Dossier manga - Parmi Eux - Hanakimi
Sommaire

Publié le Vendredi, 15 May 2020


Le jeu des identités


Confrontation fantasme et réalité


Mizuki a passé beaucoup de temps à idéaliser Sano. Pour elle, il était comme un héros inaccessible, une personne quasi parfaite qui l’a inspirée et l’a aidée à avancer et résoudre ses problèmes. Elle a pourtant décidé de franchir la distance qui les sépare (autant physiquement que moralement), et de le rencontrer enfin. « C’est sûrement… quelqu’un de bien… » A ce moment, il n’est pas encore question de sentiment amoureux, qui naîtra plus tard ; elle lui voue tout simplement une admiration sans borne. Toutefois, dès son arrivée au lycée Ôsaka, elle est confrontée à la réalité, bien loin de ce qu’elle s’était imaginé.





En effet, dès le départ, son idole qu’elle avait tant hâte de rencontrer se montre froid et distant avec elle. Il la repousse, s’agace, s’énerve même parfois. Mais ce caractère de cochon ne sera pas le seul obstacle auquel elle va se heurter : Sano a en plus arrêté le saut en hauteur ! Avec tout ça, le fantasme en prend un coup. D’ailleurs, c’est dit explicitement : « Son idéal vient de se fissurer ». Heureusement, Mizuki est un personnage aussi curieux qu’obstiné, deux caractéristiques qui vont lui permettre d’apprendre à connaître et de briser la carapace de ce garçon bougon ainsi que de l’encourager à reprendre le saut en hauteur. Si Sano n’est pas comme elle l’avait imaginé, elle se rend vite compte qu’elle est gagnante malgré tout. Celui qu’elle découvre est un jeune homme bien réel, avec ses défauts et ses faiblesses. Et c’est de lui et non de son image faussée dont elle va tomber amoureuse petit à petit, ce que la mangaka indique clairement d’ailleurs : « Ça a commencé par de « l’admiration » puis je suis d’abord tombée amoureuse… de ses yeux. ».

Cette confrontation entre l’idole et la personne réelle se ressent également à un autre niveau : celui de la valeur des connaissances que l’on a à propos de la personne en question. Un point auquel Mizuki va se heurter à deux reprises. Tout d’abord, dès son arrivée, elle rencontre Rika, une amie d’enfance de Sano. « D’ailleurs, qu’est-ce que je sais, sur Izumi Sano, en fait ? » : elle prend conscience du contraste qui existe entre ce qu’elle a appris sur lui via les médias, et ce que Rika sait de lui en ayant grandi à ses côtés. Toutefois, quand la reporter Kinuko Karasuma fait son apparition, Mizuki se sent comme en compétition avec elle. Cela lui fait un choc de réaliser que tout ce qu’elle sait en tant que fan de Sano a été appris grâce aux nombreux articles et donc au travail de Karasuma. Malgré le fait qu’elle connaisse davantage Sano après avoir partagé son quotidien, elle ne peut s’empêcher d’éprouver un sentiment d’infériorité : « Depuis que j’ai rencontré cette fille, j’ai perdu confiance en moi. ». Au final, cette rivalité va booster notre héroïne qui en sortira grandie.


Travestissement et gestion de la féminité


On retrouve la thématique du travestissement dans plusieurs shojo mangas. On peut citer par exemple Secret girl, relativement approchant dans le sens où l’héroïne se retrouve également plongée dans un environnement masculin tout en partageant une chambre avec l’un de ses camarades lycéens. Parfois, il peut être amené de façon beaucoup plus nuancée, comme dans Host club, où Haruki se travestit plus par commodité, sans en faire un pur secret ; d’ailleurs elle est très vite démasquée par le groupe haut en couleur qu’elle fréquente. Dans d’autres séries, la décision de se travestir peut être motivée par le besoin ou l’envie de prouver quelque chose. C’est le cas dans WJuliette, où l’un des personnages principaux se fait passer pour une fille dans le but de légitimer son rêve de faire du théâtre auprès de ses parents. Ce choix peut aussi résulter d’un drame, comme dans Global garden où l’héroïne prend la place de son frère après le décès de celui-ci et espère ainsi soulager sa mère, ce qui va d’ailleurs avoir des répercussions physiques sur son corps.





Bien sûr, sans le travestissement de Mizuki, rien n’aurait été possible. Puisque son idole fréquente un lycée pour garçon, c’était le seul moyen pour elle de pouvoir apprendre à le connaître et avoir une chance de devenir son ami. Si elle avait intégré Saint Blossom par exemple, elle n’aurait jamais pu atteindre ce degré de familiarité. Ce travestissement est une des composantes essentielles de cette intrigue, d’autant plus qu’il sera un point de départ dans l’attachement de Sano à l’égard de Mizuki. En effet, celui-ci va s’employer à la protéger et l’aider à garder son secret, ce qui n’aura de cesse de pimenter les nombreuses péripéties de l’histoire. Au sein du lycée Osaka, l’identité masculine de Mizuki est plus ou moins un fait acquis, dans le sens où personne ne peut se douter qu’une fille aie intégré l’établissement. Ainsi, même si elle doit faire attention, elle est relativement tranquille. En conséquence, la vigilance de notre héroïne s’émousse et elle n’en devient que plus exposée quand elle quitte cette « zone de confort ». Ce qui lui vaut de se faire agresser par Makita, maquiller comme une fille par mademoiselle Ebi, ou encore d’être démasquée par l’objectif du photographe Akiha.

