Children - Actualité manga
Dossier manga - Children

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Publié le Vendredi, 08 January 2021


Un orphelinat où il faut avoir le cœur bien accroché !


Le pitch de Children impose une dichotomie évidente entre ses deux éléments les plus fondamentaux. D'une part, l'orphelinat, un lieu d'innocence (que les œuvres actuelles aiment décidément bien maltraiter, comme le fait aussi The Promised Neverland) et havre de paix, et de l'autre l'abattoir qu'on attribue presque automatiquement à une imagerie sombre et sanglante, et ce même parmi les amateurs de viande, sans doute aucun.

Une opposition qui confronte l'innocence et la violence donc, et qui sert de base à l'intrigue de Children. Dans cette histoire, le jeune adulte qu'est Tôru accepte un petit boulot de six mois, dans le but d'aider à la garde d'enfants. La gardienne des lieux, Sakurako, est elle-même très jeune, du haut de ses quatorze ans, et a instauré une routine aussi originale que déroutante dans son établissement. Les enfants ne font pas que s'amuser, ils ont aussi à cœur d'assassiner et dépecer des adultes qu'on leur livre ponctuellement, avec en rémunération des vivres et des outils de loisir. Et attention aux réfractaires qui ne voudraient ou ne pourraient pas se plier à la routine : Pas de place pour les gêneurs, il n'y aura pas de bouche en trop à nourrir puisque celles-ci seront aussi assassinées. Les déserteurs ne pourront pas retrouver le salut eux non plus, le deuxième tome nous informant d'une malédiction tuant celles et ceux qui tenteraient de quitter les lieux sans un consentement de Sakurako qui, de toute façon, ne pourrait pas avoir lieu.


En résumé, ce sont des enfants charcutant et exécutant des adultes de sang froid que nous montre Children. Son ambiance repose donc sur cette incohérence, cette irrationalité d'une jeunesse s'adonnant aux actions les plus macabres qui soient, faisant passer quelques tueurs en série de plusieurs sagas horrifiques pour de véritables enfants de chœur. Un effet réussi, d'une part grâce à cette intention de base, puisque cette invraisemblance créé rapidement un climat de malaise. Miu Miura en fait trop, sans doute volontairement, pour aboutir à une exagération qui brise tout réalisme et nous place dans une zone d'inconfort. Le lecteur n'a donc d'autre choix que de se mettre illico à la place de Tôru, un jeune adulte de 18 ans qui ne comprend pas ce qui se passe, et qui va chercher à raisonner ce petit monde qui, pourtant, n'est pas totalement inhumain. Et aussi classique que soit cet aspect de l'écriture, il est réussi : Parce que les enfants comme Sakurako sont capables de chaleur humaine et agissent régulièrement comme des jeunes gens, ils ne nous apparaissent pas totalement comme des monstres, mais davantage comme une jeunesse en perdition. Le chemin de la rédemption ne semble donc pas barré, mais le prix à payer en cas d'échec serait fatal. Et c'est ce qui prend aux tripes dans Children (ou du moins, dans son premier tome), cette manière qu'a le récit de flirter entre l'humanité et l'horreur la plus pure. Les scènes barbares nous en donnent pour notre argent si on est un tantinet amateur de ce type de séquence émotionnellement lourde, mais servent aussi à appuyer la dangerosité des lieux, et le point de non retour atteint par des enfants qui regrettent surtout d'avoir été abandonnés par des adultes corrompus. Un point sur lequel nous reviendrons ultérieurement dans ce dossier...

Et puisque l'on parle de l'efficacité du terme en terme d'horreur pure, il paraît assez difficile (pour ne pas dire impossible) de passer sous silence le trait de Miu Miura, assez bien calibré pour retranscrire ce décalage entre innocence et effusions de sang. On le remarque rapidement, le mangaka dépeint des personnages très mignons en apparence, ce grâce à des mines rondouillardes, des minois attendrissants et de grands yeux qui nous feraient fondre le cœur s'il n'y avait pas toute cette ambiance macabre derrière. Une base de dessin déconstruite par les événements qui suivront, et un excès jamais modéré pour présenter la noirceur de l'histoire et ses massacres. Si un enfant doit finir décapité ou les membres hachés, alors l'auteur ne masquera par cette séquence, et nous la montrera avec le plus grand plaisir qui soient. Aussi, les faciès de ses jeunes personnages passent du très mignon à l'inhumanité la plus totale. Les mines se font sombre, parfois un peu trop même, une surenchère qui va de pair avec le comportement toujours trop réjouissant de Sakurako qui utilise en guise de masque social cette figure de maman exemplaire pour cacher ses propres troubles. Children fait clairement partie des ces mangas qui jouent sur du "trop", et ne cherchent pas à créer du rapport avec le réel comme pourrait le faire un Gannibal (pour citer une réussite récente) qui va justement miser sur la vraisemblance des personnages et des dialogues. Visuellement, Children est dans l'excès, mais cela va de pair avec une intrigue qui, elle aussi, joue sur cette démesure pour nous déranger. En ce sens, la démarche de Miu Miura est cohérente, là où d'autres titres se cassent la figure dans cet équilibre, mêlant cet aspect excessif à un ensemble qui se veut crédible, par exemple King's Game.
  
  

CHILDREN © 2018 Miu Miura / SQUARE ENIX

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