Dossier manga - Pluto

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Sommaire

Publié le Vendredi, 09 September 2011


Un style éprouvé, un univers complet

 
 

Graphismes


Naoki Urasawa se démarque par son style graphique incontournable, qu’il hérite sans doute des œuvres les plus sérieuses de son maître spirituel. Le trait des visages se veut toujours aussi réaliste et expressif, avec un jeu d’émotion tout en retenue pour mieux exploser lors des moments de tension narrative. Si l’auteur déploie une nouvelle fois une galerie de portraits impressionnante, le grand défi de Pluto était également d’intégrer de nombreux faciès robotiques, sans que cela ne jure avec la tenue réaliste de l’univers. Non seulement le mangaka s’en sort à merveille, mais il parvient de plus à faire passer de nombreux ressentiments dans ces figures pourtant figées, ne serait-ce que par d’habiles jeux de lumières ou des silences qui en disent si longs. Les différents personnages du robot le plus fort du monde, et par extension, de la saga Astro Boy, se retrouvent croqués avec un regard plus adulte ou plus humain. L’auteur s’amusera également à réutiliser le design de l’un de ses précédents personnages, le professeur Leichwein de Monster, pour incarner le célèbre Shunsaku Ban, dit « l’oncle moustache ». Une manière de boucler la boucle pour un auteur qui a souvent intégré dans ses œuvres quelques références au Dieu du Manga !

L’autre challenge graphique pour Urasawa fut de générer un univers de science fiction abouti et complexe. L’auteur avait déjà fait preuve d’imagination dans les structures vertigineuses de 20th Century Boys, mais pousse la démesure dans Pluto avec des décors toujours plus dantesques. Les nombreuses mégapoles impressionnent par leur immensité et leur aspect d’une froideur rappelant le thème métallique qui hante le récit. L’auteur parvient également à retranscrire les différentes ambiances des pays traversés par Gesicht le long de son enquête, des poussiéreux marchés de Samarkand jusqu’au vieux quartiers d’Amsterdam, en passant par un Japon toujours tenaillé entre sa modernité et ses maisons traditionnelles. Enfin, le lecteur ayant suivi la bibliographie de l’auteur s’étonnera de sa progression dans la maîtrise des scènes d’action, point incontournable du récit d’origine. Les séquences sont claires, parfois impressionnantes, jusqu’à rendre les derniers volumes particulièrement dynamiques. Du jamais vu chez Urasawa !

 

Un point sur l’adaptation


Suivant le format de l’édition simple japonaise, les éditions Kana nous présentent une adaptation plus que correcte, dans la lignée des autres titres du label Big. La sur-couverture présente un aspect rugueux, tandis que la couverture de chaque volume dépeint une mosaïque de quelques cases, mises en couleur de manière très efficace. Passée le seuil de la première illustration, nous découvrons ensuite les premières pages couleurs de chaque tome, au point qu’on en regretterait presque que le reste ne soit pas dans la continuité ! L’édition des pages en noir et blanc reste plus qu’acceptable, malgré un papier qui aurait mérité légèrement plus d’épaisseur et quelques problèmes d’encrage occasionnels.

Du côté de l’adaptation textuelle, on pourra hélas regretter quelques lourdeurs passagères d’une traduction parfois trop littérale. Le manque de variété lexicale a pour conséquence d’offrir un ton monocorde aux différents protagonistes. Les robots auraient-ils un vocabulaire limité ? Une autre confusion naît également pour ceux qui auront pu découvrir précédemment l’anthologie Astro Boy, pourtant parue chez le même éditeur. En effet, on déplorera que la retranscription de certains noms changent entre les deux versions (Urane/Uran, Aboora/Abullah, Boller/Bora,…). Ce genre de détails risque bien de frustrer les lecteurs pointilleux ! Néanmoins, l’incidence sur le plaisir de lecture est minime, et l’adaptation offerte par Kana raisonnablement réussie. Il reste maintenant à voir si l’éditeur prendra un jour le parti de l’édition Deluxe, mais au vu du succès du titre en France, cela semble être en bonne voie. !
 
 
 
 
 

Autour de Pluto


Reconnaissance critique et publique


Au vu de l’ampleur du projet est de ses différents enjeux, la série ne pouvait absolument pas rester dans l’anonymat le plus total. Au final, Pluto est devenu un des titres les plus récompensés de l’auteur, qui peut s’avérer digne de l’héritage du Dieu du Manga. Après avoir reçu le prix d’excellence dans la catégorie manga au Japan Media Arts Festival en 2005, le titre obtient le Grand Prix du Prix Culturel Osamu Tezuka la même année. Une récompense qu’Urasawa obtint déjà quelques années plus tôt (sans jeux de mots !) pour Monster. En août 2010, Pluto recevra enfin le titre de meilleur manga de science-fiction de la Nihon SF Taikai (ayant déjà décerné le même titre à 20th Century Boys deux ans auparavant).

