Pluto - Actualité manga
Dossier manga - Pluto

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Sommaire

Publié le Vendredi, 09 September 2011


Une âme, deux corps

 

Le créateur et son image

 
Comme nous l’avons vu précédemment, Naoki Urasawa a toujours maintenu une attention particulière quant à la crédibilité de ses récits, ancrés dans un monde réel. Afin de rester dans l’esprit d’Osamu Tezuka, l’auteur nous propose donc un monde fondé sur l’apogée de la technologie robotique, avec tout le questionnement que cela peut impliquer. A l’instar de fictions comme Blade Runner, A.I. ou encore I. Robot (parmi tant d’autres), l’univers dépeint par le mangaka présente des machines hissées à égalité, ou presque, avec leurs créateurs humains. Si les moins évoluées d’entre elles peuvent encore être dédiées à des tâches subalternes, la plupart ont des responsabilités importantes, au point d’obtenir un rang professionnel et social. Domestiques, « Femmes » de ménage, jardiniers,… et même policiers ! Un paradoxe nait d’ailleurs du fait qu’un robot doit rendre la justice sans pour autant tuer ou attenter à l’intégrité corporelle d’un être humain, selon les célèbres lois de la robotique. Ce point reste d’ailleurs une des dernières failles séparant les deux communautés, et certains hommes peu enclins à l’évolution robotique profitent de cette faiblesse…

En effet, l’histoire de l’humanité nous a déjà prouvé à maintes reprises à quel point l’Homme pouvait détester son semblable selon divers critères de divergence (origine, couleur de peau, religion,…). Alors qu’à notre époque, la problématique de l’intelligence artificielle pose déjà quelques problèmes de déontologie, que se passerait-il si un jour l’être humain était confronté à une autre « espèce » à son image ? Pluto se targue d’apporter une réponse, dans ce monde à la croisée des chemins, où les robots semblent encore inférieurs aux hommes, mais plus pour longtemps ! Même dans les états des plus civilisés, certains débats font encore rage pour limiter les droits accordés aux robots et ne pas trop les humaniser, tandis que des groupes extrémistes prônent leur destruction pur et simple, se livrant même à quelques attentats… Cependant, derrière ces quelques réactions de craintes, les robots ont toutefois réussi à s’intégrer dans cette société. Ils peuvent notamment profiter de loisirs adaptés, se marier et même adopter des enfants-robots. Certains disposent même de hautes reconnaissances, voire d’une popularité manifeste. Ainsi, des héros de la paix comme Mont Blanc ou Astro ont pu devenir d’éminentes célébrités, et Brando ou Hercule des stars internationales de lutte robotique. Ce monde a bien perçu que le Robot était le moteur de son évolution et génère des machines toujours plus perfectionnées dans leur potentiel de révolution comme dans leur intelligence. Inspecteurs de choc, robots modifiant le climat, mais aussi machines de guerre… ce progrès risque bien de se retourner un jour contre les créateurs, malgré toutes les précautions imaginables. L’arrivée de Pluto marque donc ce point de non-retour, le terrible destructeur représentant la première véritable menace de ces créatures de métal envers leurs pères…
 
 
 
 
 

Les limites du mensonge


Humain ou Robot ? C’est sans doute la question la plus récurrente que le lecteur sera amené à se poser à la rencontre des nombreux visages de l’aventure. A force de vouloir ressembler aux humains, les robots se sont confondus dans leur société et en reprennent toutes leurs attitudes. Les plus perfectionnés d’entre eux vont même jusqu’à porter une peau synthétique pour être à l’égal physique de leurs créateurs. L’imitation est poussée jusqu’au quotidien, les robots pouvant se nourrir, sans toutefois être pourvus de la faculté de sentir le goût des aliments. Ils savent aussi s’enivrer et y trouver une certaine forme de plaisir qui leur appartient. Mais surtout, les humains les ont pourvus de sentiments, amenant ces machines à cet état de conscience supérieur. Sont-ce des stimuli préenregistrés, ou sont-ils véritablement issus d’une construction psychologique s’établissant au fur et à mesure de leur existence ? Toujours est-il que les robots peuvent eux aussi rire, sourire, être triste et même pleurer. Ces réactions inhabituelles pourront parfois les submerger sans qu’ils n’en comprennent la raison ni la provenance. Ce sont ses sentiments manufacturés qui les poussent à avancer au-delà de leur fonction principale, pour trouver un sens à leur vie. La reconnaissance sociale, le fait de fonder un foyer pour garantir l’héritage de leur lignée… Alors qu’on pourrait croire ces créatures métalliques invulnérables, la mort fait bien partie du cycle de leur existence. En effet, même si en théorie il est possible de les réparer physiquement, lorsque la conscience même du robot s’éteint, il est impossible de le faire revenir à la vie : même reconstruit, il ne s’agira jamais du même individu. Humains et robots étant égaux devant le trépas, il est tout à fait normal de déplorer une profonde tristesse lors du décès d’un individu de l’une ou l’autre des espèces, en oubliant leur nature première.

