Ashita no Joe - Actualité manga
Dossier manga - Ashita no Joe

Note des lecteurs 19 /20

Sommaire

Publié le Jeudi, 16 Août 2012


Présentation

 
 
Où suis-je ? Que fais-je ici ?
 
Je ne sens plus rien, je ne vois plus rien, me voilà aussi léger qu'une plume et aussi lourd qu'une stature de plomb. Au loin, un son sourd se fait entendre, un bourdonnement incessant d'hurlements primaires, puis une autre voix plus claire, plus régulière, sort du tumulte. 
 
"1... 2..."
Voilà, la vue me revient. Me voilà étendu de tout mon long sur un sol fait de toile et de poussière, maculé ici où là de tâches de sang. Serait-ce le mien ? 
 
"3... 4..."
Je flotte dans du coton, j'aimerais rester ainsi pour l'éternité. Une odeur chaude et moite me prend soudainement le nez, me rappelant soudain l'enfer des cimes. Mon monde empeste la sueur, l'alcool de mauvaise qualité et la térébenthine.
 
"5... 6..."
Peu à peu, je sors malgré moi de mon doux rêve. Mes blessures se réveillent, mon corps me supplie d'en rester là. Et pourtant, non, mon âme refuse ce repos. Mes jambes vacillent sous mon propre poids, mais je m'extirpe peu à peu de ce sommeil. Je n'en ai pas encore terminé là-haut.
 
"7... 8...
_Hé, l'arbitre, tu vois bien que je suis debout, non ? Essuie-mes gants que j'y retourne !"

 
Une fois encore, je me suis relevé. Ce n'est pas cette fois-ci que mon adversaire me détruira. Je ne peux abandonner, je ne peux plier maintenant que cet enfer a fait de moi son esclave. Je ne vis plus que pour cet instant où je peux m'embraser de toute mes forces. Et me voilà déjà reparti à l'assaut, devant les yeux ébahis de mon rival...
 
*TING TING TING*
"Fin du premier round !"
    
   
 
  
    

Fiche technique

  
Chef d'œuvre que l'on doit aux illustres Asao Takamori et Tetsuya Chiba, Ashita no Joe (あしたのジョー ),  également connu à l'internationale sous les noms de Tomorrow's Joe, Rocky Joe ou tout simplement Joe, naquit le premier jour de l'année 1968 dans les pages du Weekly Shonen Magazine, célèbre hebdomadaire de l'éditeur Kôdansha. La série s'achève cinq ans et demi plus tard, en mai 1973, en s'étant entre-temps inscrite au panthéon des plus grandes œuvres du neuvième art du Japon, si ce n'est du Monde entier.
    
Les chapitres du manga ont été regroupés dans une première édition dans un support similaire à celui du magazine (juin 68 - juin 73, 23 volumes), mais sa première véritable sérialisation en tankobon (volumes reliés) compte vingt tomes, publiés de mars 1970 à juin 1973. Par la suite, Ashita no Joe connut moult rééditions, dont une version à l'identique de la première en 1993, une Bunko en 2000 (12 volumes), une Deluxe en 2003 (8 volumes), une version Anniversaire en 2009 comprenant des figurines des héros de la série, et bien d'autres. Au fil des versions, Tetsuya Chiba a même retravaillé certaines planches pour améliorer leur impact visuel.
   
