Dossier manga - Devilman

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Publié le Vendredi, 25 December 2015


Gô Nagai, mangaka culte



Biographie


Quatrième d'une fratrie de cinq enfants, Kiyoshi Nagai naît le 6 septembre 1945 à Wajima dans la préfecture d'Ishikawa, alors que ses parents longtemps exilés en Chine viennent de revenir au Japon, la Seconde Guerre Mondiale venant de s'achever en laissant le peuple japonais traumatisé par la défaite et la bombe atomique. Ce traumatisme, il le comprend au fil de son enfance, au gré des nombreux témoignages qu'il a l'occasion d'entendre dans son entourage, forgeant ainsi en lui, dès sa jeunesse, des sentiments de rejet de la guerre, d'antimilitarisme et d'anti-nucléaire qui transparaîtront dans ses œuvres tout au long de sa carrière.
En parallèle, il connaît ses premiers contacts avec le manga dès ses premières années, essentiellement grâce à ses grands frères qui lui prêtent certains titres d'Osamu Tezuka. Ainsi, dès l'âge de 4 ans, il garde un souvenir fort de Lost World (paru en France chez Taifu Comics), au sujet duquel il avoue avoir été captivé par les nombreuses thématiques qui s'y entremêlent : les voyages dans l'espace, les créatures du "Monde Perdu", mais aussi les notions de rêve ou de recherche. De même, La Nouvelle Île au Trésor, paru chez nous chez Isan Manga, reste un souvenir de jeunesse qui l'a marqué dans son parfum d'aventure. Si bien qu'arrivé en cinquième année de primaire, il émet déjà le rêve de devenir à son tour mangaka, essentiellement pour pouvoir raconter des histoires. Il avoue d'ailleurs, lors de sa venue à Monaco en 2013, que si la voie du manga n'avait pas fonctionné pour lui, il serait probablement devenu scénariste ou réalisateur, ou alors écrivain comme son grand frère Yasutaka Nagai.

Le futur de Kiyoshi reste pourtant très incertain jusqu'à la fin de ses années lycéennes au sein du lycée communal Itabashi à Tôkyô, dont il ressort diplômé mais sans plan d'avenir précis. En effet, plusieurs événements le troublent au fil de son adolescence. Tout d'abord, ses parents commencent à voir d'un mauvais œil sa passion pour le dessin, ce qui ne l'empêche pas de continuer à dessiner, notamment des pastiches de Godzilla. Le déménagement de sa famille à Tôkyô lui permet de surmultiplier dans la capitale ses lectures, mais aussi ses passages au cinéma qui font de lui un véritable cinéphile. Il voit alors jusqu'à 150 films par an, et tout cela lui permet d'apprendre à mieux structurer ses scénarii et à entretenir toujours plus son imaginaire. Mais à son entrée au collège, son père meurt, et ce drame le plonge longtemps dans le mutisme et la solitude. Il en sort grâce au soutien de son deuxième frère, mais son cursus scolaire ne s'en relève pas vraiment, car son implication dans les études devient très inégale.
A son entrée au lycée, il décide de repartir sur de meilleures bases en redevenant plus sociable et en étant plus assidu en cours, mais les études ont du mal à le captiver et il échoue aux concours d'entrée à l'université.
Alors qu'il tente de se préparer à des études sans grande conviction, une soudaine hospitalisation suite à une colite ulcéreuse le pousse à faire le point sur ce qu'il veut faire de sa vie, ainsi décide-t-il de dessiner un manga en souvenir des œuvres qui ont bercé son enfance, ce qui ravive son rêve de devenir mangaka ! Il adopte alors le pseudonyme de Gô Nagai.



Mais le chemin est encore semé d'embûches, car si Kiyoshi reçoit tout le soutien de ses frères et notamment de Yasutaka, ce n'est pas le cas de sa mère qui a peur pour son enfant face à la précarité du métier de mangaka, à tel point qu'elle se déplace elle-même chez les éditeurs où postule Kiyoshi pour leur demander de ne pas l'employer ! Mais malgré tout, en 1965, grâce à un éditeur du magazine Shônen Sunday de Shôgakukan, il est repéré par le « Roi du Manga », Shôtarô Ishinomori, qui lui offre un poste d'assistant en septembre de la même année.

