Dossier manga - Yakitate Ja-Pan !!

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Sommaire

Publié le Vendredi, 15 January 2010


Surveillez bien le temps de cuisson!

    
Les ingrédients sont appétissants, la préparation est réussie… mais prudence, il ne faudrait pas que tout se gâche à la cuisson ! A quoi bon faire du bon pain, si c’est pour le laisser brûler au fond du four ? De même la recette, si merveilleuse soit-elle, peut finir par laisser, à force de manger du même plat tous les jours. On ne le répètera jamais assez : il faut manger équilibré !
      

Étouffée de duels culinaires

De par son expérience des mangas sportifs, Takashi Hashiguchi est un spécialiste de la narration en forme de tournois, championnats et autres coupes du monde. Ainsi, il n’est pas étonnant de le voir adapter ce principe, grand classique du shonen, à son manga cuisinier. Qu’y a-t-il de plus motivant et de formateur pour nos jeunes talents que de s’affronter sans cesse pour progresser ? Néanmoins, l’auteur va utiliser ce procédé scénaristique du début jusqu’à la fin de son récit, jusqu’à étirer le concept dans ses pires limites ! Le premier tome et son examen d’entrée, puis le second avec un premier duel face à Saint-Pierre, sont une première mise en bouche, mais les choses sérieuses démarrent très rapidement avec le tournoi des nouveaux employés, s’étalant jusqu’au tome 7. Ce premier arc est également le meilleur de la série, car les jeunes pousses s’affrontant de manière individuelle, les caractères de chacun ont le temps de s’affirmer, et des intrigues parallèles (la famille Asuzagawa, le passé de Kuroyanagi et Kanmuri,…) se mettent en place. Puis, les héros ont à peine le temps de célébrer leur victoire que déjà, un tournoi mondial se prépare, aux enjeux plus que conséquents car la défaite serait synonyme de faillite pour Pantasia ! Ainsi, l’auteur fait appel à l’esprit d’équipe, avec le trio Azuma-Kawachi-Suwabara, permettant de renouveler un peu le concept. Si l’internationalité permet de diversifier les choses, avec des épreuves parfois farfelues, elle apparaît aussi comme une limite perceptible. Après le monde, que reste-t-il à conquérir ? C’est alors qu’intervient au quinzième tome le Yakitate 25, considéré comme « l’arc de trop » par de nombreux lecteurs. L’auteur revient sur les bases de la série en retournant au Japon et en en défendant les valeurs locales. Néanmoins, ce tournoi est beaucoup plus lourd que les précédents dans sa conception. D’une part, car on retrouve une nouvelle fois un système de trio, Kanmuri remplaçant Suwabara, système déjà épuisé à Monaco. D’autre part, car comme son nom l’indique, il consiste en une succession de 25 duels culinaires. Un chiffre copieux, qui fait peur à l’avance, et dont on devine déjà qu’il n’arrivera pas à terme, offrant une succession de duels sans risques éliminatoires en cas de défaites. De ce fait, la pression retombe, les affrontements s’enchaînent sans que la passion y soit vraiment. Le côté stratégique s’apparentant à l’Othello s’oublie également très vite, puisqu’on peut ne s’intéresser qu’au déroulement de la partie qu’une fois par tome. L’auteur apparaît alors en panne d’inspiration, et tente de vaines pirouettes pour bouleverser la situation, mais bien trop tardivement.