   
Si l'on excepte un passage anecdotique de sa version animée sur La Cinq à la fin des années 1980, Ashita no Joe ne sera arrivé que très tardivement en France. Il aura en effet fallu attendre juillet 2009 pour que Glénat annonce officiellement l'acquisition de la série, sur la base de l'édition Kôdansha Platinium Comics en treize volumes (août 2006 - février 2007).  Et c'est en janvier 2010, soit 42 ans après ses débuts japonais, que les aventures de Joe commencent à être publiées sur le sol français, via le label Vintage de l'éditeur grenoblois. Hélas, malgré son rayonnement international, la série peine à trouver son public et les ventes ne décollent pas. Malgré ce constat, Glénat a réussi à publier chaque volume de près de 400 pages à un rythme oscillant entre le bimestriel et le trimestriel. Le treizième et dernier opus de la saga parut ainsi en juillet 2012.  Avant cela, la série fit une apparition remarquée dans les sélections du festival d’Angoulême 2011 et du prix Zoom Japon décerné par le magazine du même nom. En juillet 2012, il crée la surprise aux Japan Expo Awards en remportant le prix du meilleur seinen (bien qu'on puisse hésiter quant à la pertinence de cette catégorisation, mais nous y reviendrons), dans une cérémonie où les votes du public comptaient autant que les voix du jury. Un espoir de voir enfin la série éclore dans l'Hexagone ?
   
 
  
  
    

Les auteurs

 
Asao Takamori
    

 
De son vrai nom Asaki Takamori (高森朝樹), ce scénariste employa deux pseudonymes au cours de sa carrière :  Asao Takamori (高森朝雄) et Ikki Kajiwara (梶原一騎), lui permettant de travailler pendant quelques temps sur deux séries en parallèles dans des magazines concurrents, sans que l'on fasse le rapprochement. Né le 4 septembre 1936 à Ishihama, le jeune Asaki a souvent déménagé pendant sa petite enfance. Après des études de commerce, il devient mangaka dans les années 60, et se spécialise dans le domaine des sports et des combats. Son premier succès est Kyojin no Hoshi (L’Étoile des Géants), série de 1966 dans l'univers du base-ball où l'auteur fait intervenir la célèbre équipe des Giants. Mais 1968 est une année-clef pour l'auteur, signant cette année-là avec ses deux pseudonymes ses deux plus grandes œuvres : Ashita no Joe et Tiger Mask, ce dernier présentant un catcheur cruel en quête de rédemption, cachant son visage sous un masque de félin... Citons également Ai to Makoto (1973), une parenthèse de romance (mais qui n'oublie pas les combats) dans la carrière du mangaka, adapté en film live par Takashi Miike (en sélection non-officielle au festival de Cannes 2012).
        

   
    
Au final, Asao Takamori laissa derrière lui une constellation d’œuvres, souvent décriées pour leur violence, mais qui n'ont jamais laissé le public indifférent. En 1985, l'auteur décide de prendre sa retraite du monde du manga pour se consacrer à l'écriture de romans, sous un dernier nom de plume : Masaki Sasaki. Il tiendra ainsi le stylo jusqu'à son décès, le 21 janvier 1987, laissant derrière lui un dernier roman inachevé : Dan no Seiza (La Constellation de l'Homme).
  
 
Tetsuya Chiba
    


Né le 11 janvier 1939 à Tsukiji, dans la préfecture de Tokyo, Tetsuya Chiba (ちばてつや) a rapidement émigré dans sa jeunesse en Corée puis en Mandchourie, qui était encore une colonie japonaise durant la seconde guerre sino-japonaise. Il retourna au Japon de force en 1945, puis commença à s'intéresser au manga dans les années 1950. Son premier essai professionnel est Fukushu no Semuchi (Le Bossu Vengeur) qu'il réalise pour un éditeur indépendant, puis il réalise en 1958 Mama no Baiorin (Le Violon de Maman) pour le Shojo Club de la Kôdansha. Tetsuya Chiba commença ainsi sa carrière par du shojo, mais ne tarda pas à se tourner vers le shonen avec Chikai no Makyu (Le "Pitch" Promis) en 1961. L'année suivante, il remporte le Kodansha Juvenile Comics Award pour 1, 2, 3 to 4, 5, Roku (1, 2, 3 et 4, 5, Six), premier prix d'une longue série qui parsèmera sa carrière, grâce à des titres comme Ore wa Teppei (Je suis Teppei) en 1976 ou Notari Matsutaro en 1977 et 1978.
    

