Bakuman - Actualité manga

Bakuman

Critique de la série manga

Publiée le Lundi, 01 December 2014

Takeshi Obata est un auteur très apprécié des Français, pour ses qualités de dessinateur qu’il a dernièrement prouvé avec All you need is kill, mais aussi le fait qu’il ait œuvré sur de grandes séries comme Hikaru no Go. Son association avec Tsugumi Ohba, scénariste, sur Death Note en 2004 avait fait mouche tant le shônen détournait nombre de codes tout en proposant un récit noir et intelligent.
Quatre ans après, en 2008, le binôme reprend forme, avec la série Bakuman sur un sujet toujours aussi original : La conception d’un manga dans le Shônen Jump, magazine qui les prépublient.




Moritaka Mashiro est un passionné de manga et doué pour le dessin de surcroît. Lui qui rêvait de devenir auteur, il a revu son projet à la baisse et décide désormais de vivre en tant que simple salarié d’entreprise. Les raisons de son retournement de veste ? Le décès de son oncle, mangaka, qui fut victime d’un surmenage à cause d’un manque de popularité et du rythme infernal du dessinateur. C’est ainsi que Mashiro profite de sa vie de collégien, en observant de loin la superbe Miho Azuki dont il est amoureux depuis ses plus jeunes années, au point de dessiner son portrait en secret sur ses cahiers. Lorsque Akito Takagi, camarade de classe de Mashiro, découvre ses talents, il lui propose une association pour former un duo de mangaka qui serait prépublié dans le Shônen Jump, la revue d’où sont issues les plus belles œuvres de leur enfance.



Mashiro accepte alors la proposition de son camarade et en découvrant qu’il n’est pas indifférent à Azuki, il lui fait une promesse consentie : Lors le duo « Muto Ashirogi » verra l’un de ses manga adapté en anime, Azuki en doublera l’héroïne, symbole des rêves de la demoiselle et du dessinateur qui se marieront.
Quand on est lecteur de manga, difficile d’être passé à côté d’un blockbuster comme Dragon Ball, Hokuto no Ken, ou encore Naruto ou One Piece. Le point commun entre ces séries, c’est qu’elles viennent du célèbre magazine de prépublication Shônen Jump dont le système éditorial est des plus particuliers et impacte grandement le quotidien et la méthode de travail des mangaka. Par exemple, tout le monde ne sait pas que chaque semaine, les lecteurs sont invités à voter pour leurs séries préférées, et que le fond de tableau est susceptible de se voir annuler et remplacer par de nouveaux titres.



L’idée phare de Bakuman, c’est de présenter le système éditorial, la vie du mangaka et les déboires qui peuvent ponctuer sa vie.
Pour cela, l’intrigue se centre sur Moritaka Mashiro et Akito Takagi qui vont rapidement former un duo de mangaka au sein du Jump : le premier s’occupant du dessin, et le second du scénario. L’élaboration d’une série, le développement de celle-ci, le contact avec le responsable éditorial ou d’autres mangaka, les complications que peuvent amener la pratique… Beaucoup de sujets sont abordés et rendent l’intrigue intéressante. Toutefois, l’approche ne se veut pas forcément réaliste, car Bakuman est un shônen, ce qui implique de calibrer le récit à un lectorat masculin plutôt jeune. En outre, l’enjeu était d’expliquer l’envers du décor par le biais d’une intrigue dynamique. A plusieurs reprises dans le récit, les choses ne se passeront pas comme prévues et des complications s’imposeront face aux mangaka, ce qui en soi est une approche réaliste.



Cependant, par la force de la volonté et du surpassement de soi, accomplir des prouesses incapables pour un auteur du monde réel deviendra chose possible, de même que des rivaux et antagonistes éditoriaux apparaîtront au fil des tomes. Bakuman est alors à prendre comme tel : Un récit très didactique en de nombreux points, mais à la sauce nekketsu, partant ainsi dans la surenchère pour séduire un public assez jeune.
Le titre d’Ohba et Obata démarre par une intrigue sentimentale, car les relations amoureuses ont une place conséquente dans l’œuvre, mais ne sont pas l’élément narratif où les auteurs brillent le mieux. La mièvrerie est souvent le maître mot de ces idylles, et la relation platonique entre Mashiro et Azuki en est la preuve. Certaines autres romances, traitées de manière plus décalée, font sourire, mais ce n’est pas le cas de toutes. On retient en particulier un certain volume dans la première dizaine de tomes, centré autour des amourettes de Takagi et qui fait sans mal office de plus mauvais tome de Bakuman à cause de son rythme longuet et ses intrigues pseudo humaines en dehors du sujet initial.