Artificiels ou générés par eux-mêmes, les sentiments des robots nous font également nous replier sur notre propre psyché. Après tout, en quoi sommes-nous différents d’eux ? Assemblages métalliques d’un côté, assemblages organiques de l’autre, mais une conscience à l’évolution similaire. Bien sur, même dans le monde dépeint par Naoki Urasawa, le clivage est encore très grand. Les robots n’étant encore que des copies d’humains plus ou moins abouties, ils sont mûs par des sensations et des objectifs bien précis, sans errements. Ainsi, ils ne trahissent pas leurs émotions intérieures qu’ils ont eux-mêmes du mal à appréhender, et ne manifestent aucun mouvement inutile, ni aucune hésitation. Mais surtout, ils n’ont pas encore acquis l’une des plus grandes exclusivités de la race humaine : le mensonge. En effet, point de libre arbitre pour aller à la désobéissance, point d’alternative au sens premier des choses pour ces machines encore réglées à leur tâche principale. Mais il viendra sans doute un jour où ces consciences limitées s’affranchiront de leurs barrières. Ce jour là, que deviendra le Monde ?
 
 
  
 
 

Vers une alternative de la conscience…


Alors que le récit nous présente cette coexistence à l’équilibre fragile, l’arrivée de Pluto et d’intelligences artificielles de qualité supérieure risquent d’être la vague d’un univers nouveau. Que se passerait-il alors si finalement ce monde basculait aux mains de fer des robots ? Il irait sans doute vers une nouvelle forme de civilisation, épurée de sentiments inutiles, où le mensonge n’aurait plus sa place. La conscience collective des robots pourrait alors s’unir en une gigantesque volonté, comme le témoigne les quelques pistes présentes dans le récit. En effet, s’ils ne disposent pas d’une intelligence aussi aboutie que leurs créateurs, les robots ont toutefois développé quelques atouts, sans doute hérités des lointains réseaux informatiques. Ainsi, en lieu et place du cortex cérébral humain, la mémoire des robots se retrouve stockée au sein de leur puce mémoire. Les souvenirs ne sont alors plus que des données binaires, en théorie modifiables à merci (bien que des lois protègent toute manipulation). Contrairement aux humains, les robots n’oublient jamais rien, et se remémorent parfois certains moments de leur existence au travers de cauchemars. Mais surtout, ils peuvent également partager leurs moments passés en s’échangeant ces minces cartes de stockages… de quoi enrichir un ensemble d’informations et d’émotions pour mieux s’appréhender mutuellement. Les robots les plus perfectionnés de l’univers dépeint par Urasawa peuvent également se transmettre des émois directement, sans aucun contact, et parfois à des milliers de kilomètres, notamment lorsqu’il s’agit du moment de leur mort. Certains d’entre eux, comme Uran, peuvent également ressentir des sentiments simples, tels la tristesse, et les analyser avec une compassion troublante.

Hélas, ce monde pacifiste et dépourvu de tout artifice ne semble pas prêt de voir le jour, dès lors que les humains ont toujours basé leur histoire sur la destruction. Aussi, la question de l’évolution de l’intelligence artificielle est souvent occultée par la montée en puissance de ces machines, au point d’en devenir des armes surveillées de près. Dans ce monde où les braises des dernières guerres soufflent encore, certains fomentent le désir d’une révolution brutale, poussée par la haine, plutôt que d’une évolution lente mais naturelle. Cette haine amènera le tourbillon de vengeance guidant le redoutable Roi des enfers dans sa marche inéluctable, tandis que ses adversaires pourront à leur tour s’y plonger. Alors que cette voie de colère semble être la plus simple, mais aussi la plus dévastatrice, comment le monde des hommes et des robots pourra-t-il retrouver la raison ? C’est là le pari d’espérance de certains, évoluant dans l’amour de leur prochain. Ainsi, il restera à ce monde l’héritage du message d’Osamu Tezuka, auquel s’adjoint celui de Naoki Urasawa respectant cette précieuse morale. Un message qui trouvera un écho dans ce monde de métal, mais aussi dans le notre…



PLUTO © by Naoki URASAWA / Studio Nuts, Osamu TEZUKA, Takashi NAGASAKI, Tezuka Productions

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