Tokyo Babylon - Actualité manga
Dossier manga - Tokyo Babylon

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Sommaire

Publié le Jeudi, 22 December 2011


Un folklore mis en valeur ?

   
  
« Pourquoi aimes-tu Tokyo ? »
« Parce que c'est une ville qui s'amuse lentement à observer son déclin. »
 

Il parait évident de parler en premier lieu de l’univers créé dans ce manga, un peu particulier au demeurant. Si l’on a l’habitude de jongler avec des robots parlants, de la magie, de l’amour ou de la comédie il n’en est rien ici. Tout est beaucoup plus réel, malgré la spécificité intrinsèque à la série. La vie qui a été donnée à Tokyo Babylon nous semble assez logique, plutôt réaliste et on se sent alors étrangement proche de l’univers mis en place. Pourtant il y a de nombreuses raisons qui nous détourneraient d’une telle conclusion. Parce que les sciences occultes sont au cœur du scénario et que la magie y est monnaie courante, sous quelque forme que ce soit. On y voit souvent des néophytes s’utiliser à une malédiction, à un sortilège et Subaru agir pour les contrer, les protéger du retour de bâton qui vient immanquablement punir les ignorants ou pour les arrêter dans leur entreprise. Pour cela, il utilise sa spiritualité, source de ses pouvoirs. On découvre au fur et à mesure de la lecture des références aux principales croyances et religions japonaises, notamment le bouddhisme, mais aussi occidentales avec le christianisme, et l’on va même jusqu’à y citer la Kabbale judaïque. L’esprit, la foi et la force spirituelle sont donc au cœur du manga, car c’est là-dessus que se base Subaru. On voit d’ailleurs bien que ce petit génie respecte profondément les ablutions nécessaires à la pratique de son art, qui regroupe en fait plusieurs sortes de magie. Les vêtements utilisés pour l’exorcisme sont alors parfois d’une grande importance, ainsi que la purification du corps. Ce héros met en scène le spiritisme shintô, à travers ce qui s’appelle la magie du Ying et du Yang dont Subaru est un grand maître. C’est d’ailleurs une notion retrouvée dans XXX Holic, avec cette idée de services rendus par un professionnel pour résoudre les problèmes surnaturels survenant dans Tokyo. Le ton n’est toutefois pas vraiment le même et les « compensations » de Subaru sont la rémunération qu’on lui verse, sans le principe d’échange, essentiel dans XXX Holic. L’accent est donc réellement mis sur cette magie utilisée par Subaru, plus proche de la réalité mystique d’un exorciste que la véritable magie comme dans Tsubasa. Les CLAMP vont d’ailleurs jusqu’à retranscrire les différents sorts de Subaru en sanscrit, pour que l’on puisse s’imprégner des sonorités et donc de l’univers. Pourtant, certains tomes se détachent des enquêtes un peu surnaturelles, des pouvoirs de Subaru ou des magies obscures pour se tourner, notamment vers la fin de la série, vers les autres armes de notre héros. Car derrière les sutras, le jeune homme au cœur pur apaise par les mots, l’écoute et l’empathie. Et sa propre souffrance est ainsi mise en exergue, sans magie, sans esprits malins. Avec la réalité, plus cruelle.


 
 
Mais l’univers, c’est aussi le maillage de trois personnalités bien définies qui arrivent à tisser un tableau assez clair du manga. Leurs rôles sont bien arrêtés, et s’ils ne sont que trois sans aucun personnage secondaire réellement important, ce n’est pas pour rien. D’ailleurs les autres figurants sont habillés de façon semblable, n’ont parfois même pas de visage dessinés tant ils sont une partie d’un tout plutôt qu’une identité propre. Alors que Subaru, Hokuto et Seïshiro forment un trio haut en couleurs avec des rôles et des attitudes bien définies. Tout d’abord le héros, qui est là pour nous amener de l’émotion. Avec sa sensibilité, sa finesse et sa capacité à nous toucher, Subaru est le personnage sympathique par excellence. Il est naïf, candide, s’émerveille, s’étonne ou s’indigne à un degré bien plus élevé que le notre. C’est comme s’il ressentait le monde dans lequel on vit d’une manière totalement différente, bien plus nette. S’il est un jeune prodige de la magie, il n’en reste pas moins que chacune de ses missions ou presque serait un échec sans Seïshiro. Il semble alors trop fragile, faible et tendre pour la profession qu’il exerce, mais ne s’en rend pas compte grâce aux interventions de son « ami » et de sa sœur. On regrette d’ailleurs pendant quelques tomes qu’il ne soit pas assez mis en valeur, trop calme et impuissant face à certaines de ses missions, trop complexes. Pourtant il se révèle peu à peu, au fur et à mesure que Seïshiro, qui l’a toujours masqué en le protégeant dans l’ombre, s’éloigne de lui. Il interprète ce rôle de gentil-méchant, ambivalent et mystérieux absolument indispensable à l’intrigue. Il nous apparait, au fur et à mesure, sous un manteau de froideur et d’impassibilité qu’on ne lui connaissait pas ! On voit bien que les mangakas insistent encore une fois sur la complémentarité de ces deux personnages, thème cher à leurs cœurs. Ils sont alors les deux côtés d’une même carte, indissociables et ne fonctionnant que s’ils sont deux. A côté, plus effacée, ou retrouve Hokuto, la sœur un peu lourdingue qui est là exclusivement (ou presque) pour l’humour du titre : elle allège la lecture, simplifie certains passages et nous fait sourire sans hésiter, même si elle a des dessous plus sérieux.

Enfin, on ne peut pas parler de Tokyo Babylon sans évoquer son rapport avec la série X-1999. Leurs univers, leurs histoires sont étroitement liés et ne peuvent pas vraiment être pris l’un à part de l’autre. Toutefois, aucune obligation n’est faite de lire les deux, mais il est indéniable que la compréhension de la relation entre Subaru et Seïshiro est dépendante de cette lecture conjointe. Tokyo Babylon est en quelque sorte le « prologue » de X, où l’on retrouve nos deux héros quelques années plus tard. Alors que Subaru a totalement changé, perdant son air candide et sa générosité, son regard indulgent sur le monde. Son expérience l’a profondément changé et pour ceux qui auront lus X avant, il est un peu étrange de croire que le jeune homme désabusé et assoiffé de vengeance ait pu un jour être le gentil adolescent serviable et timide que l’on découvre dans Tokyo Babylon. La lecture de cette série pourra donc nous laisser comme un goût d’insatisfaction, d’incomplet, puisqu’il faudrait lire X-1999 pour réaliser l’ampleur de ce qui les sépare et les réunit à la fois, ce qui les déchire et les rend inséparables. Cette relation duelle n’est alors pas aboutie et l’on terminera notre lecture avec une frustration réelle : que se passe-t-il après ? Pourtant, dans les mangas l’univers ne sont pas tout à fait les mêmes : X-1999 est moins axé sur la spiritualité, sur le shintoïsme mais utilise d’avantage la magie des kekkais, des sorts plus purs et avec beaucoup moins de précautions, d’objets ou d’amulettes de protections. On garde pourtant la notion de shikigamis, et l’importance de la force psychique dans les sorts lancés. Enfin, nos héros de Tokyo Babylon ne sont présents que de façon secondaire dans l’autre manga des CLAMP, aussi vaut-il mieux prendre le temps de s’attarder sur leur destin, passionnant, avant de découvrir ce qu’il peut leur arriver.
 
 

TOKYO BABYLON © CLAMP/SHINSHOKAN Co., Ltd.

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