Shigurui - Actualité manga
Dossier manga - Shigurui

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Sommaire

Publié le Jeudi, 14 November 2013


L'impact narratif et visuel

 
 

Une narration externe et précise

 
Shigurui est une œuvre qui aime s'attarder sur de nombreux détails immersif, et pour réussir cela, la série peut compter sur une narration très précise, qui prend souvent le partie de l'omniscience externe.
Un narrateur extérieur, avec méticulosité et neutralité, vient souvent exposer les faits historiques et les agissements des héros, apporter des précisions techniques, décrire les ressentiments des personnages, les combats et le maniement des armes... pour un rendu très analytique, particulièrement immersif, à la manière d'un documentaire posant un regard observateur sur toutes les horreurs qui se jouent.


Ultra-minutie

 
Ce qui en découle, c'est une minutie incroyable dans toute la série.

Quel que soit l'événement, il est étiré de manière à en percevoir toute la puissance, l'horreur ou l'aspect implacable, le tout sans blabla inutile, avec juste ce qu'il faut d'explications. Pas de grandes tirades, mais surtout des images fortes. Par exemple, le combat contre les frères Funaki, bien que court, est découpé de manière à bien percevoir la technique pointue utilisée par Gennosuke et Irako.

On a une précision hors normes, où le découpage des coups est ponctué de précisions techniques bienvenues, le tout mettant bien souvent en avant la violence extrême de ce qui se déroule. Par exemple, le lecteur aura tout le loisir d'apprécier chacune des cruelles étapes de la torture physique de Seigen, mais aussi de sa torture psychologique, lui qui se pensait si proche de son objectif.

Takayuki Yamaguchi va encore plus loin dans cette minutie de chaque instant lors de certains duels où il présente à la fois les coups réels portés ainsi que les coups hypothétiques imaginés par nos deux rivaux ou par la foule qui assiste au duel.

Cette minutie, on la voit aussi dans le souci du détail. C'est un travail visuel d'orfèvre, une véritable claque où le moindre bâtiment d'époque, le moindre intérieur, le moindre costume est croqué avec précision et détails, où les visages d'une profondeur inouïe font ressortir parfaitement les émotions de protagonistes en proie au désir de vengeance, à la folie ou à la douceur contenue.
  
  
 
 
 

Éloge des corps

 
Ce sens de la minutie prend tout son sens dans la représentation hypnotique des corps.

Takayuki Yamaguchi s'applique effectivement énormément dans le dessin des corps,  que ceux-ci, musclés ou féminins, soient joliment exposés dans leur nudité (non, vous n'oublierez pas de sitôt la beauté pure et simple de Mie) ou tout simplement meurtris, déformés et ensanglantés (la bouche de Gonzaemon vous fera frissonner plus d'une fois, et les corps mutilés de Seigen, Gennosuke ou Iku vous fascineront de façon un brin malsaine).

Le trait, réaliste, représente avec détails chaque muscle, Yamaguchi n'hésitant même jamais à représenter ses personnages dans le plus simple appareil ou "écorchés", afin de mettre en valeur toute la force physique, le souci technique et la douleur charnelle qui les occupe.

Tout simplement, le coup de crayon du dessinateur conserve constamment un énorme souci du détail, un grand réalisme anatomique cru et sanglant où règnent des muscles exacerbés.


J'suis gore oui


Évidemment, tout cela implique un rendu particulièrement gore, et sur ce point, Shigurui est sans doute l'un des manga les plus gores parus en France. Mais attention, pas du gore simpliste, mais bel et bien du gore noble, car ultra-réaliste.

En effet, si les séries dites gores sont légion, elles se contentent très souvent de grosses giclées de sang dans tous les sens, avec des décapitation, des démembrements ou des explosions vite fait bien fait. Dans Shigurui, le gore provient avant tout d'un souci de réalisme exacerbé. Les personnages mutilés sont présentés dans leur mutilation étape par étape avec de nombreux zooms précis sur leur corps, la souffrance physique n'est aucunement cachée, l'auteur n'hésitant jamais à exposer chair et os aux yeux du lecteur.
A ce titre, on peut citer le massacre de Gonzaemon dans le tome 9, où les tripes volent de toutes parts, retouchent le sol violemment, s'envolent de nouveau au gré des techniques parfois fourbes utilisées par les combattants. En se basant sur son coup de crayon ultra-réaliste dès qu'ils s'agit de dessiner des viscères, Takayuki Yamaguchi nous rappelle que son oeuvre ne fait pas semblant.
Pire, vous aurez droit à un certain moment de la série à une séance d'amputation à soulever les coeurs, car le mangaka, dans son souci de réalisme et d'ambiance, n'épargne absolument rien. Muscles saignants, à vif, repliés à mains nues pour dégager l'os et scier ce qui dépasse sans anesthésie (qui n'existait pas à l'époque)... Les détails et gros plans sont là, et plus que jamais, que les âmes sensibles s'abstiennent, car l'écoeurement ou l'envie de vomir ne sont pas forcément loin...


Ballet sanglant


Enfin, les dessins de Takayuki Yamaguchi atteignent un dernier point d'excellence dans la représentation des duels.

Ceux-ci fascinent, le mangaka décortiquant les gestes et les techniques dans une mise en scène  toujours incroyable. Le sang et la chair ont beau voler, les personnages semblent comme en train d'effectuer une danse rituelle tout en s'affrontant. On a des combats réellement chorégraphiés,  fascinants, évoquant une sorte de ballet à la conclusion funeste.

