Dossier manga - Bakuon Rettô

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Sommaire

Publié le Jeudi, 12 May 2011


Le portrait saisissant d'un garçon de la nuit


A travers ce parcours initatique au sein des bosozoku, c'est également le portrait évolutif d'un jeune garçon que nous présente l'auteur: celui de Takashi Kase, 15 ans au début de la série, puis 16, puis 17, dont l'affirmation chez les Zeros entraîne la chute sociale.
 
 

L'affirmation d'un caractère

 
"Je n'ai plus envie d'être dressé comme un animal domestique..."

Au début de la série, Takashi Kase est un garçon comme les autres. Auparavant, il n'était rien d'autre qu'un petit collégien timide et effacé. A partir de sa rencontre avec des loubards dans son précédent collège, il a commencé à prendre un peu plus d'assurance. En arrivant dans son nouveua bahut pendant les premières pages de Bakuon Rettô, il renvoie l'image d'un garçon un peu détaché de tout, mais facilement influençable, ce qui se répercutera très vite sur son comportement.

A partir du moment où il se rapproche des Zeros, il commence à changer. La coupe de cheveux brune proprette laisse place à des cheveux teints coiffés en banane, et, petit à petit, le caractère se forge, à tel point qu'au bout de quelques volumes, on ne reconnaît plus le garçon des débuts. En guise de preuve, il suffira de voir, dans le volume 10, le traitement réservé au Red Emperor qui l'avait humilié en début de série. L'évolution est saisissante, et passe par toute une série d'étapes successives, que je vais développer brièvement ici.

L'amour. Quand on est adolescent, difficile de passer à côté. Dans Bakuon Rettô, après 11 volumes, Takashi connaît principalement deux filles que tout oppose.
Shôko est sa première copine, si tant est que l'on peut considérer les deux ados comme ayant formé un vrai couple à un moment ou à un autre de la série. En tout cas, il s'agit bel et bien de la première fille pour laquelle il éprouve de l'intérêt, ce qui est réciproque. Alors qu'il se détache de plus en plus du milieu scolaire, Shôko reste pendant un moment le principal lien de Takashi avec les études. Mais au fur et à mesure de son affirmation au sien des zoku, le jeune garçon se détache de plus en plus de l'école, y compris de Shôko qu'il ne voit bientôt presque plus.
Apparaît alors Yûko, fragile, allumeuse, attirante, qui a déjà les deux pieds dans le monde de la nuit. Le début de sa relation avec Takashi signe la fin de l'aventure de notre héros avec Shôko. Ainsi, Takashi préfère Yûko à Shôko, la jeune fille de la nuit prend le dessus sur celle qui offrait une vie bien rangée. La première étape est franchie.
Avec Yûko, Takashi découvre les joies de l'amour, du sexe, des relations avec le genre opposé, d'avoir entre ses bras une jeune fille cherchant du réconfort. Mais il expérimente également le pouvoir qu'il a sur la jeune fille, en la prenant quasiment de force, en la traitant parfois méchamment, comme si ces agissements étaient autant de manières de se prouver qu'il a gagné en caractère et en autorité, d'autant plus quand l'humeur est mauvaise ou qu'une situation est critique. Inévitablement, une telle relation de plus en plus houleuse ne pourra pas durer, mais aucun des deux amants ne semblera vraiment en être affecté, comme s'il s'agissait d'une étape parmi tant d'autres.
Shôko et Yûko sont deux exemples de l'évolution du caractère de Takashi, l'amour n'étant en réalité qu'un prétexte. Chacune des deux demoiselles revêt un symbole, de la vie rangée ou du monde de la nuit, notre héros semblant avoir choisi la deuxième voie. Toutefois, rien ne semble totalement acquis dans Bakuon Rettô. Après 11 volumes, Shôko n'a pas disparu de l'histoire, semble même destinée à revenir sur le devant de la scène prochainement, et l'on se demande volontiers le rôle qu'elle jouera si elle recroise la route de Takashi.

"Grisé par les rugissements des motos, je n'ai plus peur de rien. Je suis le plus fort."

La moto a évidemment la première place. La chouchouter et la peindre aux couleurs des Zeros ont évidemment une place de choix et sont autant de preuves des ambitions au sein de la bande.
Ses ambitions, Takashi n'a de cesse de les montrer à travers la bécane. La conduire et prendre des passagers qui ne conduisent pas (comme Maniyon au début de la série) sont évidemment des preuves de responsabilité et de mâturité, puisqu'on a à la fois entre ses mains sa propre vie et celle d'un autre.
Mais la moto en elle-même joue également un rôle primordial sur la place que l'on occupe dans la bande, et c'est bien pour cela que Takashi troquera rapidement sa "vulgaire" Hawler possédée par tous et donnée par Gerako, un senpai, contre la Honda CB 400 Four que lui filera Kazuya. La CB 400 four, une moto célèbre et rare, puisque sa production fut arrêtée après de nombreux accidents dûs à sa puissance. Une moto qui devient la preuve parfaite du détachement de Takashi par rapport à bon nombre de ses semblables.