Bien que cette expérience soit très épuisante (il dessine jusqu'à 20 heures par jour, sans vacances ni weekend), il occupe cette fonction pendant deux années très formatrices qui lui permettent de cerner beaucoup de choses sur le style du maître, jusqu'en 1967, année où il publie enfin ses premières œuvres, de courts mangas comiques, dont le premier est Meakashi Polikichi (Polikichi le policier), publié dans le numéro de novembre 1967 du magazine Bokura de Kôdansha, et nous invitant à suivre un policier d'Edo.
Mais c'est l'année suivante qui voit sa carrière décoller en même temps que l'arrivée d'un grand chambardement dans le milieu de l'édition de manga. A une époque où le marché du manga est encore en pleine expansion, les éditeurs historiques Kôdansha et Shôgakukan se livrent depuis une dizaine d'années une confrontation portée par leur magazine phare respectif, le Shônen Magazine et le Shônen Sunday, tandis que les mangakas, eux, travaillent sans exclusivité pour les diverses maisons d'édition. C'est cette année là que Shûeisha arrive avec un nouveau magazine, un certain Shônen Jump, et impose à ses auteurs un contrat d'exclusivité. Une révolution où  Gô Nagai trouve vite sa place en offrant au Shônen Jump son tout premier succès historique : Harenchi Gakuen (« Le scandaleux lycée »), une comédie qui a marqué de son empreinte l'histoire du média. En effet, dans cette série, Nagai prend le parti d'aborder sous un angle jusque là jamais vu la curiosité des adolescents pour le sexe opposé, et les histoires sentimentales entre ces jeunes gens. Un sujet inédit, à une époque qui le considère encore comme particulièrement tabou et où l'émancipation d ela société nippone ne fait que commencer. En abordant cette thématique sans tabou avec son lot de lycéens obsédés, de seins nus et de petits culottes, Nagai, influencé ici par des œuvres venues de l'Occident (par exemple, le cinéma, mais aussi la revue Playboy qu'il avoue avoir souvent bouquiné) s'attire un fort engouement de la jeune génération et contribue fortement à imposer le Shônen Jump. Mais l'oeuvre choque les parents, et la PTA (association des parents d'élèves) s'empare rapidement de l'affaire, en jugeant le manga indécent et en affirmant qu'il est impensable de représenter de telles choses en manga.
Cela suffit-il à arrêter Gô Nagai ? Certainement pas ! Au contraire, l'oeuvre se poursuit, connaît même des adaptations live en 1970-1971, et s'achève finalement en 1972 par une ultime provocation envers les « bien-pensants », puisque la conclusion voit les héros lycéens massacrés dans leur établissement scolaire par des représentants de la PTA. Rien que ça !



En parallèle, les tentatives de censure et les contrats d'exclusivité mis en place par Shûeisha poussent Gô Nagai à prendre son indépendance dès avril 1969, époque où il réinvestit ses droits d'auteur pour fonder son propre studio, Dynamic Productions Co., Ltd, qui deviendra en 1974 Dynamic Planning. Ainsi, avec le soutien de ses proches dont son frère Yasutaka et son meilleur ami Ken Ishikawa (notamment co-créateur de Getter Robot), il est assuré de garder le contrôle sur ses œuvres et de pouvoir y laisser parler toute son imagination... et celle-ci est débordante !

Précurseur d'un certain érotisme via Harenchi Gakuen, il poursuit dans cette voie avec le cultissime Cutie Honey (aussi connu sous le nom de Cherry Miel en français) ou encore Kekko Kamen, où l'héroïne est simplement vêtue d'une cape, d'un masque et de bottes. Néanmoins, ces œuvres sont également marquées par un type de personnage féminin assez novateur pour l'époque : des femmes plus fortes. Et sur cette idée, on lui doit Abashiri Ikka, premier manga plaçant une femme en héroïne d'un shônen. Ce qui lui vaut quelques remontrances de certains collègues mangakas aimant peu cette nouvelle vision féminine.



Il révolutionne dans les années 1970 le concept des robots géants en offrant dès 1973 Mazinger Z, premier titre où le robot est piloté de l'intérieur, et dont le succès amène deux autres titres pour une trilogie devenue culte : la trilogie Mazinger, où l'on trouve également le succès Great Mazinger, puis Grendizer, au succès beaucoup plus modeste dans son pays, mais qui a marqué à tout jamais le paysage de l'animation japonaise chez nous, où on le connaît évidemment sous le nom de Goldorak.



En totale opposition à ses œuvres comiques, ou à celles plus « naïves » comme la plupart de ses mangas de robots, Gô Nagai marque également de son empreinte l'arrivée d'un style de manga beaucoup plus sombre, plus violent, plus sérieux, et cela dès 1972 avec l'arrivée de Devilman, titre culte étant l'objet de ce dossier et ayant laissé un héritage considérable. Mais nous y reviendrons... Dans la même veine, on peut citer le long et marquant Violence Jack qui est la suite post-apocalyptique de Devilman, ou encore Maô Dante qui a notamment donné lieu à l'anime Dante - Seigneur des Démons, autrefois sorti en DVD chez Kazé.

Il est également très intéressé par l'Histoire et par les romans ayant marqué celle-ci, et a par exemple signé une adaptation manga de la Divine Comédie de Dante, auteur qui fait partie de ses plus importantes inspirations (ne serait-ce que via Maô Dante, ou évidemment Devilman... mais là aussi, nous y reviendrons plus tard).