Fort heureusement, la conclusion du titre est sympathique, chose qui n’était pas forcément gagnée étant donné les débuts de la série qui se faisaient dans la niaiserie la plus totale. La fin de Bakuman, c’est une symbolique sentimentale et une mise en scène des plus jolies.
Bakuman comporte une galerie très importante de personnages couvrant la horde de mangaka, leurs responsables éditoriaux, les assistants ou alors des personnages plus secondaires. Et si au départ les auteurs jonglent habilement entre tous les acteurs de cette galerie, il n’en sera pas toujours de même. Citons l’exemple de Fukuda, dessinateur aux allures rebelles auteur d’une série à succès. L’individu brille énormément dans la première partie du manga, mais moins dans la seconde qui se concentre sur les grosses têtes d’affiche. Néanmoins, beaucoup de ces personnages sont attachants. Certains sont clichés au possible lors de leur apparition, comme Eiji Niizuma qui représente l’éternel prodige, mais évoluent dans le bon sens du terme. On se retrouve au final avec des individus qui n’ont certes rien de bien complexe, mais qui parviennent à se montrer très attachants tout le long de l’œuvre.
Rappelons que Tsugumi Ohba n’est que le scénariste de la série, et que le dessinateur est Takeshi Obata. Son trait depuis Death Note a peu évolué, car prenons en compte qu’il a eu quelques petits projets entre temps.



On retrouve avec plaisir ce trait fin si maîtrisé et cet art riche en relief, mais quelque chose va bien démarquer Bakuman des titres précédents de l’artiste. Le dessinateur nous livrant ici une série dans un cadre réaliste et au ton parfois plus léger, il en arrive à parodier de temps en temps son propre dessin. Bakuman nous le dit lui-même : un style graphique doit évoluer avec son œuvre pour lui correspondre. Il n’est donc pas anormal qu’un style burlesque émerge lors des séquences moins sérieuses de l’intrigue.
Bakuman a fait partie du tableau d’honneur des éditions Kana ces dernières années, Obata étant un auteur phare dans l’hexagone. Il n’est donc pas étonnant que l’éditeur nous ait livré une version française de très bonne facture, ce qui n’était pas évident étant donné l’amas de dialogue (constituant parfois un défaut de la série tant les auteurs ont du mal à aller directement à l’essentiel) et l’importance des termes techniques. Le travail de traduction et d’adaptation a sans aucun doute été rude, mais nos vingt volumes bénéficient d’un texte de qualité.




Quelques points sont néanmoins plus discutables quant à Bakuman d’un point de vue éditorial, par rapport aux choix faits par Kana dans la mise en vente des volumes. Le rythme de parution n’a donc pas toujours été simple, notamment pour les fans qui ont souvent dû prendre leur mal en patience jusqu’au prochain tome. Quatre mois entre les deux derniers tomes, c’est un délai pus qu’énorme quand on sait que le titre est terminé depuis belle lurette au Japon, même si on peut saluer l’inventivité d’une édition particulière incluant un kit de dessin de l’apprenti mangaka pour le dernier tome. Le second et dernier point qui fait grincer des dents relève des guide-book, au nombre de deux, coûtant plus de douze euros l’unité. Pour ce genre d’ouvrage, le prix pratiqué est inédit, sans compter qu’ils ne sont pas plus épais qu’un autre livre d’informations vendu moins cher chez la concurrence. Néanmoins, ne boudons pas notre plaisir à propos de ces deux ouvrages qui permettent de prolonger l'aventure un tout petit peu plus longtemps.




Bakuman est un titre plutôt unique en son genre. Se voulant un didacticiel du mangaka au milieu d’un système éditorial moderne, l’œuvre arrive toujours à correspondre à des codes nekketsu lui conférant un dynamisme incessant. Malgré certains défauts au niveau des personnages, de la romance virant trop facilement à la mièvrerie ou encore la dimension exagérée du titre qui ne plaira pas à tous, Bakuman constitue un titre que tout passionné de shônen se doit de posséder, et dans lequel on se replongera avec un certain plaisir.


Chroniqueur: Takato


Note de la rédaction
Note des lecteurs
16.6/20







Evolution des notes des volumes selon les chroniques:

18.00,16.00,15.00,16.00,14.00,14.00,15.00,10.00,13.00,15.00,16.00,15.00,13.00,17.00,12.00,16.00,17.00,16.00,15.00,15.00

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