Vampire Knight - Actualité manga
Dossier manga - Vampire Knight

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Sommaire

Publié le Jeudi, 10 December 2009


Plus complexe, plus réussi ?

  
De par ses thèmes, le ton de la narration mais aussi le nombre de volumes déjà sortis, Vampire knight est évidemment plus complexe que les autres œuvres de l’auteur sorties en France. Prenons Meru Puri, qui s’inscrit dans un cadre féérique, peuplé de princes et de princesses. On y retrouve de la magie, de l’enchantement et l’amour est au premier plan. De même, le manga reprend l’idée assez classique de l’étranger débarqué qui doit s’habituer à un environnement dont il n’a pas l’habitude. L’humour est omniprésent, mais c’est surtout le rêve qui prédomine : on envie Airi, on aimerait être à sa place et les obstacles qui se mettent sur sa route nous font l’effet d’un fétu de paille. En fait, Meru puri est une fable d’adolescence qui nous entraîne dans un monde merveilleux tout en gardant un pied dans la réalité. Sans mystère, sans questionnement ni retournement de situation qui ne soit pas prévisible, le titre est d’une douceur rare teintée de beaucoup de rires. Une lecture sympathique qui ne décèle cependant aucune profondeur, sens caché ou même point sur lequel réfléchir. En comparaison, les aventures de Yûki nous semblent délirantes, essentiellement grâce à l’intrigue qui est posée comme base du récit. Wanted, étant un one shot, ne peut par définition pas développer de manière satisfaisante ses personnages. Ainsi, la lecture de l’épopée d’Armeria pour retrouver son amour perdu est si légère qu’elle s’envole dès que l’on pense à autre chose. Certes, la lecture est un bon moment car parsemé d’un humour peu commun et de bons sentiments. Mais un volume unique d’une histoire qui ne se prend pas la tête et dont le but n’est même pas d’exploiter le mystère supposé être la base de l’intrigue ne peut résolument pas rivaliser. Alors oui, Vampire knight est bien plus complexe que ce que l’on connait d’autre de Matsuri Hino. Et ici, qui dit plus compliqué dit aussi plus réussi. On peut alors se passionner pour les modifications de l’histoire, les imprévus et un certain mystère qui a son charme. La mangaka, en installant une base très solide pour ses histoires sentimentales, marque une réelle rupture avec ses autres œuvres, et c’est un constat très positif. Ainsi, la série vampirique s’élève et prend de la distance par rapport à d’autres productions, trop simples ou trop peu approfondies.

S’il est indéniable que c’est la série la plus travaillée de l’auteur, il ne faut pas pousser le vice trop loin … En voulant se démarquer totalement de l’humour enfantin qu’on lui attribuait, Matsuri Hino va trop forcer et, au fur et à mesure que la narration progresse, l’histoire se complexifie mais pas pour le bien du manga. Car au final, cette montée en puissance devient juste un récit brouillon et mal calculé de la part de la mangaka. Elle abandonne son petit scénario de base, suffisamment travaillé avec le Sénat et ses institutions du monde de la nuit, pour se plonger dans les embrouilles, les révélations qui tombent par paquet, des conflits ancestraux qui se réveillent … Au profit de l’intérêt général que l’on peut porter au manga. Il est sûr, alors, que l’effort pour rendre son titre plus sérieux et moins « potiche » est parfois mal maitrisé par l’auteur. La narration devient beaucoup trop théâtrale et combattive, comme si Matsuri Hino voulait instaurer la violence dans un monde de retentissements amoureux, tout ça afin de prétendre à un shojo singulier. On regrette presque la simplicité très pertinente et extrêmement bien maitrisée de l’époque de Shizuka, ainsi que les disputes un peu terre-à-terre et faciles entre les deux prétendants de Yûki. Leur affrontement était bien plus amusant (quoique « facile ») que les débordements de combats incompréhensibles (qui a dit que ce genre de scène par un auteur de shojo pouvaient être extrêmement floues ?) des derniers tomes. De plus en plus, on se mélange dans les histoires voire les personnages tant il y en a et tant certains prennent de l’importance au moment le plus incongru. Déjà que certains points nécessitaient un peu d’attention pour être assimilés, mais les derniers événements réclament une deuxième lecture … Et à partir du moment où l’intrigue nous ennuie, que fait-on ? On se retourne vers les sentiments simples à comprendre, et dans les moments de grande incompréhension on ne trouve plus qu’une Yûki admirative et follement amoureuse de Kaname : pas de quoi se réjouir. La grande maladresse de l’auteur est de simplifier les relations entre Yûki et ses prétendants tout en complexifiant l’histoire principale. Ainsi, quand l’un ennuie, l’autre ne passionne pas … Et c’est là que le lecteur décroche. Vampire knight tombe ainsi, dans un souci de subtilité et d’originalité et une complexification supposé bénéfique, dans une phase qui rebute presque par rapport aux débuts du titre. On a connu le niveau très haut de la série, et le voir descendre ainsi est décevant. On espère que la mangaka saura reprendre sa narration en main et recadrer le tout vers un « avant ». Toutefois, cela semble assez compromis : on revient rarement en arrière après avoir démarré un nouvel arc d’un récit. Vampire knight se dirige alors inexorablement vers d’avantage de déception.

