Critique du volume manga

Publiée le Mercredi, 21 Janvier 2026

En ce début d’année 2026, les éditions Glénat accueille une nouvelle mangaka dans leur catalogue en la personne de Ito Kira, aussi surnommée Kilight, une autrice particulièrement active depuis plus de cinq ans, reconnue pour avoir signée quelques histoires courtes et plusieurs mini séries dont la plus longue est Yôkoso Bôrei Sôgiya-san, manga en 3 tomes.

Idol Escape est une œuvre fraîche de sa carrière, puisque publiée en 2023 dans la revue Comic Beam des éditions Enterbrain, tandis que les deux opus sont sortis en simultanée en janvier 2024 dans les librairies nippones. Un récit complet, donc, sur la différence et l’évasion d’une société aux normes rigides, sur fond de thriller dramatique.
Le jeune Ainosuke a été élevé par un père soucieux que son rejeton ne s’écarte pas du « droit chemin ». Pourtant, le garçon est différent de la plupart de ses pairs du fait de son homosexualité. Alors, quand son crush d’époque en pince pour Karen, une idole ravissante, Ainosuke tente de lui ressembler, de se maquiller… ce qui provoque le dégoût de son propre père qui le surprend en plein pomponnage. Dès lors, l’adolescent prend ses distances et apprend à rester dans l’ombre, ce jusqu’à sa rencontre totalement improvisée avec Karen, l’idole qu’il admire ! Cette dernière n’en mène pas large et demande de l’aide au garçon qui lui apporte totalement son soutien, de manière impulsive et irréfléchie. De cette rencontre fortuite va naître une amitié qui apportera du baume au cœur à l’un comme à l’autre, tandis que le sauvetage de Karen d’un père violent va placer Ainosuke sur les radars de la police à laquelle appartient son père…

Le thème des idoles a le vent en poupe, et Ito Kira le revisite sous l’angle du drame social où la carrière de la jeune Karen est moins un point central du récit qu’une stature qui amène une opposition « hiérarchique » avec le protagoniste. Ainsi, ce premier opus développe le parcours tumultueux d’Ainosuke et de l’idole dans un drame qui va les dépasser, mais à travers lequel les deux jeunes gens vont se souder, se comprendre, mais aussi se comprendre eux-mêmes et se dépasser. Cette première moitié de récit prouve qu’Idol Escape est un manga qui a du cœur, une générosité que l’autrice exploite pour traiter la différence au sein d’une société rigide telle que le Japon, et mener vers un message d’espoir à travers la compréhension mutuelle. Ce cheminement passe par l’épanouissement du héros au contact de sa nouvelle amie, mais aussi par des réactions de personnages secondaires dont celles de son père, plus enclin que jamais à retrouver son fils et à communiquer malgré les sombres événements qui vont graviter autour de lui au fil de l’histoire.

Tout ce programme est particulièrement intéressant, tantôt joliment exécuté avec de vrais moments de finesse, mais tantôt maladroits à cause de quelques facilités scénaristiques qui, certes, servent le propos du récit, mais contribuent à un démarrage parfois naïf. Heureusement, le récit gagne en maturité et s’affirme au fil des chapitres quand il s’agit de développer les personnages et le propos, notamment la très jolie relation entre Ainosuke et Karen. L’ensemble ne nous épargne pas de quelques incohérences liées à la facilité, comme le fait que le héros se montre un peu trop libre malgré l’étiquette de suspect qui lui est collée dessus dans une affaire criminelle, ce qui nous empêche parfois de prendre totalement au sérieux la dimension thriller du titre. Heureusement, ces petits moments à même de nous sortir du récit sont rattrapés par de belles fulgurances émotionnelles et humaines qui nous prouvent que la mangaka fait passer son propos et les alchimies entre ses personnages au premier plan par rapport à la trame de fond.

Visuellement, l’art de Ito Kira est plein de bonne idées, notamment en ce qui concerne les compositions souvent travaillées de manière à faire resurgir l’aura du récit, son intensité comme ses élans de douceur, ainsi que les introspections d’Ainosuke, ce qui cristallise son caractère touchant et pousse davantage notre empathie envers le personnage. Il y a un vrai travail visuel et réfléchi dans ce premier tome, ce qui nous laisse curieux de suivre l’évolution de la mangaka, pas uniquement avec le présent titre, mais plus globalement dans la carrière.

Alors, malgré une certaine candeur dans l’amorce du récit, on se prend au jeu dans cette histoire touchante et généreuse, qui aborde avec une certaine finesse l’idée de la différence et l’importance de la compréhension mutuelle. Il y a de quoi avoir envie de découvrir le deuxième et dernier tome du récit, voire d’enchaîner les deux tomes d’une traite.


Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Takato
14.5 20
Note de la rédaction