Kizuna - Actualité manga
Dossier manga - Kizuna

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Publié le Jeudi, 19 January 2012


La mafia version Kodaka

  
Au premier volume, si on vous définissait Kizuna par « mafia japonaise » et « guerre des gangs », sans doute auriez-vous du mal à le croire. Il faut dire que le début ne nous aide pas vraiment à comprendre l’univers de cette série qui se construit progressivement au fur et à mesure de ses 11 volumes. Et pourtant, pourtant le scénario s’y ancre de plus en plus au fur et à mesure de la lecture et on découvre alors l’importance du background sur nos personnages principaux. Un deuxième thème vient renforcer le premier, pour englober tous nos héros puisque seuls trois sur quatre ont un lien direct avec la mafia : le kendô. Cela regroupe également trois protagonistes. Cette discipline est ce qui définit le mieux Ranmaru, c’est comme cela qu’il s’est intéressé à Kei et qu’il a persévéré à le convaincre d’entrer dans son club entrainant des sentiments inconnus, et c’est également pour le kendô que Kai rencontre Ranmaru et se rapproche de son frère. Pour briller aux yeux de Ran et pour l’atteindre en devenant le premier kendôka du Japon, mais aussi dans un sens pour se démarquer de son frère et attirer son attention, susciter son affection d’une manière bien maladroite : séduire l’homme qu’il aime. Sans grand espoir cependant, et après tout ce n’est pas vraiment ça qui importe. De l’autre côté la mafia, avec le fils héritier légitime Kai qui n’en a rien à faire et voit plutôt cela comme un poids, son protecteur largement impliqué et motivé par son travail, et enfin Kei qui a fuit ce monde et le déteste pour avoir infligé une terrible blessure à Ranmaru, et pas seulement physiquement. Tout cela s’imbrique très fortement dans le récit, et chaque situation, chaque petit scénario est ancré dans cet univers si particulier qui fait se croiser les codes d’honneurs de ces deux mondes respectifs qui ne devraient rien avoir en commun. Cette dynamique révèle le style shonen que Kodaka a toujours employé, et dont elle se confie dans un de ses mangas racontant l’histoire d’un mangaka de shonen qui se retrouve à dessiner du yaoi ... Elle n’hésite pas à se détacher parfois des histoires d’amour pourtant indispensables de son manga pour se lâcher dans des divagations beaucoup plus terre à terre, exploitant enfin le côté mafieux de la série. Mais pour ça, il faut dépasser les premiers tomes ...
  


  
 
Pourtant, dans Kizuna, il ne faut pas s’attendre à un récit réaliste sur l’univers mafieux mais à une narration qui exploite le monde dans lequel elle se déroule pour en faire ressortir certains aspects servant à l’histoire. Cela permet notamment à l’auteur d’avoir une intrigue de fond sur laquelle baser ses personnages, à l’image d’autres anciens yaois tels Fake ou New York New York, un fil conducteur sur ces onze opus pour pouvoir s’y reporter à n’importe quel moment. Cela lui sert essentiellement à exploiter de manière différentes ses personnages, à les approfondir selon les situations, à les travailler avec finesse et en les confrontant avec des images ponctuelles d’autres protagonistes. Un peu à la manière de « Yellow » qui reprend cette idée de la trame de fond sur laquelle viennent se greffer les réactions des personnages. C’est un choix qui, en dehors de la simple histoire d’amour développée par exemple dans un one-shot, crée un ensemble de possibles très fin et large. C’est aussi cela qui inscrit le manga dans nos mémoires, au-delà de la courte série qui se fait oublier trop vite malgré sa possible qualité, parce qu’il n’y avait aucun support de fond. Mais surtout, surtout Kodaka se permet alors d’aborder des thèmes secondaires. La série se partage alors entre scènes érotiques, larmoiements amoureux et réelles situations intéressantes. De plus en plus, l’auteur en vient à s’attarder sur des détails qui relèvent la qualité du titre : le problème de l’homosexualité (même si 90% de ses personnages sont attirés par d’autres hommes …), les répercussions d’un accident sur la vie de tous les jours, les difficultés de vivre en couple, le mariage entre deux personnes du même sexe, la recherche de ses origines … En résumé, les thèmes abordés le sont parfois de manière détournée et il faut s’évertuer à aller chercher les morales distillées dans la série, et c’est ça qui est réellement plaisant à la lecture de Kizuna ! On retiendra notamment les sentiments de Ranmaru liés au sport qu’il a du abandonner, un passage très fort qui nous est introduit dès le second tome, ou encore la finesse dans le couple Masa x Kai. En effet, si peu de patience est faite lorsqu’il s’agit de Ran et de Kei, le second couple de la série met un certain temps avant de se réaliser. Et même là, l’auteur n’oublie pas la logique de ses protagonistes : une image du passé ressurgit dans l’esprit du jeune homme, et Kai est incapable d’aller plus loin, traumatisé par les mains de celui qu’il aime. C’est un drame pour l’adolescent, qui se remet en question après une réaction normale et authentique. Les sentiments sont ici correctement amenés, sans vraiment d’exagération. Au final, il y en a pour tous les goûts dans ce mélange shonen-yaoi: des sentiments, de l’amour physique et un certain suspense.

