Dossier manga - Ping Pong the Animation

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Sommaire

Publié le Vendredi, 11 November 2016


Sous-société


La jeunesse comme microcosme social


En fin de compte, le portrait de la jeunesse dans Ping Pong est en soi une représentation de la société, de la rivalité entre les êtres, des obligations et, surtout, des phases d'échec. La dureté psychologique de la série provient du fait que nombre de personnages se donnent en fond et n'en arrivent pas moins à être dos au mur. Les personnages ne sont pourtant que des lycéens, ils ne font que jouer au ping pong, mais on leur demande déjà d'entrer de plain-pied dans un monde compétitif, quitte à déformer leur but premier.

Le protagoniste le plus emblématique est de ce fait Démon. Personne ne le pousse à devenir meilleur que Peco, son rival, mais il se sent obligé de prouver sa valeur : c'est un élément viscéral chez lui. Plus que de l'orgueil ou de l'égo, il éprouve un réel besoin de montrer qu'il est capable de se hisser au meilleur niveau, non pas par rapport à lui, mais par rapport aux autres. Il veut absolument briller car c'est ce que la société met en avant : on n'existe que parmi les meilleurs. Les autres personnages ne sont pas en reste à ce niveau, Wenga devant s'adonner au ping pong pour des ambitions personnelles qui vont pourtant bien au-delà d'un bête jeu sportif, et Ryûchi ne pratiquant le ping pong que sous la pression de son héritage. Peco et Smile sont dans le même cas, à une autre échelle : ils ont à un moment de leur jeune vie trouvé un épanouissent dans le ping pong, mais ils ne peuvent devenir les meilleurs qu'à condition d'abandonner leur rapport simple et innocent au sport. Encore une fois, c'est la rude compétition qui vient supprimer leur engouement initial.

En filigrane, la critique est subtilement acerbe. Quelques passages évoquent les sponsors des compétitions et l'inutilité du produit qu'ils vendent. On comprend vite que le sponsor synthétise comment la société de consommation vient pervertir la noblesse des intentions premières des joueurs. Cet élément est discret, et c'est sa qualité. À ce titre, ce sont les adultes qui sont incriminés, bien qu'effacés. Les seuls adultes que l'on voit vraiment dans la série sont les entraîneurs de Peco et Smile, et s'ils ont gardé leur intégrité, c'est parce qu'ils se sont montrés trop humains pour ce monde compétitif. Le lycée Kaio symbolise quant à lui la merchandisation du sport scolaire et tout les vices qui en découlent : prédominance de la finance, haut niveau de stress parmi ses membres, uniformisation jusqu'à l'apparence physique...





Le talent et l'acharnement


Nous parlions plus haut d'échec, et la dimension des efforts vis-à-vis de cela est quelque chose de primordial dans la série. Les cinq personnages décrits dans la partie introductive vont tous à un moment ou un autre connaître un échec. Ce dernier prendra une forme différente, car ils disposent de talents différents. Certains tombent de leur piédestal face à un adversaire qu'ils n'ont pas vu venir, d'autres s'auto-sabotent, montrant ainsi leur manque d'emprise sur leur vie et leurs capacités. D'une manière générale, l'échec a une portée dramatique forte dans Ping Pong, dans la mesure où l'on ressent la profonde injustice et la douleur face à tant de talent et de travail gâchés. Sans spoiler, on peut dire que les échecs chez Smile sont plus ou moins maîtrisés – en réalité, n'ayant pas de motivation, son véritable échec réside plutôt dans son incapacité à prendre à bras la corps ce dont il a envie dans la vie – et pour les autres, la défaite apparaît de manière inopinée, en dépit total des efforts fournis et de leur analyse de la situation.

Sous l'apparence d'une série sportive, le spectateur pourra être surpris par un tel traitement de l'échec. En seulement onze épisodes, beaucoup de séquences d'injustice et de remise en cause ont lieu. Peu de moments montre les personnages bien dans leurs pompes, au bon niveau vis-à-vis de leur efforts personnels et leurs qualités.





Un constat pessimiste


En montrant ainsi comment de jeunes gens peuvent à ce point se fourvoyer, trompés par un environnement qu'ils ne maîtrisent pas, la portée dramatique de Ping Pong est très forte. Concrètement, il se passe des événements similaires dans beaucoup de séries sportives, mais la très majeure partie du temps, le travail finit par payer. Chez Matsumoto, les échecs aboutissent presque systématiquement à une remise en cause totale du système de valeur des personnages, allant jusqu'à un changement de voie complet. Cela n'a pas l'air si terrible dit comme ça, mais il faut bien prendre en compte que les protagonistes ont des raisons profondes qui les poussent à évoluer dans le ping pong, et lorsqu'ils perdent, leur monde s'effondre, ce qui nécessite une reconstruction personnelle, qui ne finit pas forcément sur un retour sur le devant de la scène. En bref, chez Matsumoto, les actions des parties prenantes d'une société sont souvent mises à mal par le système, ce qui en fait un auteur particulièrement engagé, voire subversif. L'anime a parfaitement su retranscrire cela.
  
  
  


© Taiyô Matsumoto / Shôgakukan / Ping Pong Production Committee

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