Shigurui - Actualité manga
Dossier manga - Shigurui

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Publié le Jeudi, 14 November 2013


Contexte historique et fiction

 
 
Shigurui est une œuvre complexe en ceci qu'elle mêle des personnages et faits historiques à de purs éléments de fiction, éléments toutefois inspirés de réalités.

Ainsi, Tadanaga Tokugawa a réellement existé, au même titre que de nombreux personnages historiques évoqués, comme Ieyasu, Hidetada et Iemitsu Tokugawa, Munenori et Jubei Yagyu, Sadakatsu Matsudaira, Naotsugu Ando, Nobumasa Asakura, ou encore Masamune Date. Ces personnages, à chaque fois, voient leur parcours et leur rôle à l'époque brièvement expliqués par Takayuki Yamaguchi. Le contexte historique de Shigurui fourmille alors de détails, est riche de nombreuses petites informations intéressantes, mais s'avère dense au point de parfois risquer d'égarer un lecteur pas suffisamment attentif à ces détails.

Le parcours  de Tadanaga ainsi que sa mort se sont vraisemblablement déroulés tels qu'ils sont décrits dans l'oeuvre. Entre son gain de notoriété et son décès, les différents événements ayant fait sa réputation d'homme sadique et cruel sont également à première vue plus ou moins véridiques (il y a forcément des exagérations), à commencer, donc, par le tournoi illégal qu'il organisa dans son château. La fiction intervient à ce moment précis, avec l'identité et l'histoire des combattants du tournoi et tous leurs proches. Gennosuke, Seigen, Kogan et les autres n'ont pas existé, et le talent de Nanjo puis de Yamaguchi est alors, sans doute, d'avoir su mêler avec cohérence les histoires fictives des personnages à la grande Histoire.

Histoire d'y voir plus clair sur la chronologie des événements, cette partie propose un petit tour d'horizon du contexte historique de l'époque, où vient se mêler la fiction.

En 1600 a lieu la célèbre bataille de Sekigahara, et c'est là que tout commence. Marquant le début de l'époque d'Edo, la bataille ouvre le chemin du pouvoir au clan Tokugawa, alors emmené par Ieyasu, qui devient shogun (possesseur du véritable pouvoir dans le pays), le premier de l'ère Tokugawa.
Un an plus tard, Munenori Yagyu, le kami (gouverneur de province) de Tajima, devient officiellement le grand maître épéiste de la famille du shogun.
Côté fiction, c'est à cette même période que Kogan Iwamoto commence à se faire un nom, en exécutant six criminels sous les yeux de Sadakatsu Matsudaira, le kami d'Oki et seigneur du château de Kakegawa.

En 1603, Ieyasu inaugure officiellement le Shogunat Tokugawa, avant que, deux ans plus tard, son troisième fils, Hidetada, n'en devienne le deuxième shogun.
Les années passent. 1615 voit la mise en place des « buge shohotto » décrets instituant les droits et devoirs des daimyo et vassaux de la famille Tokugawa. Puis l'année 1616 voit la mort d'Ieyasu.
Un an plus tard, en 1617, le second fils du shôgun Hidetada, Kunichiyo (aka le futur Tadanaga), est placé à la tête du château « Komorojo » à Shinshu (ancien nom de la préfecture de Nagano). Il devient alors le propriétaire de 100 000 kokus (ancienne unité de mesure d'un territoire). Côté fiction, c'est à cette époque que Kogan Iwamoto fait la démonstration du « nanacho nembutsu », une technique secrète de combat, à Naotsugu Ando, alors daimyo (gouverneur) du château de Kakegawa. Cela renforce la notoriété de Kogan.

En 1618, Kunichiyo Tokugawa adopte officiellement le nom de Tadanaga et se voit attribuer la province de Kai (aujourd'hui la préfecture de Yamanashi), en sus de ses précédentes possessions.
Côté fiction, 1622 voit Seigen Irako entrer comme disciple au dojo de l'école Kogan, où il rejoint donc notamment Gennosuke Fujiki et Gonzaemon Ushimata.

En 1623, Hidetada, s'il conserve le pouvoir, choisit d'abandonner le titre de shogun. Son fils Iemitsu, qui est aussi le frère de Tadanaga, devient le troisième shogun de la dynastie Tokugawa. Un titre qu'il conserve jusqu'à sa mort, bien des années plus tard, en 1651. L'arrivée de son frère au poste de shogun commence à monter à la tête de Tadanaga.
En 1625, il reçoit encore de nouvelles provinces, celles de Suruga et Tootoumi, et il devient le seigneur du château de Sunpu.
En 1626, il obtient officiellement le titre de dainagon de Suruga, et nomme en tant que son karo (officier et conseiller samouraï de haut-rang) Nobumasa Asakura, alors seigneur du château Kakegawa. Son influence grandit alors, et il se sent de plus en pus puissant, au point de commencer ses actes de barbarie cruelle.
Cette même année, Jubei Yagyu est disgracié par le shogun Iemitsu.
Côté fiction, c'est pendant ces années que se jouent les drames successifs de l'école Kogan, scellant le sort de Gennosuke Fujiki et Seigen Irako, dès lors destinés à entretenir leur haine l'un envers l'autre. Seigen obtient ensuite la protection de Tadanaga.

