Dossier manga - Yakitate Ja-Pan !!

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Sommaire

Publié le Vendredi, 15 January 2010


Une pâte préparée avec beaucoup d’humour!

    

Découvertes culinaires

L’une des vocations premières de Yakitate Ja-Pan !! est de nous faire découvrir l’art du pain et de la boulangerie sous ses moindres aspects. Comme toute série centrée sur une thématique particulière (sport, loisirs, arts,…), le côté didactique se devait d’avoir une importance prépondérante dans le récit. C’est d’autant plus le cas ici, la thématique choisie n’étant pas très parlante pour le japonais moyen ! En effet, comme le sous-entend Azuma et son mentor d’un jour au début de l’histoire, le pain n’est pas un des mets les plus populaires au Japon, d’avantage ancré dans une tradition rizicultrice. Sa consommation s’est installée très lentement dans la seconde moitié du vingtième siècle. La grand-mère de Kazuma évoque d’ailleurs avec regret le fait que cette introduction a été faite suite à la victoire des Américains après la guerre. Néanmoins, les Japonais restent un peuple amateur de nouveauté, et ont souvent adapté des plats étrangers à leur propre sauce, comme les ramen de Chine ou encore le Castella, gâteau importé par les portugais au seizième siècle et qui est devenu une des spécialités de la ville de Nagasaki. Du côté du pain, quelques créations originales ont été crées sur l’archipel, comme le melon-pan (qui combine pâte à pain et à biscuit), l’an-pan (pain fourré aux haricots rouges) ou l’uguisu-pan (pain aux petits pois sucrés). Cependant, la progression reste encore bien mince, et on comprend alors la volonté du jeune Azuma à explorer ce terreau fertile.

Dès lors, Takashi Hashiguchi a beaucoup à apprendre à un lectorat qui a faim de connaissances. La série parvient à rester didactique, telle une vraie encyclopédie sur le pain, tout en ne restant jamais statique sous l’influence de son héros. Les différents thèmes imposés au cours du récit (baguette, croissant, ingrédients spécifiques,…) offrent un tour d’horizon plus que vaste de l’art boulanger, allant du pain le plus simple aux créations plus complexes. Des extensions sont mêmes proposées lorsque le pain ne devient qu’un accompagnement. On découvrira par exemple la préparation de yakisobas (nouilles sautées), de confiture ou encore de façonnage de pizzas. Le récit ne s’attarde pas seulement sur la variété des pains mais également sur les diverses techniques de façonnage, de préparation, de cuisson, en allant des méthodes les plus traditionnelles aux idées les plus risquées, comme le principe important de la vaporisation. Mais une fois encore, les jeunes boulangers de Pantasia iront sans cesse bousculer les principes déjà posés. La première création d’Azuma, le célèbre Mont Fuji collé à la partie supérieure du four et cuisant progressivement, en est un parfait exemple d’introduction. Il faut noter également que les réactions disproportionnées sont à l’image de la culture japonaise et de son appréciation de la cuisine, toujours à  l’affut d’innovations. De ce fait, les efforts fournis pour une seule création peuvent sembler disproportionnés, mais s’intègrent parfaitement dans le respect des valeurs alimentaires au Japon.

Mais la qualité des créations d’Azuma et ses des amis ne s’arrêtent pas seulement à leur puissance gustative. La culture alimentaire japonaise met toujours l’accent sur les saveurs naturelles des ingrédients.  Leur sélection prend ainsi toujours une part considérable, notamment dans la dernière partie de l’œuvre qui met l’accent sur les produits régionaux où les concurrents sont autant notés sur les caractéristiques gustatives que sur l’incorporation de spécialités locales. Un sentiment de glorification de saveurs particulières, qui fait l’écho avec la volonté d’Azuma de créer un pain représentatif de son pays. Au-delà de cet aspect chauviniste, l’emploi des ingrédients est toujours décortiqué dans le moindre détail, selon les propriétés gustatives, mais également énergétique, sur la consistance, les risques allergiques,…  chaque recette fait preuve d’une analyse importante afin d’en justifier les qualités et les défauts, au-delà du simple aspect délicieux. Ainsi, l’analyse didactique est plus que complète, poussée dans ses derniers retranchements, les recettes étant si détaillées qu’elles pourraient figurer dans des manuels de cuisines.
A ce propos, il est amusant de noter qu’outre les produits dérivés habituels, des viennoiseries estampillées « Yakitate Ja-Pan » existent bel et bien au Japon, comme le prouvent ces quelques images :
            