Cependant, ce qui est vrai dans un référentiel n’est pas vrai dans l’absolu, et au final c’est un shojo pas beaucoup plus complexe que d’autre que l’auteur nous propose. Par rapport à ses autres œuvres, il y a du mieux mais en règle générale, Vampire knight exploite le thème assez facile des vampires à la sauce shojo. Ainsi, le romantisme mais surtout les relations entre personnages sont assez évidents, et même si le mélange suspense / amour est plaisant, il ne détonne pas réellement. Yûki, de plus, participe très largement à cette vision de la chose. L’héroïne de la série a en effet une personnalité proche d’une petite fille, dans l’absence d’autonomie la plus totale. Elle est incapable de prendre la moindre initiative raisonnée, satisfaisante et surtout logique dans l’absolu. Elle ne réagit que sous l’impulsion de ses émotions, se languissant dans un état perpétuel tout ce qu’il y a de plus classique dans ce genre de figure. Culpabilité, hésitation, mièvrerie et naïveté se bousculent au portillon des qualités de la jeune fille, ce qui fait d’elle un protagoniste presque transparent, totalement en adéquation avec ce que l’on peut trouver par ailleurs. Ainsi, Vampire knight pourrait paraître complexe au vu de la bibliographie de Matsuri Hino, mais dans l’absolu ses quelques pistes mystérieuses ne sont pas suffisamment exploitées pour en faire une référence du genre méritant sa place parmi les meilleurs. On apprécie le mélange savamment dosé -du moins au début- des sentiments et de l’intrigue, mais tout cela, même associé au légendaire charme vampirique, ne suffit pas pour se démarquer par sa complexité. Les raisons pour lesquelles on apprécie la série sont bien plus évidentes : un shojo classique, simple, mais agréable dans ses prémices.
   
    
              
                 
                   

Au-delà de l’histoire

  
Si quelques réflexions ont lieu d’être au niveau du scénario de Vampire knight, beaucoup moins sont à émettre d’un point de vue graphique. Tout en restant dans l’inspiration shojo, Matsuri Hino livre un travail qui ravira les fans des beaux personnages et des grands yeux. Mais même pour les autres, il faut admettre qu’il est très agréable de contempler certaines pages du manga. Le trait est particulièrement souple et sûr de lui, on ne dénote aucune imperfection dans les proportions ni dans la réalisation des corps, mis à part la finesse caractéristique des visages façon shojo. Pas très original, le style a l’avantage de nous offrir des protagonistes assez variés, malgré leur grand nombre. A part les cousins Cain et Aido qui se ressemblent à cause de leur parenté, la mangaka nous offre différentes physiologies, ce qui est bien agréable et limite l’impression d’être perdu dans la lecture. Car si la base de tous est commune (membres et visages fins et cassants), le regard change ainsi que les coupes de cheveux, élément anodin mais important dans un manga. Si les décors ne sont pas toujours au rendez vous, l’auteur joue beaucoup sur les contrastes et les effets de lumière en arrière plan afin de combler ce manque par des impressions mettant en avant les situations de l’histoire, notamment les différents types de moments (romantiques, souvenirs, coléreux, etc …)

Contrairement à ses précédents travaux, l’auteur nous présente un univers plus sombre et gothique (le thème des vampires, par excellence) et pour le faire ressortir malgré la douceur de ses traits, Matsuri Hino joue beaucoup sur les détails. Ceux-ci sont essentiellement visibles et appréciables dans les tenues des personnages, toujours travaillées et jamais laissées au hasard, mais aussi dans les expressions des personnages, dont les yeux très expressifs sont particulièrement soignés. La mise en page nous permet alors de profiter pleinement de la narration : adapté, le découpage est dynamique sans être anarchique, il permet de bien décomposer les scènes et de donner suffisamment d’importance à certains instants, bref une réussite. A noter aussi que les grands silences des personnages sont sublimés par d’immenses trames et pages entières, afin que l’on puisse apprécier le talent de dessinatrice de l’auteur. Enfin, celle-ci ne se prive pourtant pas, sous prétexte d’un récit plus dur, d’incorporer de nombreux dessins comiques. Ceux-ci mettent en avant les rares instants de décompression du manga, et permettent de souffler un peu entre deux apogées scénaristiques. Ils sont alors ce qu’on leur demande d’être : simples, mais efficaces.

Pour finir, un mot sur l’édition : Panini a tout fait pour valoriser cette série, promue shojo 2009 à la Japan Expo. Entre les goddies proposés, la publicité pour faire vendre Wanted (« par l’auteur de Vampire knight ») et le succès naturel de la série, on pourrait croire que le travail accordé à un titre si important de leur collection serait particulièrement soigné. Et pourtant … Les onomatopées originales gâchent allégrement la lecture, on regrette fortement que la traduction ne soit qu’apposée à côté, sans rien pour nous rendre la chose plus agréable. De plus, la faible épaisseur des pages (entraînant une transparence très embêtante) est visible dans les quelques cases où la mangaka n’a pas jugé bon de rajouter des contrastes pour combler le vide. En somme, un détail qui passerait presque inaperçu …
      
    
             
               
VAMPIRE KNIGHT by Matsuri Hino © 2004 by Matsuri Hino/HAKUSENSHA Inc., Tokyo.

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