Quelques années plus tard, en 1630, arrive le fameux tournoi organisé par le cruel Tadanaga dans son château de Sunpu.
Côté fiction, les quelques années précédentes ont vu se dérouler les ultimes drames autour de Gennosuke et Seigen, qui sont enfin prêts à en découdre une ultime fois lors du tournoi. Ce duel marque la fin du manga Shigurui.

L'année suivante voit se dérouler les deux autres plus célèbres horreurs de Tadanaga : le massacre de singes sacrés dans la montagne Asamayama, et la décapitation de Shichinosuke, le fils de Kohama Tadataka, ministre du shogun Iemitsu. Ce dernier, voyant que son frère devient de plus en plus incontrôlable, le fait mettre à mort en 1633.
 
 
  
 
 

Deux vies indissociables, deux personnalités chaotiques

 
Shigurui est une œuvre marquée par l'opposition entre ses deux charismatiques héros, Gennosuke Fujiki et Seigen Irako, tour à tour simples connaissances, compagnons, frères d'armes, rivaux dans la conquête de la belle Mie (synonyme d'accession à la succession dans l'école) et ennemis jurés. Tous deux ont des ambitions propres qu'ils ne peuvent réaliser qu'en se confrontant l'un à l'autre, mais ils seront avant tout les esclaves d'une spirale infernale, une spirale vengeresse, sanglante, haineuse, ayant pour point de départ la cruauté d'un homme victime de sa propre folie : Kogan Iwamoto.

Avant d'en arriver là, Takayuki Yamaguchi nous invite à suivre le passé commun de Gennosuke et Seigen, présentant au fil de la série les événements expliquant les ambitions de chacun et les souffrances physiques qui ont fait d'eux ce qu'ils sont désormais. Avec, à l'origine, de bonnes raisons de vouloir s'imposer au sein de l'école Kogan.
Car au départ, Gennosuke et Seigen ne sont pas si différents l'un de l'autre. Tous deux sont des surdoués et des combattants acharnés, déterminés à progresser. Tous deux ont un sens de l'honneur et un respect envers leur maître comme le veut le bushido, le côté d'honneur des samouraï. Et tous deux, à un moment ou à un autre de la série, ont droit à un retour sur leur passé, dévoilant des personnalités fortes, voire venant redorer leur humanité à l'heure même où ils ne semblent plus en avoir. Bref, venant mieux expliquer leurs motivations de départ, plutôt nobles avant que leur haine mutuelle ne les précipite peu à peu vers la déchéance.

Pourtant, l'un des deux a des raisons plus fortes le poussant à être plus ambitieux que son compagnon. Une ambition qui lui vaut d'être le premier à pécher. L'origine du péché se nomme Iku, la maîtresse de Kogan, et si celle-ci paiera sa trahison aussi douloureusement que Seigen, elle est celle par qui, indirectement, le premier drame arrive.
Juste avant, il s'en faut pourtant de peu pour que ce soit Gennosuke qui craque le premier, sa haine pour Seigen commençant doucement à transparaître dès l'instant où Kogan fait son choix quant à qui épousera Mie.

La suite brise définitivement le lien entre les deux frères d'armes, et les pousse tous deux à prendre des voies différentes, qui resteront toutefois inévitablement liées. L'un conserve son sens de la dignité, son respect envers le maître Kogan malgré ses accès de folie et de cruauté. L'autre a subitement tout perdu, y compris son honneur, a vu son ambition et son orgueil bafoués, et n'a plus pour lui que la soif de vengeance. Une soif de vengeance poussant les deux hommes à se recroiser à diverses reprises, avec à la clé des morts, du sang, le chaos, et une haine qui ne fait que grandir toujours plus, poussant les deux hommes dans une lente chute permanente.

C'est donc avec fascination que l'on suit la longue descente aux enfers de ces deux hommes. L'un, Gennosuke, est  loyal, méthodique et perfectionniste. L'autre Seigen, est fougueux, génial et plus fourbe. Et malgré ces différences et malgré leur opposition, ils connaîtront tous deux la même cruelle déchéance.

Arrivera alors, dans le dernier tome l'ultime duel entre les deux hommes, qui concrétisera définitivement cette déchéance. Celle déjà bien entamée de Seigen, puis celle plus tardive de Gennosuke. Dans ce dernier affrontement,  Takayuki Yamaguchi brille dans la mise en valeur de ses héros et de leurs sentiments. Et tandis que l'on voit se dessiner en l'infâme et ténébreux Seigen de vrais sentiments humains cachés derrière son ambition, laissant ainsi transparaître vaguement plus d'humanité chez cet impressionnant guerrier, on reste surtout bluffé par les changements qui se sont effectués chez Gennosuke, le samouraï autrefois si noble et droit étant désormais totalement rongé par l'envie de vengeance au point de négliger quasiment tout le reste... hormis sa dernière lueur d'espoir, la belle et douce Mie, qui apportera pourtant l'ultime point d'orgue de la déchéance.

Gennosuke et Seigen, pourtant différents dans leur caractère et leur parcours, mais unis dans leurs premiers pas à l'école Kogan, puis dans leur haine grandissante, et enfin dans leur inévitable déchéance.
 
 

SHIGURUI © 2003-2010 NORIO NANJO, TAKAYUKI YAMAGUCHI (AKITASHOTEN JAPAN)

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