Mais la redondance de la narration ne s’arrête pas, hélas, qu’au principe du tournoi en lui-même. Chaque duel suit un schéma presque implacable, classique, qui ne se renouvèle que très peu. Pour caricaturer la caricature, voici la recette qui se répète au cours de l’histoire : Azuma (avec ses alliés ou non) se prépare à un nouveau défi culinaire, sur un thème précis. Comble de malchance, il tombe sur LE spécialiste de ce thème en particulier. La tension monte alors quand Azuma piétine à trouver une solution adéquate, mais finalement trouve une idée au dernier moment. N’en révélant pas les détails, pour préserver le suspens, il se lance alors le jour J dans une préparation à l’allure saugrenue, qui ne manque pas de générer l’inquiétude de Kawachi, généralement rassurée par le manager qui sait déjà ce que trame le petit génie. L’adversaire présente son pain au jury le premier, c’est un succès, puis notre héros s’avance à son tour, et réussit à vaincre malgré tout, en usant de son ingéniosité habituelle, et en provoquant chez Ryo une réaction stupéfiante. Et en route vers de nouveaux défis culinaires !  Mais ne soyons pas surpris pour autant. Yakitate Ja-Pan assume parfaitement ce canevas répétable à l’infini, où les gentils finissent toujours par gagner (ou presque), et ce manque de diversité narratif est surtout là pour mettre en évidence la diversité des plats proposés.
       
    
    

Une sauce trop épicée

L’une des principales qualités de Yakitate Ja-pan est son humour permanent porté par son décalage omniprésent et des situations qui semblent ne jamais connaître de bornes… mais c’est aussi là son pire défaut ! L’humour n’a aucune limite, si ce n’est de ne devenir plus drôle du tout. Si les premiers tomes sont hilarants par leur fraicheur et leur spontanéité, l’auteur se retrouve en panne d’inspiration sur les derniers, allant dans une surenchère d’effets de moins en moins plausibles, dans le référentiel que la série a bâti. Un effet boule-de-neige que l’on pouvait redouter dès le départ, qui finit par se produire, et dont on constate les dégâts une fois qu’il est déjà trop tard. Dans les derniers duels, les réactions, toujours plus farfelues, ont de ridicule le fait qu’elles en deviennent permanentes. Si Kuroyanagi, du fait de sa longue expérience de jury du goût, finit par s’habituer à ses multiples réactions mutagènes, il n’en est pas de même pour les différents adversaires de d’Azuma, qui se réincarnent en panda, en cochon-tirelire, en tortue, en poupée gonflable,… sans qu’il n’y ait besoin d’évoquer une quelconque raison. Une sentence inexorable, que l’on finit plus par redouter que par attendre. Takashi Hashiguchi semble avoir oublié que les blagues les plus courtes sont les meilleures.

Au nom de cet humour sans bornes, il n’hésite pas non plus à sacrifier certains de ses personnages, Kawachi étant son perpétuel jouet, son éternel martyr. Présenté au départ comme l’antithèse d’Azuma, son rival, son ami, il ne servira plus qu’à épater la galerie en étant un parfait cobaye en début de combat, multipliant les métamorphoses les plus humiliantes : clochard, tête de genou, esclave,… un véritable gâchis. Cependant, Kawachi n’est pas le seul à pâtir de ce délaissement, et les personnages, déjà très stéréotypés, finissent inexorablement par plier sous le poids de leur propre caricature. Azuma et Kanmuri passent pour les héros géniaux, lisses et parfaits, que personne ne remet en cause, Ryô s’enferme dans sa mégalomanie qui ne surprend plus, et les autres personnages sont relayés au rang de spectateur. Les voilà ironisant même sur la prévisibilité de l’action, n’assumant même plus la folie de leur créateur, comme s’il cherchait à se dédouaner par leurs voix.  Les derniers combats sont ainsi d’une platitude extrême tant sur la forme que sur le fond. L’auteur tente de jouer sur la corde nostalgique en faisant revenir sur le devant de la scène des anciens adversaires, et en réinventant leur passé respectifs, mais à quoi bon, quand on sait qu’ils sont destinés à devenir des victimes supplémentaires sur l’autel de l’humour facile ? Ainsi, le lecteur se rappellera avec regret des premiers chapitres où l’innocence était encore de mise, et où le destin du monde n’était pas entre les mains de ces jeunes apprentis boulangers, et où la surenchère, déjà de mise, n’était surtout que visuelle.
        
     
     
  
  

YAKITATE !!JA-PAN by Takashi HASHIGUCHI©2002 by Takashi HASHIGUCHI/SHOGAKUKAN Inc. Tokyo

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