"Quand les zoku s'étripent, ils font le jeu de la société qui veut les marginaliser, rien de plus."

Les bras de fer avec la police routière, les bandes rivales ou les gokurakus sont autant d'étapes permettant à Takashi de progresser un peu plus dans l'affirmation de son caractère. Petit à petit, au fil de ces épreuves, le jeune garçon pas totalement assuré des débuts laisse place à un adolescent qui n'a plus peur, ne se laisse plus faire, fonce à travers les barrages policiers, humilie les rivaux. Citons à nouveau les deux passages avec le Red Emperor: celui du début de série où ce dernier humilie Takashi, puis celui du dixième volume où le jeune garçon lui rend enfin la monnaie de sa pièce, comme si une boucle se bouclait, en guise de preuve parfaite de l'évolution finale du héros de cette histoire.

Enfin, il est évident que les personnages gravitant autour de Takashi sont autant d'exemples de sa prise d'importance au sein des zoku.
En début de série, les senpai sont nombreux, puis au bout de quelques tomes, notre héros devient lui-même un senpai pour certains, comme Ôki.
Quand il arrive chez les Zeros, des garçons au caractère plus affirmé comme Mittsu semblent destinés à se placer au-dessus de lui, mais bien vite, Takashi persévère et les surclasse au point de les occulter. Comme le dit lui-même notre héros à un moment, il a pris un peu d'avance sur les autres.

Ainsi, a travers différentes étapes en matière d'amour, de moto, d'affrontements ou de personnages, l'évolution de Takashi devient saisissante et semble ne jamais devoir s'arrêter... La chute totale ne semble jamais loin.
  
 
  
  
 

La chute sociale


"Je ne peux plus retourner à une vie ordinaire."

Mais au fur et à mesure de la prise de caractère de Takashi et de sa montée en puissance au sein des Zeros, c'est également sa marginalisation qui se profile. Et si j'ai déjà évoqué cette chute sociale via sa séparation avec une Shôko qui était le symbole d'une vie rangée, d'autres exemples sont tout aussi flagrants.

"La seule utilité du parcours scolaire, c'est qu'il est mentionné à côté de son nom quand on cherche du boulot... C'est comme si on voulait souscrire une assurance, alors qu'on se donne à fond dans la vie d'une bande... A quoi ça rime?"

Du côté de la scolarité, avant même la concrétisation qui se comprend par la rupture avec Shôko, de nombreux exemples sont là pour nous faire comprendre que Takashi n'ira jamais au bout de ses années de lycée. Les cours, il s'en désintéresse totalement. Ses profs, il ne les écoute pas. Même quand ceux-ci cherchent à lui parler en privé pour le remettre sur le droit chemin, il pense totalement à d'aotres choses, tant et si bien que les enseignants eux-mêmes décident de laisser tomber: "il n'y a plus rien à faire pour lui", "il ne sera sans doute plus là l'année prochaine".

"Si tu ne voulais pas en arriver là, fallait pas t'amuser avec des zoku!"

Nous avons précédemment mis en avant le caractère de plus en plus fort de Takashi, et ce caractère s'accompagne d'une violence de plus en plus présente chez le jeune garçon. Ainsi, toujours soucieux de s'affirmer dans la bande, il connaît de moins en moins de limites, n'hésitant pas à frapper ceux qui s'opposent à lui, à l'image d'un passage où il roule à moto sur le pied d'un rival. Face à de tels gestes, on se demande simplement si le jeune garçon connaîtra un jour une limite dans sa marginalisation.

"Personne ne peut m'arrêter. J'irai aussi loin que je peux."

Le pire ne fait qu'arriver lorsque Takashi commence à s'en prendre à des innocents, ce qui reste rare mais non moins marquant. On soulignera, par exemple, le passage où il n'hésite pas, dans son besoin d'argent, à voler le sac à main d'une femme ivre morte, un acte qu'il regrettera tout de suite après. A travers des passages de ce genre, on constate que notre héros est capable d'aller très loin, mais à travers les regrets qu'il affiche parfois, on sent bien que toute trace de morale n'a pas disparu en lui.
 
 
  
  
 

Une cause de la chute: l'effritement familial

 
"Vous ne pourriez pas être un peu plus joyeux? L'année vient à peine de commencer et la maison respire la déprime..."

