Billy Bat - Actualité manga
Dossier manga - Billy Bat

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Sommaire

Publié le Vendredi, 24 July 2015


Tout droit vers la Lune et Mars, la transcendance

  
  

Toujours plus loin, toujours plus haut

 
Avec Billy Bat, Naoki Urasawa et Takashi Nagasaki nous emmènent partout dans l’histoire de l’Humanité. C’est une grande force pour le récit, et c’est stimulant pour le lecteur. À chaque nouveau volume, à chaque nouvel arc, on se demande où on va nous balader, si cette période de notre Histoire va être traitée, jusqu’où iront les auteurs : à nos jours ? Après ? Billy Bat est un véritable voyage culturel : on y évoque la théorie du complot de l’assassinat de Kennedy tout comme la vie des immigrés russes aux Etats-Unis pendant la Guerre Froide. Le large créneau temporel (de l’Antiquité à nos jours) permet aux auteurs de véritablement s’amuser.
 
Une fois encore, regardons un peu en arrière : on se rend compte que les séries de l’auteur gagnent en ambition. Monster est un voyage en Europe centrale, qui couvre principalement les années 1980 et 1990. 20th Century Boys voit son action se dérouler principalement au Japon, avec des séquences internationales, des années 1960 aux années 2010 (ce qui représentait le futur proche au moment de la publication). On exclut Pluto qui est un manga un peu particulier pour l’auteur puisque calqué sur une histoire d’Osamu Tezuka. Billy Bat balaye très large en remontant aux fondements de l’ère chrétienne, et se dirige lentement vers notre époque contemporaine. Lorsque la série a reçu le Grand Prix de l’Imaginaire 2013, Nagasaki nous a fait part de quelques pistes que le duo d’auteurs compte explorer, notamment la préhistoire. Nous pouvons facilement parier sur une fin de l’intrigue vers le futur, si on veut que la conclusion soit inédite par rapport à notre réalité ! Décrit dans ses interviews à Japan Expo 2012, ce besoin de démesure de l’auteur provient d’une de ses références en matière de manga : Phénix d’Osamu Tezuka. Urasawa décrit le Dieu du manga comme un véritable génie, et Phénix comme une œuvre sensationnelle. Avec Billy Bat, il cherche à proposer un récit de la même grandeur, de la même envergure.
 
Ainsi, le lecteur est en présence d’une œuvre qui va « toujours plus loin, toujours plus haut ». Et cet aspect incroyable du manga est largement aidé par la qualité de la narration.
  
   

Une narration qui déborde sur le 7ème art…

 
On est tenté de dire qu’avec Billy Bat, Urasawa est parvenu au sommet de ce que la bande dessinée peut proposer en termes de narration, si bien qu’il commence à lorgner du côté du cinéma. Non pas que le cinéma soit un meilleur art que la bande dessinée et qu’il y ait un besoin irrépressible de lui faire constamment référence, mais Urasawa tente réellement de proposer quelques d’hyper-cinématographique : il est à la recherche de la beauté et de l’efficacité de l’image, des plans, etc. Cela passe bien évidemment par le découpage, avec des cases parfaitement pensées pour mettre en valeur ce qu’elles décrivent. Par exemple, quand Smith dit quelque chose qui énerve Kevin, une case présente ce dernier de dos qui commence à se retourner, puis une case plus grande fait un focus sur son visage avec un regard très appuyé. Pas de dialogue, mais beaucoup de sens dans l’image, et cela interpelle immédiatement le lecteur.
 
La beauté de l’image réside aussi dans le passage d’un cadre spatio-temporel à un autre. Urasawa est déjà un habitué de ce genre de transition, où quelques cases très dynamiques permettent de changer de lieu ou d’époque, comme si la caméra s’envolait, ou était violemment trimbalée d’un endroit à un autre.
 
Enfin, notons qu’Urasawa fait parfois référence à des anecdotes de cinéphiles pour étayer certains éléments du scénario.
  
  
   
   

… et une déclaration d’amour à la bande dessinée

 
Le Neuvième Art n’est pas en reste et demeure une thématique importe du manga, en même temps que la Science, l’Histoire et le Cinéma. Le personnage principal est inspiré par le manga puisqu’il est d’origine japonaise, mais il est aussi américain et dessine un comic-book. Les auteurs ne se limitent plus à un pan de la bande dessinée et commencent à évoquer les différentes catégories et cultures du genre, ce qui témoigne d’un grand intérêt pour lui. Plusieurs personnages sont d’ailleurs très heureux et émus lorsqu’ils lisent des bandes dessinées de Kevin Yamagata, ce qui rappelle qu’elles sont vectrices d’émotion.
 
Un manga qui utilise au maximum ce que peut donner la bande dessinée en termes de narration, et qui parle de la BD jusqu’à faire du héros un dessinateur : cette thématique est la cerise sur le gâteau pour tous les bédéphiles.
  
  

Graphisme arrivé à maturité

 
Que serait cette recherche de la beauté sans un graphisme approprié ? Urasawa a toujours été un excellent dessinateur. Sa recherche dans les expressions et le vieillissement des personnages est exceptionnelle. Dans Billy Bat, son trait est arrivé pleinement à maturité. Jamais il n’y a eu autant de détails dans les décors, les visages… Il se paie en plus le luxe d’adopter plusieurs styles graphiques différents, entre le sien habituel et ceux qu’il utilise pour les cartoons Billy Bat à l’intérieur du manga. Là où il assure le plus, c'est probablement dans les pages couleur.
 
Quoi qu’il en soit, son dessin sert pleinement la narration. Le regard de ses personnages est souvent plein de détermination. Les défauts du visage comme les rides donnent aussi de l’envergure à certains protagonistes, ils montrent qu’ils ont vécu longtemps et qu’ils sont usés. Et les personnages féminins sont tout simplement élégants : elles ont les traits fins. Pour vous en assurer rapidement, jetez un œil aux couvertures de l’édition deluxe de Yawara!.
  
   
   
   

La chauve-souris, la clé de voûte

  
Les auteurs ont été bien inspirés lorsqu’ils ont créé le concept de la chauve-souris. Il permet à la fois à Urasawa de faire étal de ses capacités de dessinateur (en adoptant des styles différents) et dans le même temps, remettre en perspective tous les éléments d’un scénario de fiction à travers ce simple concept. La chauve-souris, c’est à la fois un personnage, un objectif, et une thématique. Personnage, car elle a une tête, un corps, deux bras, deux jambes et est douée de parole. Un objectif, car tous les acteurs de l’intrigue cherchent à en savoir plus sur elle ou tirer profit de son pouvoir. Une thématique, car elle évoque la bande dessinée, et peut-être même la croyance, après le passage chez Jésus et Judas, si on considère qu’elle est au fondement de religions (même si cela reste à prouver). 
  
   

© 2009 NAOKI URASAWA/Studio Nuts, TAKASHI NAGASAKI/KODANSHA

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