Critique du volume manga

Publiée le Vendredi, 09 Janvier 2026

Deux ans après la très particulière mais pas du tout déplaisante comédie Reki & Yomi, le mangaka Kôhei Shibata est de retour dans le catalogue des éditions Noeve Grafx, un one-shot d'environ 190 pages qui se compose de cinq chapitres et d'une très court bonus exclusif au volume broché. Bien que son unique volume soit sorti au Japon en septembre 2020 parallèlement à la prépublication des derniers chapitres de Reki & Yomi, cette oeuvre fut en réalité le premier feuilleton de l'auteur pour le magazine prestigieux magazine Harta d'Enterbrain/Kadokawa.

Ce manga nous immisce au plus profond d'une dense forêt où exercent les "menya", de surprenants fabricants de masques dont les créations confèrent toutes sortes de pouvoir. Notre héroïne, une petite femme à l'allure un peu chibi qui pourrait être sortie du manga minuscule de Takuto Kashiki (manga lui aussi issu du magazine Harta, d'ailleurs) mais qui rappelle bien sûr surtout Reki & Yomi, est précisément l'une de ces menya... ou, pour être plus précis, une apprentie menya qui, auprès de son maître tantôt sévère tantôt plus coulant, s'adonne avec entrain dans son apprentissage pour concevoir méticuleusement toutes sortes de masques.

Et le pitch se limite à ça: globalement, ne vous attendez à absolument rien d'autres dans ces cinq chapitres au fil desquels le mangaka n'esquisse aucune trame scénaristique particulière, aucun début spécifique et aucune réelle conclusion. Son unique but est de nous faire profiter de quelques instants où notre petite héroïne s'adonne à la création de ses masques, éventuellement avec quelques péripéties de fond très vite vues, à l'image de la séquence où elle poursuit des singes voleurs.

Voir et toucher les esprits, pouvoir parler avec eux, devenir glouton, se liquéfier, ou encore crever soudainement de chaud, sont quelques-uns des pouvoirs que les masques créés par la protagoniste lui confèrent au fil de ces pages, pour des résultats variables: quand certains paraissent très "gadget" voire un peu inutiles, d'autres montrent vite une belle utilité, à l'image du masque de gloutonnerie permettant de débarrasser en un rien de temps une source chaude naturelle de tous les déchets qui la polluent. Derrière une part un peu humoristique à plusieurs reprises, on ressent alors aussi un rapide petit message écolo, mettant en valeur l'environnement dans lequel évoluent les personnages, chose que l'auteur fait ressortir de plus belle à travers ses très jolis et profonds décors immersifs de la dense forêt.

Enfin, pour rester sur le travail graphique de Shibata, il est également indispensable de souligner le soin qu'il accorde à la fois au design des masques et à leur fabrication: choisir le bois adéquat, le découper, le façonner, lui donner des motifs, le colorer... sont autant de choses que notre héroïne fait soigneusement. Il en résulte une sympathique mise en valeur du travail artisanal, même si l'auteur ne s'attarde pas forcément beaucoup dessus dans ses planches au vu de la brièveté de l'oeuvre.

Finalement, le principal défaut de ce manga, c'est d'être bien trop court ! Au vu des possibilités offertes par ce concept, il y a facilement de quoi imaginer d'autres situations, d'autres masques, d'autres pouvoirs, ainsi que des focus plus longs sur la conception artisanale de la protagoniste dans son travail... Mais il n'en reste pas moins que Menya est une petite lecture très sympathique, chaleureuse, bien servie par la patte visuelle de l'auteur, et dotée d'un petit univers forestier où l'on a envie de se replonger. Alors qui sait, peut-être qu'un jour Kôhei Shibata aura l'occasion d'offrir de nouveaux chapitres à cette tranche de vie qui s'y prête parfaitement ?

Enfin côté édition française, on a quelque chose d'assez satisfaisant. La jaquette d'Emma Poirrier, fidèle à l'originale japonaise, est ponctuée d'éléments en vernis sélectifs, et possède une charte graphique similaire à celle des tomes de Reki & Yomi du même auteur, pour un résultat très cohérent quand les volumes sont rangés les uns à côté des autres. Et à l'intérieur, on a droit à une traduction très propre de Célia Grosjean et à un lettrage suffisamment soigné de Pierrick Gontero. Finalement, le principal motif d'inquiétude restait la qualité d'impression puisque, comme beaucoup de nouveautés de Noeve Grafx de ces derniers mois, celle-ci a été délocalisée en Chine chez l'imprimeur InkWize. Au-delà du fait que ce choix reste vraiment pas top (ne serait-ce que sur le plan écologique), il y a toujours des incertitudes sur cet imprimeur qui propose du travail à la qualité très, très variable, mais cette fois-ci le résultat est positif dans l'ensemble: le papier est plutôt souple et pas trop transparent, et l'impression est très correcte.


Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai
14.5 20
Note de la rédaction