Tokyo Babylon - Actualité manga
Dossier manga - Tokyo Babylon

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Publié le Jeudi, 22 December 2011


Ce que peut cacher un sourire ...

  
  
« Un être humain qui en trahit un autre, c'est le genre de chose qui arrive chaque jour au détour des rues de Tokyo. »
 
 
Deux mondes coexistent plutôt facilement à la lecture de la série. Le premier est léger, humoristique, amusant et basé sur la simplicité. On y trouve beaucoup d’humour par l’intervention d’Hokuto, qui passe le plus clair de son temps à sortir des vérités indémodables, à se vêtir de façon étrange et excentrique, de s’amuser aux dépens de son frère et de se gausser à haute voix. On est souvent entraînés par sa bonne humeur et sa spontanéité, qui nous font vivre autrement la noirceur du scénario et de l’univers créé par les CLAMP. Elle a beau paraitre peu importante dans cette œuvre, Hokuto a le rôle primordial et indispensable d’alléger la narration. De ne pas la rendre faussement dramatique ou lourde de trop de tristesse. Grâce à elle on découvre que Tokyo Babylon peut se faire léger et simplement sympathique, tandis que la mise en page un peu simpliste et très carrée nous simplifie la lecture, appuyant cette nonchalance. De même, les arrières plans bien vides et le découpage des pages qui se fait sur de grands espaces et utilisant toutes les longueurs de pages réduisent notre lecture à sa plus simple expression, bien loin de la concentration nécessaire devant du Tsubasa Reservoir Chronicles ou du X. Mais le point le plus évident dans le manga, qui nous éloigne un peu de ce que l’on voit au premier abord, c’est les limites shonen-ai de Tokyo Babylon, servant essentiellement l’humour d’Hokuto. En effet, l’homosexualité et son caractère non défini et trouble est un thème cher au cœur des mangakas, qui s’amusent à le décliner en allusions, en simples situations à exploiter ou ici, plus clairement. Seïshiro passe ainsi le plus clair de son temps à déclarer son amour à Subaru, essayant tant bien que mal de le séduire et d’avoir des rendez-vous amoureux rien qu’avec lui. Mais cette évidence nous apparait rapidement comme un faux semblant. Ainsi, la relation plus que trouble qu’entretiennent nos deux héros ne s’arrête pas simplement à un amour platonique. Il mélange d’autres composantes, mais pour les découvrir réellement il faudra aller plonger son nez dans X-1999. Ici, la chose est abordée avec légèreté et humour. Amenant souvent l'histoire à des situations cocasses pour détendre un peu l'ambiance tendue du récit. C’est, avec RG Veda, une des rares fois où les auteurs se risquent à parler réellement d’amour au masculin, avec de véritables sentiments et non des possibles exploités par les lecteurs ou lectrices. Même si tout reste totalement platonique et jamais aucun geste n’est fait en faveur de plus, il n’en reste pas moins que c’est un choix assumé utilisé dans cette série au service de la légèreté ... mais également du drame. Les deux faces de l’amour, son pendant la haine, rien n’est aussi simple qu’une petite déclaration qui met mal à l’aise notre héros et fait rigoler sa sœur, qui n’attend que ça. Au contraire, les CLAMP utilisent ce sentiment à double tranchant.

Car sous le comique et le rire, il y a l’action, le mystère, le suspens et les situations dramatiques. Il suffit de voir les histoires dépeignant les vices de Tokyo, horribles, et la responsabilité que cela fait peser sur Subaru. Beaucoup plus que dans d’autres séries des CLAMP, le héros principal a une réelle responsabilité sans qu’on le ménage ou que l’on puisse le réconforter. Son empathie et sa sensibilité finissent par devenir des sources de souffrance pour le jeune homme trop fragile. Plus il ressent la peine et la douleur des gens qu’il côtoie, plus il comprend leur histoire et il est alors d’autant plus apte à les aider et à les sortir de leur marasme de désespoir. Mais le revers de la médaille, c’est que sa propre souffrance est à la hauteur de celle des autres. Cela parait parfois insoutenable pour un être aussi innocent, pur et candide comme Subaru. Cela nous montre alors bien que la force de ce personnage forme aussi sa faiblesse, et cela explique parfaitement la dualité qui se forme avec Seïshiro. Le premier est particulièrement manipulable et confiant, le second est un véritable maitre dans l’art du mensonge et de la dissimulation. C’est cette base qui permet de poser la suite et de nous faire découvrir l’ampleur et la profondeur de ce lien, qui au premier regard avait pourtant l’air gentillet comme il faut. Derrière le sourire de Seïshiro se cache la plus grande trahison de l’histoire des CLAMP.
 
