Dossier manga - Vampire Knight

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Sommaire

Publié le Jeudi, 10 December 2009


Une réelle toile de fond, vampirique à souhait

    
Il est peu habituel de commencer par ce qui est le moins visible dans un manga, et pourtant c’est par là que ce dossier débutera, puisque Vampire knight est seulement supposé se baser expressément sur le monde des vampires. Là où l’hémoglobine coule à flots et où les représentants de la nuit ne sont pas toujours dans les meilleures conditions. Matsuri Hino a ainsi décidé de construire tout un univers autour des buveurs de sang, afin de poser les bases de son histoire et de partir, par la suite, dans un déluge sentimental peu commun. Ainsi, on remarquera que la communauté vampirique est tout aussi réglementée que celle des humains, mais s’inscrit dans des règles plus ancestrales et pour nous dépassées. Après tout, ces êtres ne sont pas aussi vulnérable au temps que nous et leurs convictions, leurs habitudes sont ancrées dans le passé alors que le propre de l’homme est de se projeter vers l’avenir. C’est donc un Sénat qui réglemente plus ou moins le quotidien et les gestes des vampires et qui a pour autre fonction de protéger et glorifier les vampires de sang pur, patrimoine rare et oh combien précieux de la race. Les sangs purs sont vus comme des êtres sacrés, proches des Dieux, grâce à leur pouvoir. Ils sont d’ailleurs classés comme étant le level A de la grande hiérarchie vampirique. Ce niveau ne comprend que de rares vampires : la famille Kuran et Shizuka Hiô en font partie, et comme leur nom l’indique, ils n’ont aucune goutte de sang humain dans les veines. Cette conservation et glorification de la lignée pure amène souvent aux mariages consanguins chez les vampires, ce qui est une coutume chez eux justement afin de perpétuer l’espèce et plus que tout, son élite prestigieuse. Loin des croyances populaires, Matsuri Hino déclare que seuls les vampires de classe A sont capables de transformer un humain lorsqu’ils boivent leur sang. Ce sont les seuls à pouvoir ainsi pervertir un humain et l’emmener jusqu'au level D, puis E. En contrepartie, boire le sang d’un sang pur renforce de beaucoup les capacités physiques, soigne toute blessure et décuple les pouvoirs. On comprend alors rapidement que les sangs purs sont en haut de tout et qu’ils peuvent sembler plus forts que tous, omnipotents et tout puissants.

Ce fonctionnement très archaïque basé sur la pureté du sang défini ainsi cinq niveaux, plus un dernier un peu particulier. Après le haut de la pyramide (level A) vient le level B : ce sont les vampires nobles, issus de familles prestigieuses. Ils se font appeler les aristocrates et sont respectés grâce à leur influence dans le monde de la nuit mais leurs grandes capacités influent également. Tous les membres de la night class suivant Kaname sont du niveau B, il faut au moins ça pour approcher un vampire de sang pur. Les descendants du niveau B ont un peu de sang humain mais globalement peu : rares sont les alliances vampire / humain dans ces milieux, et leur sang est préservé le plus possible. La mixité est beaucoup plus fréquente dans le level C, qui abrite la majorité des vampires. Ceux-ci possèdent les caractéristiques classiques des vampires mais ne sont pas spécialement reconnus dans leur société. Enfin viennent les deux niveaux très mal perçus : le D, qui est composé de tous les vampires autrefois humains, en latence avant qu’ils n’entrent dans la catégorie inférieure. Il faut savoir que les vampires de cette catégorie ont forcément été mordus par un vampire de level A, autant dire que, étant donné que cet acte est très mal considéré dans le milieu, seuls les plus imprudents s’y risquent. Shizuka Hiô brave cet interdit et entraine Zero vers ce grade. Les niveaux D sont alors peu nombreux puisque ce n’est qu’un niveau de passage entre le statut d’humain et le level E, qui est le level « End ». Lorsqu’un vampire dégénère jusque là, et c’est systématique pour les individus de niveau C, on dit qu’ils sont condamnés à mourir, traqués par les vampires hunters. Car alors ils ne sont plus maîtres d’eux-mêmes et se sont transformés en une bête assoiffée de sang. Et si les levels E sont éradiqués par la guilde des hunters, les vampires de niveau D sont généralement placés sous la surveillance des vampires aristocrates et du Sénat afin justement de surveiller leur déchéance. Enfin, une dernière catégorie a été créée par Matsuri Hino. Il s’agit d’un groupe sans nom, qui unit les très rares spécimens d’humains devenus vampires ayant bu le sang de leur concepteur. A l’heure actuelle, seul Zero peut être placé dans cette section puisqu’il boit par un intermédiaire le sang de sa créatrice. Cela permet au vampire ainsi formé de stopper la dégénérescence et d’obtenir le statut de vampire à part entière.
     