En France, la série reçut un accueil triomphal dès son arrivée au début 2010 : mise en évidence à la Japan Expo Sud sur le stand de l’éditeur puis au Salon du Livre avec une conférence dédiée, présentation sur des radios généralistes nationales (sur Radio Première en Belgique, « BD du mois de mars » dans la sélection de RTL,…) et autres efforts promotionnels ont contribué au rayonnement du site, bénéficiant déjà de la bonne réputation de l’auteur dans l’Hexagone. Au niveau des récompenses, si la série est nominée au prix des libraires de Bande Dessinées 2010, il faudra attendre la Japan Expo 2010 pour que Pluto obtienne le Prix Asie de l’ACBD. La série fut d’ailleurs mise en évidence durant la convention, via une modeste exposition autour de l’auteur au sein du stand Kana. En 2011, le titre est une nouvelle fois consacré par le Prix Intergénérations du Festival d’Angoulême. Un festival que connaît bien Urasawa, ses deux séries précédentes y ayant chacune remporté une récompense en 2003 et 2004.



Pluto est un succès tant critique que populaire, au vu des ventes conséquentes du titre dont chaque volume a réussi à se hisser au sein des tops 15 des ventes mensuelles. Dans un marché français majoritairement dominé par le genre shonen, la série fait partie des rares titres seinen à pouvoir tirer leur épingle du jeu. Voilà bien la preuve que l’engouement autour de Naoki Urasawa en France n’est pas prêt de s’éteindre, tandis que nous découvrons encore ses dernières séries en cours (Billy Bat) comme ses succès antérieurs (Happy!, Master Keaton), et que l'auteur fut à l'honneur lors de la Japan Expo 2012 dont il fut l'invité central. Notre histoire passionnelle avec ce mangaka n’est pas prête de s’éteindre !
  
  

Pluto sur grand écran ?


En octobre 2010, une nouvelle particulièrement inattendue est venue offrir un nouveau rebondissement autour du titre : Pluto bénéficiera d’une adaptation cinématographique !  Après l’impressionnante trilogie de films live autour de 20th Century Boys, Pluto sera donc la deuxième série de l’auteur à bénéficier d’une telle adaptation. A ceci près que cette fois-ci, il faut tourner notre regard vers les États-Unis ! En effet, le projet sera produit par la collaboration de Tezuka Productions et d’Universal Pictures. La réalisation aurait été confiée quant à elle à Illumination Entertainment, dirigé par Chris Meledandri. Ce réalisateur a notamment travaillé sur de nombreux films d’animation 3D comme L’Age de Glace 1 & 2, Les Simpsons, le Film ou Moi Moche et Méchant. En revanche, il est à noter que Pluto est annoncé en tant que « live/CGI », c’est-à-dire un mélange entre prises de vues réelles et séquences en image de synthèse. Il faudra donc sans doute espérer un casting de choc pour incarner Gesicht, Astro et les autres personnages humanoïdes !

Voilà les seules informations qui auront filtré jusque là, mais cela reste sans doute une nouvelle preuve de l’intérêt que porte Hollywood au monde du manga, après les annonces successives des adaptations d’Akira et de Gunnm. Faut-il s’en réjouir, ou craindre le pire ? Quoiqu’il en soit, la série Pluto n’a pas encore finie de faire parler d’elle ! 
 
 
  
 
 

Conclusion


Véritable parenthèse dans la carrière de Naoki Urasawa, la série Pluto est à la fois un vibrant hommage à son maître, Osamu Tezuka, et un pari totalement fou, prêt à risquer d’égratigner l’icône mondialement connue qu’est le personnage d’Astro Boy, ambassadeur du manga sur la planète entière. Après une longue période de maturation, il ressort de cette idée une œuvre culottée et originale. Urasawa bouleverse l’histoire du Robot le plus fort de monde en utilisant ses meilleures recettes scénaristiques, transformant un récit d’action en thriller sombre et particulièrement prenant. Alors que l’univers de Tezuka est respecté à la lettre, le mangaka n’en reste pas moins un très fin observateur de la société contemporaine en parvenant à jumeler les présents fictifs et réels. La thématique de la robotique dépeinte par le Dieu du Manga y prend alors un sens autrement plus profond, où l’Humanité doit faire face à sa création qui devient son égal. Le message original de Tezuka réaffirme sa dimension intemporelle, tandis que le monde d’Urasawa décrit des péripéties inédites mais dignes du récit de l’époque. Au final, si certains railleront quant au léger manque d’ambition de la série, tous s’accorderont pour affirmer que Pluto reste à ce jour l’œuvre d’Urasawa la plus maîtrisée et la plus aboutie.

Avant de vous laisser, votre serviteur tient à remercier le site La Base Secrète sans qui ce dossier n’aurait sans doute pas été le même. Je donne d’ailleurs rendez-vous aux lecteurs d’Urasawa les plus assidus sur ce site pour étendre cette analyse à une description comparative des deux versions de l’histoire plus exhaustive (que vous pouvez retrouver ICI), dont l’engouement de fan et les nombreux spoilers n’avaient pas lieu d’être dans le présent article. Il y a sans doute encore bien des choses à dire sur cette œuvre riche en références, et nous aurons sans doute encore l’occasion d’y réfléchir avec certains rendez-vous futurs !
 
  
Mise en ligne le 09/09/2011. 
Mise à jour le 26/12/2012.
 
 
   
Fiche de la série: Pluto
Fiche de la série VO: Pluto vo
Fiche de l'auteur: Naoki Urasawa 
 
 

Dossier réalisé par Tianjun


PLUTO © by Naoki URASAWA / Studio Nuts, Osamu TEZUKA, Takashi NAGASAKI, Tezuka Productions

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