 
  
 
 
Cette trahison, magistrale, orchestrée par le sens du suspense des mangakas qui le préservent, le font naitre en nous cachant certaines choses et nous répétant sans cesse d’autres choses. Si bien qu’on ne sait plus ce qui est véritablement important ou ce qui ne l’est pas. L’intelligence de la narration nous permet de ne pas nous ennuyer un instant en ce qui concerne la relation duelle entre Subaru et Seïshiro. On passe, avec ce dernier notamment, de l’humour au plus grave, du questionnement incessant aux brutales réponses, assassines. On nous parle d’une promesse intrigante, surprenante que l’on ne découvre que plus tard malgré tout le bruit que l’on en fait. Derrière cette simple dénomination, une cruauté incroyable qui n’a de limite que la mémoire de Subaru, qui a chassé ce souvenir pour se préserver. Un retournement de situation magistral qui nous prend aux tripes avec une violence réelle, tout comme Subaru qui s’enferme alors soudainement dans un mutisme caractérisé par sa profonde souffrance. Ce n’est donc pas un réel affrontement qui se construit entre eux, et on a l’impression que Seï joue tout seul, comme il l’a toujours fait. Car il a une emprise totale et entière sur Subaru qui, détruit, ne peut pas vraiment se rebeller tant il est soumis à cette amitié qu’il croyait indéfectible. C’est donc sans hésiter que l’on identifie Seïshiro comme un des personnages les plus charismatiques et les plus passionnants des CLAMP. Il est remarquablement ambivalent, complexe, manipulateur et son jeu d’acteur mériterait à plusieurs reprises d’être récompensé ! On se passionne pour cette puissance qu’il dégage tout à coup, après s’être fait passer pour un vétérinaire un peu naïf et dénué de tout pouvoir. C’est d’autant plus cruel que l’on sait très bien qui est Seïshiro, même si les CLAMP vont tenter de nous faire douter. Et l’on comprend alors plus fortement ce qu’il se passe et comment cette trahison va détruire Subaru. Car Seïshiro a tout fait pour se rapprocher de Subaru : exercer le métier que le jeune homme enviait, être conciliant et d’un caractère pacifiste, le draguer sans trop insister ... Tout pour plaire. Pour lui faire encore plus mal.

Et c’est ce revirement de situation qui fait toute la force du manga ! Ainsi que, on ne le comprend qu’à la fin, les constantes répétitions sur la décrépitude humaine et sur les mauvaises actions de l’Homme. Néanmoins, les auteurs ne se contentent pas de dévoiler l’identité de Seïshiro et de raconter sa rencontre avec Subaru. Elles mettent en scène toute l’horreur de l’homme, tout l’impact de la trahison, de la vengeance, du désespoir. A quel point la douleur peut briser un amour tout juste révélé, à quel point la vérité peut blesser un être pur et innocent, le transformant en personnage aigri, renfermé et désireux de vengeance … La douleur de Subaru n’a rien de dramatique ou de pathétique, elle est réelle, parfaitement décrite, tout comme son mutisme et sa colère. Le titre aurait pu finir sur cette note sombre, qui introduit parfaitement X-1999. Cependant, le génie des mangakas réside véritablement dans les deux chapitres suivant, le premier exploitant Seïshiro à fond, le révélant dans toute sa splendide horreur, sa sanglante indifférence, tandis que le second présente le Subaru du futur, vieilli, avec un regard bien moins pur et compatissant sur son entourage, un comportement plus distant, un cœur totalement fermé et des souvenirs mis sous clé. Un chapitre qui reprend le concept de base de Tokyo Babylon, vu par un autre œil, une autre personne, un autre contexte. L’intérêt de la série, depuis le début, n’est pas de découvrir l’identité de Seïshiro, mais bien de finir sur une apothéose comme celle-ci, métaphore parfaite de l’homme et de son comportement cruel, qui a été introduit auparavant dans chaque chapitre. Et pour ceux qui aimeraient en savoir plus … foncez sur X-1999 !
 
 




Adaptations


Les adaptations sont plutôt nombreuses pour une œuvre qui n’est pas majoritaire dans l’histoire des CLAMP. En premier lieu, une série de deux OAVs de 50 minutes sortis en octobre 1992 et en août 1993 par le studio Madhouse. Les personnages sont les mêmes, mais il n’y a pas de réelle histoire suivie puisqu’on découvre deux enquêtes menées par Subaru, ce qui laisse peu de place pour le passé des protagonistes ou pour leurs relations. Ces OAVs ont été diffusés sur Canal + en français à plusieurs reprises, mais seul le premier fut édité en DVD, chez Black Bones en janvier 2009. Vous pouvez d'ailleurs le retrouver en ligne depuis septembre 2010 sur MNTV (lien direct vers le premier OAV). 
Un film live, Tokyo Babylon 1999, a également été réalisé en août 1993 par George Iida, avec pour acteurs principaux Toshihide Tonesaku (Subaru) et  Wataru Shihodo (Seishiro). Il dure une centaine de minutes  et on y retrouve l’épisode concernant les jeunes filles jouant avec un téléphone, dans le volume 3 de la série.
    
 
   
    
Trois artbooks existent autour de la licence. Le premier, Tokyo Babylon Photographs, contient de grandes et magnifiques images couleurs des trois personnages de la série, dans 158 pages éditées par New Book Mansion. Le second, Postcards Book est un recueil de cartes postales en couleurs, ce qui implique un format un peu petit pour réellement apprécier les graphismes. Le dernier, CD Comic Tokyo Babylon, est un box contenant un CD-drama et un artbook inédit autour des scènes de l’intrigue, avec des illustrations en couleur !
   
  
    
Enfin, les CDs, eux aussi au nombre de trois. Les deux premiers, « Image Soundtrack 1 et 2 » sont édités par Sony Music Entertainment et contiennent 10 plages chacun, chansons inédites puisque qu’il n’y a qu’un seul morceau qui est le générique d’un des OAV sortis en France.  Le dernier CD « Single Triple »  est un coffret de trois single (White, Pink et Black) avec deux plages par single, chacun d’entre eux étant dédié à un des personnages de l’histoire.
  
   

TOKYO BABYLON © CLAMP/SHINSHOKAN Co., Ltd.

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