   
  
On aura donc remarqué la hiérarchie archaïque et drastique de la communauté vampirique selon la lignée et la noblesse du sang. Il n’est alors pas surprenant de les voir emplis d’une grâce perdue et se complaire dans des bals purement à l’ancienne. La mangaka fait de ces créatures une entité à part entière, fortement opposée aux vampires hunters, chargés de surveiller leurs agissements et de limiter les débordements comme d’éliminer les vampires devenus fous. En règle générale, les chasseurs doivent agir selon une liste établie qui rassemble souvent les vampires de level E. Ils sont comme obligés de laisser une chance aux humains devenus vampires, même s’ils savent que la dégénérescence est une quasi obligation, mais la guerre entre eux et leurs proies dure depuis toujours, sans que le commun des mortels n’en ait la moindre idée. C’est principalement à travers Zero et son destin peu reluisant que Matsuri Hino nous dévoile les jeux d’influence et les différentes factions qui interviennent dans le manga. En effet, c’est grâce à son passé et sa transformation qu’on décèle la haine entre les hunters et les vampires, l’importance presque déifiée des sangs purs (Shizuka et sa toute puissance malgré ses agissements) ainsi que certains conflits ou oppositions presque politiques sur lesquels se base l’histoire du titre (par exemple le différent qui sépare Kaname du Sénat). Dans cette même veine, le passé de Yûki, celui de Kaname et enfin les complications qui surviennent aux alentours du tome 7 de la série servent aussi de décor à l’histoire. On notera entre autre le rôle de Senri Shiki qui prend de l’importance en tant que réceptacle à l’un des plus remonté et déterminé vampire de sang pur. Car ce nouveau venu est intimement lié au passé des personnages, au Sénat, aux sangs purs … Bref, il réunit un peu toutes les composantes qui font de l’univers vampirique la base du récit de Matsuri Hino, d’où son intérêt. On devine également, grâce à une conversation à son sujet, une alliance dont on n’avait pas forcément deviné l’existence entre deux instances opposées en temps normal.

En utilisant ses personnages et leur vécu, l’auteur met en place une base solide pour son histoire. Car si le thème des vampires est omniprésent et constitue l’essence même du manga, ce sont surtout les sentiments posés par-dessus qui captivent et font de Vampire knight ce qu’il est. Après avoir inventé un monde, Matsuri Hino peut faire se déplacer ses personnages sur l’échiquier et s’amuser de leurs réactions. Les vampires ne sont que le décor de tous les affrontements possibles et imaginables. Cependant, on se doit d’avouer que, si l’idée reste très classique et vue et revue, la logique et la compréhension sont au rendez vous. Et, si nos créatures préférées ne sont pas brûlées au contact du soleil et ne craignent apparemment ni ail ni crucifix, c’est uniquement pour la commodité du récit. Il en va de même pour la vitesse de régénération accrue des vampires : la mangaka pioche dans les légendes ce qui lui convient et remanie tout à sa sauce pour nos offrir un petit monde vampirique parfois instable et surtout presque secondaire. En contrepartie, la hiérarchie très précise des protagonistes est une idée intéressante tant elle sert à comprendre toutes les mésententes et autres affrontements.
    
