Dossier manga - Par-delà les étoiles
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Publié le Vendredi, 21 June 2019


Savoir tourner la page


Par-delà les étoiles est aussi une comédie sentimentale. Et à ce titre, il n'est pas toujours aisé par un(e) auteur(ice) d'aborder le sujet. Certains titres se montrent très léger, d'autres davantage mélodramatiques... Certains se servent de la romance pour aborder des sujets plus complexes parfois. Avec sa toutre première œuvre, Rie Aruga choisit de s'appuyer sur toute une galerie de personnages pour nous parler, en très grande partie, des amours impossibles. Un concept qui prête à sourire car on peut rapidement l'associer aux chagrins classiques d'adolescents, mais la thématique se montre plus riche qu'on ne pourrait le croire, sous le crayon de la mangaka.

L'amorce du one-shot nous aiguille rapidement dans cette direction. Hana est amoureuse d'un homme qui a de nombreuses années de plus qu'elle, pas au point d'être un grand-père, mais suffisamment pour rendre leur histoire possible. Comme convenu, cette idylle ne se concrétisera pas, le choc de Hana se voit son cher et tendre épris d'une autre étant le point de départ du deuil sentimental. Cette idée du deuil amoureux se révèle particulièrement importante au sein du récit, puisqu'il va en façonner les divers aspects. Car pour la plupart, chaque personnage va présenter une optique possible de la page à tourner. Hana va finir par oublier cette déception sentimentale bien qu'elle ne croira plus vraiment en un amour possible, mais elle découvrira que la plupart de ses camarades de club vivent de manières différentes des histoires assez similaires. L'un ne peut se résoudre à abandonner une femme déjà mariée, il est d'ailleurs aimé d'une camarade qui apparaît invisible à ses yeux, et le dernier semble vivre une romance seine en apparence, mais un facteur pourrait bien saccager cette relation. Par-delà les étoiles aborde donc cette idée du deuil amoureux sous différents angles, permettant de créer un certain lien entre les différents personnages. Car chacun possède son petit caractère, mais les déboires sentimentaux qui les entourent tnd à consolider, aux yeux du lecteur, les rapports entre eux. Au cours de la lecture, il devient aisé de voir que chacun semble vivre des aléas de l'amour de manières similaires, mais y réagissent différemment.


Le plus gros bémol du titre à ce sujet, c'est de n'avoir que trop peu de temps à se consacrer à plusieurs personnages. Il est assez difficile de savoir si la courte durée de Par-delà les étoiles vient d'un manque de succès, ou si le format était voulu depuis le départ, sachant que Rie Aruga présentait sa première œuvre professionnelle en plusieurs chapitres, à l'époque. Plusieurs facteurs tendent à confirmer la première option, l'une d'entre-elles étant le manque de développement de quelques personnages. A titre d'exemple, il faudra se montrer attentif lors d'un passage précis pour comprendre le dilemme sentimental que vit Narita, un passage où la narration se révèle particulièrement importante. Le constat sera moins flagrant pour les autres personnages puisque les situations de Chikori et Asahina seront clairement exposées, avec le petit espoir de voir quelque chose se créer entre eux. Malheureusement, les trois personnages ne seront que rarement le centre du récit, l'intrigue de Rie Aruga se concentrant sur d'autres aspects.

Il est néanmoins logique de voir que le lien entre Hana et Izumi, classique dans la forme, représente des intentions de narration un peu plus poussées. Une potentielle romance entre les deux personnages se montre rapidement prévisible, la fin de l'histoire se chargeant de sceller le sort des deux protagonistes. Et même là, il faut reconnaître que c'est un peu brusque, mais pas forcément insatisfaisant. La séquence finale de Par-delà les étoiles est pleine de symbolique, avec un parallèle émouvant entre le rêve du garçon et la capacité des deux personnages à aller de l'avant et connaître l'amour. La conclusion apportée n'est peut-être pas celle espérée en terme de développement, mais elle répond à toute la métaphore autour de l'astronomie, et a le mérite d'être une fin imagée au message particulièrement optimiste.


La convivialité des années étudiantes


Dans les tranche de vie shôjo publiées en France, la période lycéenne semble sur-représentée. Pourtant, une autre étape clé et formatrice de beaucoup d'individus mérite qu'on s'y intéresse : les années étudiantes. C'est ce que fait Rie Aruga avec sa première œuvre professionnelle, Par-delà les étoiles s'intéressant à une jeune étudiante qui trouvera une optique nouvelle à travers le club d'astronomie, et donc de nouvelles rencontres. Le titre ne s'intéresse donc pas à l'université sur le plan scolaire, mais préfère dépeindre les horizons rencontrés par des adultes de cet âge, et leurs épanouissements sur le plan humain. A leur âge, difficile de les considérer comme des adultes totalement accomplis, mais ce ne sont plus des enfants pour autant. C'est une chose dont tient énormément compte la mangaka, de part la place qu'occupe cette poignée de personnages par rapport à leur entourage. Ils sont parfois considérés comme des individus en plein épanouissement, de grands ados étant encore amenés à évoluer en somme, mais ont aussi leur rôle à jouer sur la jeune génération, de part leur maturité.


Plusieurs passages précis amènent ce portrait de la période clé entre la fin de l'adolescence et l'âge adulte. Parfois, l'âge d'étudiant amène des réflexions d'autrui, tant de propos frustrants tant ils feraient passer Hana pour une enfant, ce qu'elle n'est plus vraiment. A l'opposé total, d'autres moments viendront marquer l'impact que peuvent avoir ces personnages, aux alentours de la vingtaine, sur les plus jeunes qu'eux. Différents moments assez criant de vérité au final, comme si l'autrice y avait inclus ses propres émotions d'autrefois. En résulte des passages qui se révèlent touchants pour un lectorat qui n'aura pas oublié l'impact de ces années sur sa propre vie.

Un autre point est aussi particulièrement bien ciblé par Rie Aruga autour de ces instants : les beaux moments d'amitié et de convivialité qu'on peut vivre à ces moments. Ce que la mangaka manie particulièrement bien, c'est cette ambiance pleine de quiétude, ces instants complices dans une bande d'amis, et donc cette fraîcheur qui parlera sans grande difficulté au plus grand nombre. Parfois, l'intrigue peut donner l'impression de se poser, de narrer des instants sans grande importance, tant de moment qui se révèle plaisants en terme d'ambiance, sans compter le possible impact sur les personnages. Une petite boutade entre deux amis, un instant de répit bien mérité au sein de la bande... Des instants de quiétude très feel-good, une orientation assez opposée à Perfect World mais qui réussit à Rie Aruga.
  
  

© by ARUGA Rie / Kôdansha

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