Billy Bat - Actualité manga
Dossier manga - Billy Bat

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Sommaire

Publié le Vendredi, 24 July 2015


De nouveaux enjeux pour un grand auteur

  
  

Urasawa, un auteur légendaire…

  
Doit-on encore présenter Naoki Urasawa ? Si vous lisez des mangas ne serait-ce que depuis peu, et que vous déambulez régulièrement dans les rayons des librairies, vous avez forcément dû tomber sur des étagères comportant Monster (paru au Japon entre 1994 et 2001), 20th Century Boys (entre 2000 et 2007), ou Pluto (entre 2003 et 2009). En effet, Naoki Urasawa s’est surtout illustré pour le genre thriller avec ces trois grosses œuvres, le premier étant un voyage au cœur de l’Allemagne post-chute du mur de Berlin où sévit un terrible tueur; le deuxième, un polar mégalo sur un gourou de secte qui décide de provoquer l’apocalypse à travers un scénario d’enfant; et le troisième, une saga de science-fiction dont le but est de démasquer l’assassin des robots les plus forts du monde. Il a pourtant débuté sa carrière de manière plus classique, et a connu le succès avec Yawara!, une série sportive (la seule série encore inédite de l’auteur chez nous !) ou Happy! , comédie de moeurs sur fond de tennis. Mais c’est bel et bien avec Monster qu’il a marqué les esprits dès le milieu des années 1990, et qu’il s’est fait connaître de par le monde (les Américains l’appellent même « le maître japonais du suspense !). Il faut savoir qu’à l’époque, le genre thriller n’était pas très populaire. Et en plus, Urasawa y a ajouté un souffle nouveau, en adoptant un style très occidentalisé, ne serait-ce que par rapport aux lieux de l’intrigue. Depuis Monster, avec ce style quelque peu « hybride », il est parvenu à toucher absolument tous les publics : les jeunes (qui ont droit à des histoires haletantes) les vieux (car les scénarios sont aussi matures), les hommes et les femmes (en proposant quelque chose d’en dehors des codes préétablis comme le laisseraient supposer le principe des magazines de prépublication, pas spécialement féminin, mais pas excessivement viril non plus), les lecteurs de manga (car c’est un manga malgré tout dans son découpage et sa technique), les lecteurs de bandes dessinées franco-belges (il puise une partie de ses influences en Europe, notamment Moebius), et les lecteurs de comics (le côté thriller de ses mangas peut aisément faire penser à des films américains, qui représentent une autre part de ses influences). Urasawa a séduit beaucoup de monde dans toutes les catégories de lecteurs possibles. Le public français l’a d’ailleurs accueilli avec un enthousiasme immodéré à Japan Expo en 2012.
    
  
    
  
  

… au lectorat exigeant

  
On pourrait cependant penser qu’Urasawa est victime d’un phénomène négatif à cause de la trop haute estime qu’on lui porte : est-ce qu’il est capable de faire mieux que des séries aussi « monstrueuses » que Monster et 20th Century Boys ? Ces deux séries qui emmènent le lecteur aux tréfonds de l’âme humaine, dans des scénarios à tiroirs très complexes, sur plusieurs époques, peut-on en sortir un autre de la même qualité sans radoter ? Déjà lors de la publication de ces séries, des réserves sont apparues. On peut lire ça et là que la fin de Monster est « trop ouverte », que la fin de 20th Century Boys est « sans éclat », et que d’une série à l’autre, on retrouve beaucoup de gimmicks. On peut encore en discuter, mais il y a un fond de vrai là-dedans. En réalité, on sait qu’Urasawa n’a pas défini entièrement la fin de ses scénarios lorsqu’il les démarre, ce qui inquiète les lecteurs : ils ont peur d’avoir droit à une fin de qualité moyenne après un démarrage en trombe.
 
C’est donc avec cet état d’esprit qu’est apparu Billy Bat dans nos rayons. Et là où le lectorat a été déstabilisé, c’est justement par le début qui ne démarre pas de manière aussi fulgurante qu’à l’accoutumée. Il y a bien évidemment beaucoup de pistes lancées, mais plus que d’ordinaire et plus de brouillard qui épaissit le mystère : on s’y perd plus vite que d’habitude ! Et en effet, ses précédents thrillers mettaient en scène dès les premiers volumes des évènements marquants pour les héros, les assassinats dans l’hôpital dans Monster et le suicide de Donkey dans 20th Century Boys. C’est autour de ces actes, forts de sens pour les héros, que les pistes se lançaient. 
 
Dans Billy Bat, les premiers volumes ne sont pas construits pour être limpides. Dans les deux premiers tomes, on assiste aux péripéties de Kevin lorsqu’il commence à avoir les visions de la chauve-souris, et à l’apparition de personnages dont on se demande s’ils sont voués à rester dans l’histoire ou s’ils sont anecdotiques (les Goodman, on apprendra plus tard qu’ils ont un rôle important à jouer). Le troisième volume est entièrement dédié à Kanbei et à ce stade de la lecture, on ne comprend pas grand-chose de cette sous-intrigue et de son rôle dans le manga. Le démarrage peut paraître laborieux, mais là où Urasawa a changé, c’est que tous ces éléments prendront leur sens par la suite, de manière très logique.
  
  
  

Une série salvatrice ?

  
Billy Bat est la série du renouveau pour Naoki Urasawa. Il va devoir prouver qu’avec tous ces thrillers qui ont passionné des lecteurs du monde entier, il sait toujours autant surprendre. Car c’est l’apanage des séries à suspense. Et pour cela, il doit corriger quelques manies.
 
En premier lieu, il doit éviter de trop utiliser les mêmes gimmicks, ou alors, en faire de nouveaux usages. On le sait, Naoki Urasawa aime mettre en valeur l’enfance et la vieillesse, et des personnages sombres qui se repentissent. Le risque dans les intrigues à suspense, c’est de « voir venir » un retournement de situation en raison de la présence de tel ou tel personnage, qui, on le sait, devrait se comporter d’une manière prédéfinie, car on a l’habitude de voir l’auteur les traiter d’une certaine manière. Urasawa ne doit cependant pas s’en éloigner complètement non plus, car tout cela appartient à son univers. C’est un équilibre à adopter.
 
En second lieu, une fin de mauvaise qualité pourrait lui être fatale, car cela accroîtrait sa mauvaise réputation de ce côté. Urasawa va devoir surprendre, à l’inverse de la fin de 20th Century Boys. Au vu du synopsis de Billy Bat, il y a de quoi offrir une fin sensationnelle, en touchant au divin ou au spatial. Une fin ouverte à la Monster n’est toutefois pas à écarter. La fin de Monster, dans son genre, laisse pourtant le lecteur bouché bée. Le problème des fins ouvertes, c’est qu’elles divisent, mais pas en raison d’un quelconque souci de qualité. Dans les séries à suspense, c’est un genre de fin tout à fait courant.
 
Deux options s’offrent donc aux auteurs : proposer une histoire comme ils l’ont toujours fait, avec ces moments narratifs fabuleux et ces mêmes gimmicks qui peuvent lasser ; ou alors gommer ces gimmicks et proposer quelque chose d’irréprochable et une fin à la hauteur de l’estime qu’on porte à Urasawa. Si c’est la seconde option est choisie, Urasawa sera parvenu à se renouveler et à produire sa meilleure série.
  
  

© 2009 NAOKI URASAWA/Studio Nuts, TAKASHI NAGASAKI/KODANSHA

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