    
    

Une parodie du genre shonen

Bien évidemment, le simple aspect didactique ne suffirait pas à faire de la série ce qu’elle est, et elle tournerait bien vite à la monotonie si elle ne consistait qu’à une énumération de plats toujours plus délicieux. Yakitate Ja-Pan est avant tout porté par son humour décapant, qui tient essentiellement sur le décalage entre la légèreté du thème de la boulangerie et la détermination des personnages. Chaque duel culinaire donne l’impression que leur monde est prêt à s’écrouler s’ils ratent leur cuisson ! Les enjeux sérieux de la série, d’un héritage familial partagé à la survie face à un concurrent plus que redoutables, réussissent à donner de l’ampleur à un univers qui n’en demandait pas tant, pour le plus grand plaisir des lecteurs ! De ce fait, chaque création est un évènement, un renversement supplémentaire dans le monde de la boulangerie, poussant toujours plus loin son évolution ainsi que celle des personnages.
  
C’est ainsi que l’on retrouve tout la codification des shonen nekketsu (littéralement, sang brulant), généralement réservée aux séries d’action et d’aventure. Après deux séries sur des thématiques sportives, Takashi Hashiguchi s’est forgé une certaine expérience dans le genre, et réutilise ici les pistes habituelles avec un second degré totalement irrésistible. Ne serait-ce que par son éventail de personnages, véritables clichés du genre. Le héros naïf, qui possède un don naturel, et partant à la recherche d’un « père » qu’il n’a que peu connu. L’icône paternelle étant représentée par ce boulanger qui l’a initié au pain alors qu’il n’avait que six ans, et à ce rêve de voir un jour un pain aux couleurs du Japon. Evidemment, les retrouvailles avec ce père sont rapidement imaginables. Il ne faudra pas être très attentif pour deviner très rapidement ce qu’est devenu ce mentor, ayant, et c’est encore un classique du genre, sombré dans le côté obscur de la force boulangère. Car l’ennemi invincible et terrifiant est bel et bien là, offrant ainsi une menace toujours plus grandissante. Notre héros se retrouve ainsi confronté aux pires difficultés mais les affronte sereinement, sur de lui et de la confiance que lui apporte ses camarades. Le voilà rapidement entouré d’un ami fidèle et faire-valoir, de différents rivaux, d’un maître et d’une jolie demoiselle. La quête du jeune héros l’entrainera ainsi toujours plus loin, étant amené à faire le tour du monde et à affronter des adversaires toujours plus redoutables. Des personnages qui ont tous un vécu précis autour du pain, qui ont tous des raisons de lui consacrer leur vie, une histoire parfois poignante… Le charisme de certains intervenants est à la hauteur de leur caractère, et on ne s’étonnera même plus de voir des personnages bodybuildés, masqués ou aux corps marqués pour leur dévotion à l’art culinaire. Ainsi, toutes les clés du genre sont bel et bien là, et alors qu’on se rappelle qu’il ne s’agit que de la création de pains, le décalage est toujours aussi troublant et amusant, la série ne se prenant heureusement jamais trop au sérieux.
          