L'expression "ballet sanglant" semble parfaite pour illustrer l'impression qui ressort sans cesse de cette oeuvre, tant cette dernière place la cruauté, l'horreur du récit, et la mort elle-même au rang d'Art.
    
    
  
  
    

Autour du manga

 
 

La série animée

 
La popularité de Shigurui lui vaut d'être adapté en une série animée de 12 épisodes en 2007 : Shigurui – Death Frenzy.



Diffusé au Japon sur WOWOW entre le 19 juillet et le 12 octobre 2007, l'anime est conçu au sein du prestigieux studio Madhouse, à qui l'on doit un grand nombre d'animes renommés de tous genres : Death Note, Claymore, Black Lagoon, Lodoss, Chobits, Enfer et Paradis, Beck, Gunslinger Girl...

Du côté du staff, on trouve notamment à la réalisation Hiroshi Hamasaki (réalisateur de Texhnolyze et de certains épisodes de X), à la composition et au script Seishi Minakami (scripts de Bakuman, d'A Certain Magical Index, de FMA Brotherhood, de Paranoia Agent...), au chara design Masanori Shino (chara designer de Black Lagoon et de Gungrave), à la direction artistique Hidetoshi Kaneko (Black Lagoon, Lodoss, Trigun...), et aux musiques Kiyoshi Yoshida (auteur des musiques de la Traversée du Temps).

Puisque le manga n'était pas encore terminé lors de la sortie de la série animée, cette dernière n'adapte que les 32 premiers chapitres, et va donc jusqu'au début du tome 7, s'arrêtant pile après un événement capital qui fait en quelque sorte office de fin d'arc.

A l'instar du manga, l'adaptation animée effectue un travail de toute beauté sur l'ambiance, sur les décors et sur les corps des personnages. Il en ressort la même impression de ballet sanglant que dans le manga, cette impression étant renforcée par l'animation et la bande son léchées. Cette dernière s'offre des pistes assez tribales, faisant bien penser au Japon féodal, avec des rythmes un peu traditionnels, mais également saccadés et glauques, réellement malsains. Il faut d'ailleurs à tout prix écouter l'opening de la série, véritable pépite dans le genre. Par ailleurs, c'est tout le travail audio qui est bluffant, car niveau bruitages, c'est également une franche réussite, avec un doublage appliqué, et surtout de nombreux geignements de peur ou de douleur.
Et tout comme dans le manga, il y a aussi ce grand souci du détail pour le gore réaliste et les corps meurtris, torturés et déformés, ce qui en fait clairement une série vivement déconseillée aux âmes sensibles. Tout comme le manga, finalement.

Cette série animée est malheureusement inédite en France. Par contre, elle est sortie en DVD et blu-ray aux Etats-Unis, chez Funimation.



Du côté des goodies


En tout et pour tout, Shigurui n'a eu droit qu'à deux produits dérivés d'envergure, qui ont bien profité de l'arrivée et du succès de la série animée.

Pendant la diffusion de l'anime au Japon, le fabricant Toranoana annonce la sortie de la seule figurine de la série. A l'effigie de Gennosuke Fujiki, cette figurine sort en août 2007, et est proposée à un prix fabricant de 4000 yen, ce qui correspond à cette époque à environ 25€. D'une échelle de 1/10ème pour une hauteur d'environ 16,5cm, elle propose le héros de la série en costume de combattant traditionnel, le sabre à la main, le regard déterminé, prêt à en découdre avec son pire ennemi. Pour une figurine en PVC, la statuette s'offre un rendu vraiment bon pour l'époque.
 

 
Le deuxième produit dérivé, c'est tout simplement le CD de la bande originale de la série animée. Edité au Japon par Geneon en novembre 2007, il comporte 17 pistes, pour une durée totale de 50 minutes.
 
   
    
    

Conclusion


Une autre vision de l'univers des samouraï et du bushido, horrible, nauséabond, malsain, victime de ses propres préceptes.
Un portrait sans concession de la notion de cruauté, présentée sous diverses coutures.
Une incroyable claque graphique, qui décortique avec une précision anatomique et analytique les corps au repos, en plein combat et meurtris, au point de redonner ses lettres de noblesse un peu perdues au sens du mot « gore ».
Un brillant sens de la mise en scène, présentant des duels chorégraphiés comme des ballets funestes.
Un contexte historique détaillé où viennent se glisser avec cohérence des éléments de fiction.

Shigurui, c'est tout ça, et bien plus encore. Au fil des pages, la série marque le lecteur en profondeur tant elle est différente, les autres séries du genre n'étant jamais allées aussi loin. En se basanr sur une unique histoire courte de Norio Nanjo, Takayuki Yamaguchi impose une œuvre extrêmement riche, un incontournable de sa catégorie qui restera éternellement un injuste non-succès dans notre pays.


Sources :
1999.co.jp
animenewsnetwork



Dossier mis en ligne le 15/11/2013.


Fiche de la série : Shigurui
Fiche de la série vo : Shigurui vo
Les auteurs : Norio Nanjo // Takayuki Yamaguchi

Dossier réalisé par Koiwai


SHIGURUI © 2003-2010 NORIO NANJO, TAKAYUKI YAMAGUCHI (AKITASHOTEN JAPAN)

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