       
                    
                                  
                               

Du sang mais aussi des sentiments

  
Etant donné le contexte de l’histoire, il serait bien amusant de ne pas trouver une seule goutte de sang dans la série. Que les lecteurs se rassurent donc : du sang, on en a ! De même que notre lot de scènes sanguinolentes et morbides. Le tout donne, l’espace d’un instant, un aspect plus sérieux au titre. Certaines scènes sont presque « violentes » (pour un shojo) visuellement parlant. On pense par exemple à la « discussion » entre Kaname et Shizuka Hiô, mais aussi à toutes les fois où Yûki se fait aspirer du sang. Les planches de la mangaka sont souvent foncées et bardées d’un liquide sombre, jusque dans la renaissance d’un vampire qui s’immerge littéralement dans le sang pour récupérer ses forces et ses pouvoirs. Si l’on ne voit que ça, Vampire knight a un petit air morbide. Les visions de Yûki débordent elles aussi de ce sang, et la présence d’un tel liquide est rappelée jusque dans la couleur des couvertures. Toute la série est ainsi rythmée par les morsures, les blessures, les hallucinations … Matsuri Hino insiste beaucoup sur cette notion, peut être un peu trop d’ailleurs : à trop focaliser le lecteur sur un détail évident vu le contexte, l’auteur nous fait passer à côté d’autre chose mais surtout dénature le rapport que l’on entretient avec ce sang. En voulant trop faire croire à un environnement qui frise la violence par son aspect sanglant et macabre, la mangaka nous habitue à ce genre de situations si bien qu’à force elle la banalise : le lecteur ne s’étonne que lorsqu’un volume est dépourvu de sa dose d’hémoglobine ! Une maladresse bien regrettable, qui diminue fortement l’impact sérieux et dur de la série. Et même le détail qui pourrait faire passer le titre pour moins romantique que ce qu’il n’est échoue : l’opposition ancestrale entre les deux clans se noie dans le déploiement impressionnant de sentiments dont est bardée la série. C’est à force qu’on se rend compte que le sang, omniprésent, ne vieillit pas de beaucoup la moyenne d’âge des lecteurs et une telle insistance n’était alors pas nécessaire de la part de l’auteur, qui échoue totalement à élever son histoire par la violence de certaines scènes, souvent bien là (reconnaissons qu’arracher un cœur à main nue n’est pas forcément délicat) mais trop banalisées ou encore noyées dans autre chose.

Comme évoqué précédemment, que serait Vampire knight sans sa base vampirique ? Un shojo tout ce qu’il y a de plus classique. Lesdits sentiments éclipsent donc tout effort pour se dérober au moindre code du shojo. Et puis on a beau parler de sang, que les âmes sensibles se rassurent : aucune scène n’est réellement violente ou peu supportable, loin de là. Tout cet aspect s’inscrit profondément dans le récit sentimental qu’est ce manga, avant toute chose.  Vampire knight en reste un jusqu’au bout des pages, et la valse des sentiments est très certainement ce qu’il y a de plus important dans le titre, bien d’avantage que les conflits entre vampire et hunters. On retrouvera évidemment et de manière plus que flagrante l’habituel trio amoureux. Qui est d’autant plus intéressant que Zero joue le rôle du meilleur ami mais se doit d’être particulièrement proche pour satisfaire ses … besoins, et que Kaname représente quelque chose de particulier pour la jeune fille. Mais ce dernier lui fait également peur, et Yûki s’inquiète perpétuellement pour Zero qui va mal et dépend d’elle tout en étant tantôt agressif tantôt délicat. Troublée par les deux jeunes hommes qui l’entourent, l’héroïne ne sait plus où donner de la tête et c’est encore mieux quand on inclut un amour jugé impossible dans le lot. C’est un shojo à l’état pur auquel on a le droit dans Vampire knight. Déjà, qui dit vampires dit sensualité et amours fidèles. On ne manque pas de déceler ce point dans la narration très sulfureuse de Matsuri Hino : certaines scènes mélangent passion, sang et sentiments troublés : rien de mieux comme mélange pour un shojo. D’ailleurs, l’essentiel de l’intrigue se joue sur les sentiments des protagonistes. Qu’on parle d’amour, d’amitié ou de fidélité, l’émotion est vraiment le maitre mot de l’œuvre.