Malgré tout il serait bien naïf d’oublier que nous sommes dans un yaoi, et si les scènes de sexe dominent sans hésiter la première partie de la série ce sont les sentiments qui gouvernent la narration. Ceci s’explique facilement par la longueur du titre, qui peut se permettre de suivre ses personnages sans bâcler leurs personnalités qui sont alors très travaillées. On pensait Ranmaru soumis et sans vraiment de relief, on se trompait. On voyait Kei comme un rocher dans la tempête, il a ses faiblesses. C’est un réel plaisir de voir peu à peu que l’on s’était trompés dans notre première impression. C’est sur le couple principal qu’on aura le plus d’opportunités d’effleurer un maximum d’émotions différentes, pourtant l’une d’entre elles domine tout le manga : la culpabilité provoquée par l’amour. Kei quand il réalise l’ampleur de la blessure de Ranmaru, à cause de lui. Ran quand il prend conscience qu’il deviendra un poids pour celui qu’il aime, Masa quand il réalise qu’il doit parfois choisir entre travail et sentiments, et enfin Kai qui a du mal à oublier la cicatrice de Masa et son origine. En somme, chacun de nos personnages est animé par cette culpabilité d’avoir indirectement blessé celui qu’il aime, et c’est une belle morale de voir que l’amour peut surmonter ces sentiments qui peuvent au demeurant briser la confiance dans un couple, tout autant que la spontanéité et l’honnêteté. Kei et Ran illustrent alors un idéal qui traverse certaines situations afin d’en donner une image à peu près réaliste, et ce dès le début de leur relation que l’on apprend que lors du second tome, après un premier opus un peu inutile. Par leur naïf premier baiser, la mangaka ajoute une note de sincérité qu’il manquait dans la série. La compétition entre les deux garçons laisse en effet rapidement place à des sentiments authentiques et attendrissants, et peu à peu on revient sur ce qui avait manqué dans le premier tome : une réelle histoire. Alors si faire les présentations des deux jeunes gens après coup paraît maladroite, on apprécie tout de même de savoir à qui l’on a à faire, et surtout les lecteurs apprécieront de connaître le pourquoi du comment des sentiments du couple. On se demande alors par la suite comment ils vont pouvoir surmonter le manque de confiance en eux qui les anime parfois, les doutes concernant leur avenir et les quiproquos qui entrainent parfois de grandes souffrances pour le couple. Cela permet de révéler au fur et à mesure des sentiments plus sincères mais surtout nouveaux. Et les conclusions heureuses ne manquent pas, nous émouvant par un petit bonheur très naïf où tout est exposé avec beaucoup de simplicité mais aussi beaucoup de réussite. Le ton employé s’éloigne de tout ce que l’on a connu auparavant : les deux protagonistes ont mûri, ils arrivent à se poser des questions avec calme et réflexion.
 
 

KIZUNA © Kazuma Kodaka 1992/LIBRE Publishing Co., Ltd.

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