Véritable bourreau de travail (dans sa jeunesse il pouvait dessiner jusqu'à 500 planches par mois, et a géré jusqu'à 5 séries hebdomadaires en même temps en 1972), il est crédité, en près de 50 ans de carrière, sur plus de 170 œuvres, auxquelles il faut ajouter les très nombreuses adaptations en anime ou en live (il fut l'un des précurseurs des déclinaisons sur plusieurs médias, et cela dès les années 1970, notamment avec la saga Mazinger), et où l'on compte les nombreux spin-off conçus par d'autres auteurs. En effet, Gô Nagai se caractérise également par son choix de laisser des auteurs plus jeunes se réapproprier ses créations. Lors de sa venue à Monaco en 2013, il déclarait que, conscient que de nombreux mangakas ont suivi cette voie en partie grâce à ses œuvres, en se mettant à leur place il comprend leur envie de vouloir interpréter à leur manière ses histoires et de continuer de faire vivre ses personnages. Après tout, lui-même a connu cette importante épreuve de confrontation à son modèle, puisqu'il s'est inspiré de Dororo d'Osamu Tezuka pour créer l'une de ses séries, Dororonen Maho-kun !



En somme, il paraît bien difficile de résumer la longue et riche carrière de Gô Nagai, dont, pour finir, voici quelques dates-clés supplémentaires.

En 1978, il rejoint le Comité des Auteurs Japonais de Science Fiction et Fantasy dont il devient le président à deux reprises de 1996 à 2002.

En 1980, Susanoô lui permet de remporter la 4ème édition du Kôdansha Manga Award. Cette même année, il conçoit plusieurs personnages du feuilleton de marionnettes Bomber X.

En 1988, il est membre du jury du Festival du Film Fantastique d'Avoriaz, ce qui concrétise sa passion pour le cinéma,

En 1989, il fait ses débuts en tant que réalisateur avec Gô Nagai's Scary Zone, suivi de Zone 2 et Kûsô Kagaku Ninkyôden Dosuryu.

En Juin 1997 a lieu une célébration de ses 30 ans de carrière au Tokyo Hilton International, sponsorisée par le Comité des Auteurs Japonais de Science Fiction et Fantasy. L’exposition « Les 30 ans de carrière de Gô Nagai » a lieu à Tokyo galerie Bunshun, dans le quartier de Ginza.

En Juillet 1998 se tient l'exposition « La fin du siècle de Gô Nagai » au Iwaki Art Museum. L’exposition se déplace à travers tout le Japon et a lieu au Musée d'Art de Mitsukoshi à Shinjuku, au Musée d'Art d'Asahikawa sur l’île d’Hokkaidô ou encore au Musée d'Art de la préfecture de Fukuoka.

L'année 1999 marque la création du « Gô Nagai New Talent Award » (« Prix Gô Nagai pour les Artistes Débutants ») dans le Magazine Z de Kôdansha.

En 2000 se tiennent l'exposition « Devilman Illustrations » au Shibuya Parco, et l'exposition « L’Univers du manga de Science Fiction – Gô Nagai et Osamu Tezuka » au Takarazuka Municipal Osamu Tezuka Manga Museum.

En 2004 sortent les films live Cutie Honey (réalisé par Hideaki Anno) et Devilman.

En 2005, il devient professeur au département de la création artistique de personnages de l'Université des Arts d'Osaka.

En 2006, il est l'un des Jury du World Cosplay Summit 2006.

En 2007, il tient des conférences à l'Université de Rome et à l'Université de Venise, et est également invité d'honneur du salon Napoli Comicon. 

En 2008, il est l'invité d'honneur manga de Japan Expo.

En 2013, il est invité au MAGS à Monaco.



Bibliographie sélective


Au vu de la bibliographie très conséquente de l'auteur, nous nous limiterons ici aux titres de Gô Nagai sortis ou prévus en France. La chronologie est celle de la sortie au Japon.

- 1972 : Devilman (scénariste et dessinateur). Sorti autrefois chez Dynamic Vision, réédité aux éditions Black Box dans une version enrichie.

- 1972 : Mazinger Z (scénariste et dessinateur). Prévu aux éditions Black Box.

- 1972 : Mazinger Z - Chronique d'une légende (conçu avec Gosaku Ota et Ken Ishikawa). Sorti chez Dynamic Vision,

- 1974 : Great Mazinger (scénariste et dessinateur). Prévu aux éditions Black Box.

- 1974 : Cutie Honey (scénariste et dessinateur). Sorti chez Isan Manga.

- 1975 : Goldorak le one-shot (scénariste et dessinateur). Sorti aux éditions Black Box.

- 1976 : Goldorak la série (conçu par Gosaku Ota, supervisé par Gô Nagai). Sorti aux éditions Black Box.

- 1991 : Getter Robot Go (scénario de Gô Nagai et Ken Ishikawa, dessins de Ken Ishikawa). Sorti chez Dynamic Vision, mais stoppé en cours de route par l'éditeur.

- 1999 : Amon (scénario et dessins de Yu Kinutani d'après l'oeuvre de Gô Nagai). Sorti aux éditions Black Box.
  
  
  


DEVIL MAN © 1972-1999 Go Nagai

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