Ce qui marche particulièrement bien dans le manga de Matsuri Hino, c’est la très longue indécision de Yûki. Ainsi, l’auteur laisse ses lecteurs découvrir les personnages et s’attacher (ou non) à eux afin de diviser les avis pour mieux plaire. Il est bien connu que la frustration et le sentiment momentané de détester la tournure qu’une histoire prend subitement ne fait qu’accrocher le lecteur à sa lecture, par laquelle il sera marqué. Ainsi, certain(e)s se prendront de passion pour Zero, le rebelle ayant besoin de protection et de soutien tandis que d’autres se pâmeront d’admiration devant la confiance, la force et le mystère du beau vampire brun au sang pur et au port de tête gracieux. Le but est alors d’envier Yûki qui est en position de choix, de la détester lorsqu’elle semble l’avoir fait, et de compatir d’autant plus au sort du prétendant rejeté. Qu’on soit satisfait ou pas de la tournure que prennent les sentiments de Yûki, cette évolution permet de tenir les lecteurs (surtout les lectrices) en haleine et de les captiver suffisamment longtemps pour les faire apprécier l’ensemble du manga. Un pari fort bien mené de la part de la mangaka, qui explore avec brio l’incertitude, les hésitations et les faiblesses de l’adolescence. Alors, même si le tout est bardé de stéréotypes, la mise en scène est suffisamment légère (ou contrebalancée par quelques remuements dans le monde des vampires) pour plaire. Il est vrai, toutefois, que la base travaillée et sérieuse du manga se voit quelque peu diminuée face aux styles des vampires (on peut le comprendre, la beauté fait partie du mythe) et des humains (tout du moins à l’origine). La grâce, la beauté et la finesse sont omniprésents dans le manga et à part le directeur, on aurait apprécié des figures plus réelles. A force, les expressions de gravures de mode ont tendance à lasser … De plus, il manque une grande partie humaine dans ce monde de créatures nocturnes. Il y a bien Yori, l’amie de Yûki, mais elle si transparente qu’au final on parle surtout et seulement de vampires. Du coup, on perd l’affrontement, le combat et la cohabitation pacifique, si ce n’est contre ou avec des pions que l’on voit trop peu.

En dehors du trio amoureux, cependant, on appréciera les autres sentiments qui passent dans la lecture. Moins lourds, ceux-ci explorent des pistes parallèles qui sont bien agréables. Notamment, tout le suivi d’Ichiru. Ce personnage, au début effacé, revient en force par la suite et assume son rôle jusqu’au bout. La mangaka aurait pu à de nombreuses reprises s’en débarrasser mais le choix de le faire évoluer tout le long des volumes est très pertinent au vu de l’importance qu’il a eu pour Zero. De même, le simple fait d’évoquer le passé d’Hanabusa est une bonne initiative dans la compréhension des nombreux personnages. L’un des objectifs attendus du manga est d’ailleurs de prêter autant d’attention à chacun des protagonistes afin d’arrêter de se perdre dans des visages que l’on ne reconnait pas.
    
    
               
VAMPIRE KNIGHT by Matsuri Hino © 2004 by Matsuri Hino/HAKUSENSHA Inc., Tokyo.

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