La mangaka n’éclipse toutefois pas tous les petits détails pratiques, pas forcément glamours, mais qui font partie intégrante du quotidien de Mizuki. Par exemple, comment gérer le fait d’avoir ses règles, alors qu’il n’y a pas de poubelle dans les toilettes ? Ou encore, comment s’organiser pour se changer alors qu’elle est constamment entourée de garçons ? Le docteur Umeda, ainsi que sa grande sœur Io vont se révéler être des alliés de poids pour notre héroïne, que ce soit pour lui fournir ce dont elle a besoin, où lui créer une veste mieux adaptée pour compresser sa poitrine. Tout cela rend la possibilité d’une imposture plus crédible et renforce l’immersion.

Autre détail important que Hisaya Nakajo met en avant : la gestion de la féminité. Mizuki a fait le choix de se travestir en toute connaissance de cause : « Sa présence au lycée Osaka dépend de son aptitude à se faire passer pour ce qu’elle n’est pas. Si son imposture est établie au grand jour, elle sera renvoyée. Elle le sait mieux que tout autre. » Toutefois, parfois cela lui pèse. Par exemple, quand sa poitrine grossit, elle ne peut pas s’en réjouir. Au contraire, cela lui rappelle amèrement que la supercherie ne pourra pas durer. Elle ne peut pas offrir des chocolats à Sano pour la Saint-Valentin ni lui confesser son amour naturellement comme le font les autres filles. Lors de l’épisode de la pension de Io, le contraste avec la liberté d’agir de la sœur de Kagurazaka est flagrant. Mais cette frustration va plus loin et se mue en inquiétude, puisqu’à l’heure des demandes d’orientation, elle va devoir faire un choix en conséquence… De plus, plus le temps passe, plus elle redoute le moment où tout le monde apprendra qu’elle est une fille. Elle a peur que Sano la déteste bien sûr, mais l’amitié qu’elle a noué avec ses autres camarades tient tellement à ses yeux qu’elle craint de la perdre une fois la vérité révélée.

« Pourquoi je ne suis pas une fille, moi ? » Le travestissement de Mizuki en garçon illustre un grand contraste entre sa propre situation et celle de Nakao qui aurait tellement voulu être une fille pour pouvoir vivre son amour avec Nanba. Cela cause également un décalage quand le jeune garçon se confie à elle à propos de son homosexualité : il pense que Mizuki ressent la même chose, connaît les mêmes problématiques que lui, ce qui met notre héroïne bien mal à l’aise. D’ailleurs, voir Nakatsu s’imaginer être gay alors qu’il réagit simplement à son côté féminin sera aussi une autre raison de malaise…





« En fait… je suis un peu embêtée. Parce que… je n’arrive pas… à m’exprimer au féminin devant Sano !! » : Mizuki est habituée à se forcer à parler comme un garçon pour donner du crédit à son travestissement, mais quand les masques tombent enfin, elle a bien du mal à perdre cette habitude. Pourtant, elle veut vraiment y parvenir et enfin laisser paraître sa féminité au grand jour devant celui qu’elle aime. Petite anecdote linguistique : la langue japonaise comprend plusieurs façons de dire « je », dont certaines sont utilisées selon le genre. C’est pourquoi Mizuki essaie plusieurs fois de se lancer en disant : « Sano… Je… Euh… Je… ».


Identité culturelle


Dans une moindre mesure, Parmi Eux est aussi l’occasion pour la mangaka de mettre en avant la différence entre la culture japonaise et la culture américaine. Le choc se ressent dès les premières pages et Hisaya Nakajo en joue pour accentuer le dynamisme et le côté décalé par rapport aux autres de son héroïne, en ponctuant les dialogues de commentaires du genre : « Cette jeune fille a été élevée dans un pays où… ». De même, elle n’est pas familière avec le concept de Saint-Valentin, et ce sont ses camarades choqués qui lui expliquent le principe de cet événement au Japon.

En plus de Julia qui va fréquenter notre groupe pendant quelques temps, le personnage du frère de Mizuki, Shizuki, représente bien cette différence culturelle aussi. Dès son arrivée, il porte sa petite sœur dans ses bras tant il est heureux de la retrouver. Or en pleine rue, ce n’est pas un comportement à avoir au Japon, où les gens respectent une distance. Tout comme lors qu’il essaie de se faire discret : sa tenue est certes parfaite pour ce but, toutefois ses cheveux blonds le font immédiatement repérer. Hisaya Nakajo glisse même quelques traits d’humour concernant ce personnage, pour souligner le fait que les camarades de Mizuki ne sont pas habitués à voir des étrangers : « Ils ne sont pas immunisés ».

Le séjour de Mizuki aux États-Unis, pendant lequel elle retrouve Gil et croise par hasard Sano et Nakatsu, permet encore de faire ressortir les différences culturelles entre ces deux pays. C’est pourquoi Sano est si contrarié par l’histoire du baiser échangé entre Gil et Mizuki, car il ne met pas le même sens qu’eux derrière ce mot. Il est donc hors de lui quand elle lui dit « J’aurais fait ça avec n’importe qui… ».





En bref, des petites subtilités certes, mais cette mise en avant de l’identité culturelle vient enrichir les personnages et l’histoire.



HANAZAKARI NO KIMITACHI-E © Hisaya Nakajo/HAKUSENSHA Inc.

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