la sortie simultanée des deux premiers volumes. Alors que le troisième tome n’apparut chez les libraires que deux mois plus tard, la série aborda par la suite un rythme trimestriel. Le huitième et dernier opus sortit donc le premier juillet 2011, lors de l’effervescence annuelle de la Japan Expo.
  
   
  
La question de l’arrivée de l’édition deluxe en France suscita également de nombreux rebondissements. Il ne fallait pas compter, comme au Japon, sur une sortie en parallèle avec l’édition normale… pourtant, quelques pistes ont donné de l’espoir aux adeptes d’Urasawa. Lors d’une conférence consacrée à la série et à l’auteur au Salon du livre de Paris de mars 2010, Yves Schlirf, directeur général des éditions Kana, annonça l’arrivée de la version collector tant attendue pour fin 2011/début 2012, soit quelques temps après la fin de l’édition normale. Cependant, un mois plus tard, cette annonce fut ensuite réfutée par l’éditeur dans un communiqué officiel. Confusion avec l’édition deluxe de Monster à venir, ou repli quant aux interrogations des lecteurs ? Toujours est-il que la question est, aujourd’hui encore, en suspens. Néanmoins, le succès relatif des rééditions en France en grand format, dans lesquelles s’est également lancé Kana, nous laissent présager que les attentes seront récompensées, à plus ou moins long terme…
  
 
  

PLUTO © by Naoki URASAWA / Studio Nuts, Osamu TEZUKA, Takashi NAGASAKI, Tezuka Productions

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