  
   
Aimant dessiner des histoires douces et sans violence, seul ou accompagné d'un scénariste, Tetsuya Chiba ne cache pas son appréhension lorsqu'il doit s'atteler à Ashita no Joe en 1968. Il avoue en effet "ne pas aimer le sang dans ses mangas" et "avoir fait tout son possible pour éviter d'en dessiner". Grand bien lui a pris de passer outre son dégoût, car la série propulsera le dessinateur au panthéon des plus grands auteurs de bande-dessinée nippone. Par la suite, le dessinateur se consacra presque exclusivement aux mangas de sports, ayant prouvé ses talents pour mettre en scène les efforts des athlètes. En 1975, il est promu directeur de la Japan Cartoonist  Association, et garde aujourd'hui encore un pied dans le monde du manga, côtoyant des auteurs comme Leiji Matsumoto ou Moto Hagio qui sont devenus ses amis. En 2002, il reçoit même la "Purple Ribbon Medal", décoration nationale lui permettant d'obtenir une audience avec l'empereur japonais lui-même... Preuve que le dessinateur fut reconnu comme l'un des artistes les plus importants de son époque !
    
 

  

Personnages

  
Joe Yabuki
 

 
Orphelin d'une quinzaine d'années n'ayant aucun souvenir de ses parents, Joe Yabuki vagabonde de quartiers en quartiers, vivotant grâce à diverses combines qui lui ont déjà causé quelques soucis avec les forces de l'ordre. Arrivant aux Doyas, il fait la connaissance de Danpei Tange qui cherche à l'initier à la boxe, mais le jeune délinquant n'en fait qu'à sa tête, jusqu'à se retrouver derrière les barreaux ! Une fois en centre de détention, Joe va peu à peu s'initier au Noble Art grâce aux conseils prodigués par correspondance par son vieux mentor, mais aussi grâce à Tooru Rikiishi, son futur grand rival. C'est ainsi qu'une fois sorti, le jeune homme marchera en direction des rings professionnels...
Véritable tête brûlée, Joe agit sans retenue, ignorant les bonnes manières, le bon sens et parfois son propre état de santé. Gouailleur et prétentieux, le jeune homme ne se fait pas que des amis, bien au contraire. Les premiers contacts avec ceux qu'il rencontrent sont souvent marqués par les emportements verbaux comme physiques. Joe ne fait jamais les choses de manière conventionnelle, et son parcours sur les rings n'en sera que plus accidenté. Mais au final, ses talents de boxeur rallient même ses détracteurs sous son panache. Un héros contestable donc, mais que l'on ne peut s'empêcher de suivre du regard...
  
 
Danpei Tange
  

 
Le crâne cabossé, le visage couvert de cicatrices, un œil invalide,... la figure de Danpei Tange témoigne d'une carrière de boxeur mouvementée. N'ayant jamais vraiment connu la gloire, il est passé de l'autre côté des cordes pour devenir entraîneur, mais ses emportements envers ses élèves et ses confrères l'ont mis au ban du monde de la boxe. Danpei s'est alors laissé décrépir en un vieil alcoolique démuni, hanté par ses espoirs passés, ce qui lui valut le surnom de Kenkichi, "l'obsédé de boxe". Chaque bagarreur qu'il pouvait croiser dans le quartier des Doyas était pour lui un champion potentiel, mais personne ne partageait ses rêves, sinon s'en moquait... jusqu'au jour de sa rencontre avec Joe.
Comprenant qu'il avait en face de lui la bonne personne, Danpei s'attacha à Joe comme un père s'attache à son fils. Aussi, il prodiguera à Joe une éducation aussi bien sportive que sociale, n'hésitant pas à le corriger pour le remettre dans le droit chemin. Le vieil homme va ainsi donner toutes ses forces dans la formation du jeune champion, même s'il aura souvent du mal à se faire écouter par son disciple. Malgré son penchant pour l'alcool qui l'entraine dans quelques dérives, Danpei incarne la sagesse et la raison, et aura parfois de lourdes décisions à prendre, quitte à se faire haïr par son élève. Mais Joe ne serait rien sans ses précieux conseils et son assistance perpétuelle....
  
