Dossier manga - Ping Pong the Animation

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Publié le Vendredi, 11 November 2016


La place de Ping Pong dans l'animation japonaise


Le chara-design et les décors


Une chose est frappante au premier coup d'oeil : Ping Pong the Animation adapte très bien le chara-design de Taiyou Matsumoto, qui est un dessinateur iconoclaste. Quand il est arrivé dans le paysage manga vers les années 1990, il a apporté un style totalement nouveau, et personne n'est entré dans son sillon depuis. Si le manga regorge de styles variés, des commerciaux comme beaucoup d'originaux, on ne peut pas en dire autant dans le domaine de l'animation. Peu d'anime tentent de s'écarter des standards graphiques codifiés (ou alors il faut se tourner du côté de l'animation japonaise indépendante, comme ceci par exemple). On peut évoquer récemment Tonkatsu Dj Agetarô, formidable petit anime auquel nous avons consacré un dossier il y a peu, qui n'a cependant pas poussé la recherche graphique au même niveau que Ping Pong.

Il y a un côté brut dans le chara-design de Matsumoto, voire brutal. Les composantes du visage humains sont ramenés au plus simple, avec une forte netteté dans le contour, apportant ainsi force et dynamisme à l'identité visuelle globale. Il y a quelque chose de tribal, d'art ancien dans les yeux et les sourires. Quant aux décors, ils sont pour beaucoup dessinés simplement, par aplats de couleurs, ce qui correspond très bien aux thématiques de la jeunesse, de l'innocence. De plus, les teintes utilisées sont ternes, ce qui permet d'évoquer le pessimisme dont nous parlions plus haut. Tout cela ensemble donne une superbe cohérence, et un respect maximal du travail de l'auteur original.

Quoiqu'il en soit, le dessin ne plaira pas à tout le monde. Il est totalement en marge de ce qu'il se fait actuellement dans la production actuelle. Et lorsqu'on sait que les amateurs d'anime sont très attachés aux codes de leur pop-culture, on imagine pourquoi la série n'a pas fait des émules.





L'animation


L'animation globale de Ping Pong est classique et dans la bonne moyenne des animes modernes à deux points près. Tout d'abord, à plusieurs endroits, les plans choisis (souvent de dessus et de biais) donnent un angle de vue dynamique à l'animation. Les proportions des personnages étant dessinés comme à travers une lentille, les animateurs ont du effectuer un travail particulier sur la perspective. Ensuite, quelques passages, notamment un match vers la fin de la série, ont été particulièrement étoffés et offrent spectateur une animation à couper le souffle.





L'intrigue


Toutes les qualités que nous avons développées dans les deux première parties montrent donc que Ping Pong n'est pas pensé pour être un nekketsu, mais une série adulte. Le manga a d'ailleurs été publié dans une revue seinen, à une époque où les cibles de magazines avaient plus d'importance. Il se peut qu'on n'en saisisse pas bien les enjeux dans le tout début de la série, mais le talent du réalisateur et de son équipe font prendre à l'intrigue un véritable envol passé les quatre premiers épisodes. Le profil des personnages se précise et tous leurs drames personnels paraissent plus tangibles.





Un anime important


Ping Pong est presque malgré lui devenu un anime important. À l'heure actuelle, l'animation japonaise souffre beaucoup (en témoigne les défauts de réalisation relevés sur Dragon Bal Super, qui ont fait parler d'eux et de la situation économique du domaine jusqu'en dans nos journaux généralistes). Il devient alors plus aisé pour les parties prenantes de défendre une rentabilité facile, à travers l'uniformité de l'offre. Le moe, le nekketsu et les comédies romantiques continuent de faire tourner ce qu'il reste de l'animation japonaise, et la diversité des styles, des thématiques, tend à s'effacer, plus que dans le domaine du manga papier où les auteurs de séries underground trouvent leur public. N'oublions pas, il est vrai, que l'animation est plus chère à produire qu'un manga. C'est pour cela que voir des séries animées telles que Ping Pong exister permet au média de respirer artistiquement. Certes, Matsumoto n'est pas un inconnu, ses mangas fonctionnent au Japon. Mais voir un auteur de ce genre adapté en anime est rare, à plus forte raison en France où tout ne nous parvient pas. Plébisciter Ping Pong et toutes les séries qui proposent « autre chose » permet de rappeler que l'animation est un travail qui fait appel à des artistes, et que comme toute œuvre artistique, il ne faut pas qu'elle soit bridée dans des codes uniquement établis à des fins commerciales.
  
  
  


© Taiyô Matsumoto / Shôgakukan / Ping Pong Production Committee

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