Dossier manga - Kizuna

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Sommaire

Publié le Jeudi, 19 January 2012


Le fantasme reste fantasme ...


Cependant, il faudra attendre quelques tomes avant que la mangaka ne parvienne à s’équilibrer quelque peu. En effet, les premiers volumes se partagent en deux profils : une absence totale de narration au profit de leçons de copulation entre messieurs, ou bien un essai d’intrigue sur le monde de la mafia, avec les mièvreries qui s’en suivent. Les deux extrêmes finissent toutefois par se rejoindre au bout d’un moment, Kodaka réussissant enfin à équilibrer un peu sa narration. On découvre ainsi rapidement que tout le monde est gay dans le monde créé par la mangaka : les personnages principaux, les secondaires et on s’attendrait presque à voir le père de Kai et Kei changer de bord ! L’auteur adopte ce maladroit point de vue pour plus de diversité dans ses couples, mais certains d’entre eux n’étaient pas nécessaires au bon déroulement de l’histoire. Comme ce jeune héritier yakuza qui ressemble tellement à Kai, que le jeune homme rencontre avant de se lier d’amitié avec lui. Il est également soumis aux règles de l’organisation qui lui sert de famille, est considéré comme un trésor et ne peut faire évoluer l’amour qu’il porte à l’un des sous-fifres de son père. Sous peine de se faire immédiatement renier, et parce qu’il se trompe en pensant que l’élu de son cœur aime sa sœur. Un petit couple hétérosexuel placé ici avec justesse ne nous aurait pas fait de mal, mais cela n’aurait évidemment plus autant ressemblé à l’expérience de Kai ... Toutefois, l’auteur aurait pu créer d’autres personnages pour étayer son univers, exclusivement gay ou presque. C’est un défaut que l’on reproche souvent aux yaois, et pour cause cela brise toute tentative de réalisme, alors que Kizuna se bat pour être prise au sérieux, au fil des tomes. Il serait beaucoup plus touchant et pertinent de traiter l’homosexualité comme n’étant pas la pratique la plus répandue en termes de sexualité, et l’aborder avec la finesse qu’il convient. C’est sans doute le seul point réellement rédhibitoire, puisque Kodaka fait tout de même l’effort de travailler ses thèmes secondaires, comme le mariage homosexuel, le coming-out officiel, le regard des autres ...




 
Les premiers tomes sont donc largement constitués de scènes de sexe, pour notre plus grand désarroi étant donné que cela passe même avant la présentation de nos héros ! Le tome un est alors une belle erreur de la part de l’auteur, qui s’est précipitée tête baissée avant de réfléchir à ses personnages de manière bien plus poussée. Kei et Ran servent de couple phare, parce que leur relation est ancrée et malgré leurs différents cela comble les envies des lectrices tandis que Masa et Kai nous font patienter difficilement, nous tenant en haleine jusque tard, très tard dans la lecture. Cette différence flagrante l’es un peu trop tôt, et l’on a du mal à passer de l’un à l’autre, surtout quand Kodaka vient à précipiter ses scènes sensuelles pour éviter les redondances. Moins de quantité, plus de qualité voilà qui aurait été salutaire. Dès qu’il manque un peu de sensualité, on appelle donc nos héros qui après trois tomes introductifs de la série passés à copuler ... ne sont plus à ça près. Toutefois on remarquera que l’auteur cherche à se démarquer de cette critique, et dans les tomes 4 et 5 elle se concentre sur tout autre chose et cela devient beaucoup plus pertinent. Au lieu d’un changement progressif d’ambiance, le revirement de priorités du manga s’est fait plutôt brutalement, sans scènes de nus. Familiarisés en effet avec l’abondance de celles-ci, la surprise poursuit sa route dans les esprits, et bon nombre de lecteur seront sans doute déstabilisés par ces tomes innovants. Pourtant, le changement n’a jamais fait de mal à personne, et de toute façon Kodaka ne nous abandonne pas bien longtemps et reprend rapidement ses bonnes habitudes ! De manière plus mesurée cependant, même si Kei et Ran servent toujours pour « boucher les trous », sans mauvais jeu de mots.

A noter aussi la facilité d’aborder la mafia sous un angle presque comique grâce au père de Kai qui est totalement déjanté et débonnaire. C’est bien pratique dans le cadre d’une histoire d’amour, et on retrouve bien là des références ailleurs : Viewfinder également ne fait pas retranscription fidèle de cet univers. Cela en devient presque incohérent avec les quelques scènes de violence que l’auteur nous offre afin de nous convaincre, et on regrette d’ailleurs de ne pas en avoir plus. Suivre Masa un peu plus sur le terrain ne nous aurait à vrai dire pas dérangés ... En parlant de lui, il faut soulever un autre point du manga qui en aura fait déchanter certains : les problèmes de proportion de la mangaka rendent l’écart d’âge assez malsain entre les deux hommes. Si Kai est majeur et que l’on n’a pas vraiment de problème moral à lire ça, surtout que l’on s’y habitue vite, la constatation reste. Il n’était peut être pas nécessaire de rendre cette différence d’âge de manière aussi tranchée, puisque parfois on a l’impression de faire face à du shota, à la « No Money ». Entre la grosse brute au cœur tendre et le petit chat sauvage tout mince et petit pour son âge, certaines scènes sont particulièrement évocatrices, et Masa pourrait briser le crâne de son petit maître d’une main ...  Il est donc clair que l’on retrouve les clichés ancrés dans l’histoire de ce genre de récit : une mafia un peu trop gentille qui ne sert que de base à l’histoire, un univers dominé par la norme homosexuelle … Mais on s’en fiche, le tout passe bien malgré les nombreuses maladresses du titre, et Kizuna se révèle être une lecture bien plus agréable que prévu.
 
 

KIZUNA © Kazuma Kodaka 1992/LIBRE Publishing Co., Ltd.

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