  
Kanichi "Mammouth" Nishi
  

 
Colossal loubard envoyé au centre d'observation, Nishi s'est imposé comme le leader de son dortoir... jusqu'à l'arrivée de Joe Yabuki. Transférés ensemble au centre d'éducation Toko, les deux délinquants vont finir par sympathiser dans l'adversité. Sous ses allures de rude gaillard, c'est en réalité quelqu'un d'assez droit, qui n'a tout simplement pas eu l'éducation qu'il méritait. Cette éducation, il l'obtiendra de la part de Danpei, car en restant dans le sillage de Joe, Nishi deviendra son condisciple, arpentant de son côté une carrière en poids lourds et moyens. Sorti du centre d'éducation, il aura à cœur de devenir un honnête homme, et il est le personnage dont l'évolution au cours de l'aventure, tant physiquement que moralement, est la plus flagrante. Nishi représente ainsi la voie de la raison, vers un avenir professionnel et social stable que Joe aurait pu arpenter s'il n'avait pas été contaminé par le virus de la boxe.
  
 
Yoko Shiraki
  

 
Petite fille de Mikinosuke Shiraki, Yoko est une jeune femme de bonne famille, qui rencontre Joe pour la première fois après avoir été la victime d'une de ses escroqueries. Suivant de près la carrière de Tooru Rikiishi et, indirectement, celle de Joe, Yoko intègre progressivement le milieu de la boxe en reprenant les rennes du club familial. Elle deviendra ainsi une patronne intransigeante, prompte à de nombreuses manigances pour parvenir à ses fins. Mais quels sont ses buts véritables ? Difficile à deviner, tant la jeune femme cache ses émotions sous son beau visage de glace. Yoko est ainsi présente à chaque carrefour du chemin que suit Joe, et ce dernier ne manquera pas de s'exaspérer de la trouver constamment sur sa route. Elle porte sur le jeune champion un regard parfois empli de pitié ou de haine, mais parfois de compassion ou même d'affection... Tout comme Danpei, Yoko se veut parfois la voix de la raison, offrant ses bons conseils à Joe même s'il ne l'écoute que très rarement. Peut-être craint-il que ses paroles ne soient que persiflages, tant l'énigmatique demoiselle semble tenir le monde de sa boxe dans le creux de sa main, grâce à son immense fortune...
  
 
Tooru Rikiishi
   

 
Boxeur déjà entré dans le monde professionnel, Tooru Rikiishi fit des débuts prometteurs, mais s'emporta contre un spectateur lors d'une rencontre en l'agressant, le laissant entre la vie et la mort. N'acceptant pas sa radiation du milieu sportif, il fut par la suite envoyé au centre d'éducation du fait de multiples actes de violence. Ce séjour forcé lui remit les idées en place, et Rikiishi devint un détenu modèle, respecté par ses camarades et appréciés de ses gardiens. Tout se passait bien jusqu'à sa rencontre avec Joe : le jeune bagarreur réveilla son instinct de combattant, et Rikiishi jura de corriger cette forte tête par ses poings. Afin d'éviter le pugilat, le centre organisa un match entre les deux hommes, ce qui ouvrit la voie d'une rééducation par le sport. Sortant du centre avant Joe, Rikiishi lui promettra de futures retrouvailles sur un ring professionnel... et c'est ainsi que naquit une franche rivalité, teintée d'amitié, entre les deux adversaires. Rikiishi deviendra ainsi un homme loyal envers le club Shiraki, et reprendra rapidement son ascension fulgurante. Cependant, il ne peut supporter que Joe vive dans le même monde, bien que les deux hommes soient dans une catégorie de poids différente. Pour pouvoir tenir sa promesse et se libérer de cet adversaire qui le hante, Rikiishi se lancera ainsi à sa poursuite, quitte à endurer de nombreuses souffrances...
       
      

ASHITA NO JOE © Asao Takamori • Tetsuya Chiba / Kodansha Ltd.

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