Car quand il se met à regretter certains actes ou à réfléchir, on sent bien, malgré tout, que Takashi n'est pas foncièrement mauvais. Mieux, on peut dire qu'il renvoit l'image de quelqu'un de mauvais, mais en analysant le personnage, on se rend compte qu'il n'est rien d'autre qu'un gamin paumé, qui semble chercher à échapper à certaines choses... Mais à quoi ? A la lente agonie de sa famille, tout simplement.

"Vous me dégoûtez, toi et ton père!"

En effet, si un constat doit s'imposer au fil des volumes, c'est bien celui que la vie familiale de notre héros sombre complètement et conditionne sa façon d'être.
Le père et la mère soucieux du volume 1 laissent rapidement place à des parents dépassés, qui ne cherchent à contrer les virées nocturnes de leur fils que très mollement, plus occupés qu'ils sont à essayer de mettre fin à leurs différends entre eux. Car les parents de Takashi sont en plein déchirement. Le père rentre le soir fortement alcoolisé, ou s'en va sans rien dire pendant une longue période, laissant la mère à moitié dépressive, seule face à elle-même, étant incapable de dire quoi que ce soit à son fils, ayant parfois envie de tout plaquer.

"Maman, tout ça, c'est parce que tu as voulu un fils unique. Si tu avais eu un deuxième enfant plus réussi que moi... tu n'en aurais pas autant bavé."

Il faut bien dire que, de son côté, Takashi ne cherche aucunement à rattraper les choses, se montrant froid et indifférent avec sa mère. Mais plus qu'une sorte de méchanceté, la façon d'être de Takashi semble n'être avant tout qu'une réponse à des parents eux-mêmes de plus en plus négligeants envers leur fils. Au final, les parents aussi bien que l'enfant sont en tort. Et quand on ne cherche pas à se comprendre, une famille peut vite exploser.

"C'est ça, un couple?! Ce n'est pas parce qu'ils le désiraient qu'ils se sont mariés?"

Dès lors, on comprend que la persistance de Takashi dans le monde des zoku est également une tentative de fuir la dure réalité du malaise familial. Au fil des volumes, de nombreux exemples sont là pour le prouver, à l'image du passage ou notre héros se montre très froid envers Yûko après avoir appris que ses parents allaient devoir vendre l'appartement où ils habitent.

Ce manque de crédibilité des parents dans leur rôle s'observe également chez certains protagonistes secondaires. On insistera sur Mittsu, assez franc et violent dès le début de la série, dont la principale famille reste Shinya, le grand frère, déjà chez les Zeros, puisque la mère est partie et que le père est plus occupé à s'imbiber d'alcool qu'à s'occuper de ses enfants. De son côté, un personnage comme Yûko est arrivée là, à ce qu'elle est, à cause de la pauvreté qui règne dans sa famille. Dans bien des cas, l'incapacité des parents à s'occuper de leurs enfants pour une raison ou une autre semble être l'un des moteurs de leur marginalisation.

"Cette nuit-là, mon père n'est pas rentré."
 
 
  
 
 

Fuir la réalité, refuser de grandir

 
"C'est maintenant qu'il faut s'amuser, sinon on le regrettera après!"

Cette constatation en amène une autre: dans Bakuon Rettô, certains personnages cherchent à fuir la réalité de leur vie, en trouvant du réconfort dans les réunions entre potes et les chevauchées à moto, le vent dans les yeux, leur donnant l'impression d'être ailleurs, loin des tracas du quotidien. C'est surtout le cas de Takashi.
La bande devient tout pour lui, tant et si bien qu'il en arrive à demander aux autre s'il n'est pas possible de vivre de ça, de faire durer ce plaisir toute la vie. Mais il n'est pas sûr que les autres le suivent.

En effet, après plusieurs volumes, la plupart des membres des Zéros avec lesquels il a toujours traîné approchent des 17 ans. Takashi lui-même atteint cet âge. Bientôt, ils pourront conduire une voiture, moment à partir duquel ils quitteront le monde des zokus. Certains commencent à songer à ce qu'ils feront par la suite, voire se mettent en couple. Pas Takashi. Notre héros, lui, semble continuer à ne vivre qu'à travers les Zéros. Les problèmes familiaux qui ont tant conditionné ce qu'il est devenu, il les évite en partant habiter ailleurs, et il reste bien décidé à continuer dans la voie des zoku... mais pour combien de temps encore ? Alors même que tous ceux de son âge laisseront tomber un jour les Zeros, quel avenir attend le jeune garçon ?

Ainsi voyons-nous ici l'exemple d'un garçon qui, à force de fuir la réalité, commence à en perdre le sens et refuse d'assumer de grandir. Après 11 volumes, on est encore en droit de se questionner quant à ce qui attend le jeune garçon, qui s'interroge beaucoup mais reste porté par son amour pour les Zeros.
 
 

BAKUON RETTO © 2003 Tsutomu Takahashi / KODANSHA Ltd.

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