   
   

Un humour sans concessions, des références à la pelle

Outre l’inspiration assumée et détournée des codes du shonen, l’humour de Yakitate Ja-Pan est essentiellement du à ses célèbres réactions gustatives. Chaque pain, chaque dégustation est un véritable évènement qui provoque toujours des résultats toujours plus inattendus, selon la sensibilité de la personne. A ce sujet, les personnes les plus émotives sont sans conteste Kawachi, qui dans son rôle de bouffon est toujours dépassé par le gout des créations voire de certains aliments dans leur état naturel, ainsi que les jurés du gout qui se doivent d’avoir une sensibilité démesurée. Ainsi, Ryo Kuroyanagi sortira souvent de son caractère impitoyable pour laisser libre cours à sa folie lors d’une dégustation, sans concession aucune. Quant à Pierrot Bolneze, clown-arbitre de la coupe de Monaco, ses réactions tout aussi incongrues l’amèneront à retourner très souvent dans son vaste passé tumultueux. Des juges plus calmes et rationnels viennent tout de même compléter le tableau, en offrant une notation à l’aspect mesurable, comme Dave Hashiguchi et ses cris de satisfaction, ou Meister Kirisaki et sa notation... à plumes. Néanmoins, face à l’ingéniosité des talents d’Azuma et compagnie, ces arbitres plus calmes seront eux-mêmes amenés à sortir de leurs gonds et de leur inflexible régularité. Toutes ces réactions sont d’autant plus saugrenues que leur justification en est la plupart du temps ridicule, et ne tient que par un jeu de mot tellement tiré par les cheveux que le cerveau de l’auteur a du sauter avec ! Le délire se fait toujours plus grandissant, jusqu’à ce qu’il arrive un pain si exceptionnel que sa réaction dépasse toute limite et toute contrainte, allant aux frontières de la mort, ou pouvant bouleverser le continuum espace-temps ! Toutes les folies sont autorisées, tout est possible dans la démesure, pour le plus grand bonheur du lecteur, tant que la surprise reste de mise.

L’humour de Yakitate-Japan tient aussi sur la multitude des clins d’œil et des références employées. En effet, les inspirations au monde du manga ne s’arrêtent pas à la simple reprise du cahier des charges shonen. Hashiguchi n’hésite pas à saluer le travail de ses confrères du Shonen Sunday, comme Zatchbell ou Détective Conan. Parfois,  il rend hommage à des auteurs culte, comme une réaction cultissime qui transporte le juge Pierrot Bolneze dans l’univers de Galaxy Express 1999 ! De Dragon Ball à Hokuto No Ken en passant par Jojo’s Bizzare Adventure, il serait trop rébarbatif d’en faire la liste exhaustive, et cela gâcherait le plaisir de la découverte. On retrouve également de nombreuses références à la culture nippone, surtout dans la dernière partie du manga qui tient compte des particularités locales. On retrouve parfois des parodies de certains produits, publicités, chansons,… et quelque fois, des personnages publics japonais ou des marques font partie intégrante de l’intrigue, comme Norihei Miki, ancien acteur comique très célèbre, et mascotte d’une marque de pâte de nori, qui participera à un match d’anthologie contre l’équipe de Pantasia. Enfin, la série sait s’internationaliser et vivre avec des références de son temps. Notons par exemple le personnage de Brad Kid, ami américain de Kuroyanagi du temps de ses études, et sosie d’un autre Brad très célèbre. Des personnages réels feront même une apparition, comme Michael Schumacher et d’autres pilotes de F1. Mais plus généralement, l’auteur se complait à imaginer une Europe fantasmée, où le roi de Monaco porte un masque de lion, où les meilleurs boulangers de France vivent dans un château et subissent un entrainement depuis l’enfance… Un décalage d’autant plus hilarant pour nous autres, lecteurs français moyens, devant notre pays ainsi sublimé !
         
     
                            
                                           
                            
YAKITATE !!JA-PAN by Takashi HASHIGUCHI©2002 by Takashi HASHIGUCHI/SHOGAKUKAN Inc. Tokyo

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