Histoires courtes de Kei Ohkubo : Critiques

Critique du volume manga

Publiée le Mercredi, 24 Décembre 2025

Si le manga à succès Arte a fait décoller la carrière de Kei Ohkubo en tant que première série longue et réputée de l'autrice, celle-ci a, auparavant, conçu quelques histoires courtes, et ce sont ces récits de début de carrière que les éditions Komikku nous proposent de découvrir en France depuis le mois de novembre sous le sobre titre "Histoires courtes de Kei Ohkubo. Réunissant cinq récits allant de près de quarante pages à la grosse cinquantaine de pages et initialement prépubliés entre août 2011 et mars 2013 dans des magazines de différents éditeurs (en l'occurrence le Fellows! et son dérivé Fellows! (Q) d'Enterbrain, le Young Gangan de Square Enix, et enfin le Comic Zenon de Coamix dans lequel la mangaka proposera ensuite Arte), ce recueil de près de 250 pages est sorti au Japon en octobre 2024 sous le titre "Ohkubo Kei Tanpenshû".

Pour sa publication française, Komikku a eu la bonne idée de faire coïncider la sortie avec celle du tome 21 d'Arte, qui marque la conclusion de l'histoire principale de la série. Une double parution qui n'est vraiment pas anodine puisque cela a donné l'occasion à l'éditeur de proposer une sympathique petite offre en librairies, avec un lot de trois badges offert pour l'achat simultané de ce recueil et d'un volume d'Arte. A part ça, soulignons tout de suite le soin accordé à l'édition française, avec une jaquette soigneusement calquée sur la version japonaise, agrémentée d'un vernis sélectif et dotée d'une charte graphique très proche de celle d'Arte, une bonne qualité de papier et d'impression, une traduction claire de Julien Lassalle, et une adaptation graphique propre effectuée par le Studio Charon.

Dans "La mariée du dragon", on découvre Nia Bolasquia, une vaillante guerrière qui est aussi la princesse héritière de son royaume. A peine sortie victorieuse d'une bataille, celle-ci est sommée d'aller épouser Mira, le prince du lointain royaume allié de Yuri. Et si elle se demande d'abord pourquoi son père lui inflige un tel destin, elle va vite non seulement rencontrer un prince vraiment pas comme les autres, et comprendre qu'elle a une mission claire sur laquelle reposera l'équilibre de ce monde.
Première histoire de la carrière professionnelle de l'autrice, "Hammer - Hammer" nous propulse, quant à elle, sur une planète lointaine qui est à l'agonie suite à une industrialisation trop intense. C'est là qu'Eve Viris, une puissante jeune fille surnommée le "briseuse d'usines", accomplit sans faillir sa tâche en compagnie de son petit frère adoré Doug, un garçon de douze ans qui mange étonnamment beaucoup et qui semble au premier abord infiniment plus faible que sa frangine... Mais qui sont réellement ces deux jeunes gens ?
Dans "Joute", on découvre Leem, une fille qui se retrouve lourdement endettée à seulement seize ans suite au décès de son père dans un tournoi de joutes. Sous l'oeil de son créancier Vancelas, celle-ci tâche elle-même de rembourser la dette en se lançant dans l'art de la joute. Mais si elle y démontre un vrai talent en ayant été formée par son défunt père, elle devra néanmoins se frotter non seulement à son statut de femme dans une activité purement masculine, et à la sournoiserie de l'homme qui a tué son père.
De son côté, "Faust, l'expert artilleur" nous immisce dans l'Italie du XVe siècle, à l'époque des cités-états en guerre. Jeune artilleur ne manquant pas d'idées mais manquant grandement de confiance en lui à cause de son physique frêle, le voici de retour dans sa ville natale pour épauler, dans un violent conflit, Sofia, son amie d'enfance et la fille qu'il a toujours aimée, devenue à présent la vaillante commandante de la milice civile. Saura-t-il se montrer utile, avec ses connaissances dans les canons, pour aider celle-ci à protéger la cité ?
Enfin, "La fille de l'atelier" nous plonge sous la Renaissance italienne, dans un atelier de peinture où Angelo, un apprenti discret, voit enfin arriver son tour d'épauler un apprenti... ou plutôt une apprentie, à savoir Lavinia, une jeune noble au caractère déterminé. Accueillir une femme dans un atelier à cette époque n'étant pas du tout commun, comment Angelo et les autres gèreront-ils la situation ?

Bien que certains récits apparaissent un petit peu rapides et ponctués de notes d'humour plus ou moins bien dosées (surtout dans les premières histoires, en fait), Kei Ohkubo affiche dans chacun d'eux une belle variété: ainsi propose-t-elle de la fantasy avec son petit lot de créatures fantastiques, de la science-fiction teintée d'un peu d'écologie, du pur récit médiéval et chevaleresque, des contextes de guerre et/ou à connotation historique... Tous ces récits ayant toutefois pour indéniable point commun la peinture de femmes fortes, qu'elles soient héroïnes dans les trois premières histoires ou personnages "secondaires" très impactants dans les deux dernières. Qu'elles affichent un vrai leadership, de la force pure ou une détermination à toute épreuve, on se laisse très facilement emporter par ces figures féminines toutes fougueuses dans leur genre, et ayant à chaque fois un impact considérable sur leur entourage masculin, que ce soit pour faire gagner en confiance à leurs alliés ou pour se confronter à leurs ennemis voire se venger d'eux.

L'autre plaisir du recueil est clairement d'observer les évolutions de la mangaka à ses débuts pour se forger. Evolutions visuelles tout d'abord puisque, d'un trait un peu hésitant et inégal mais déjà très vif et expressif dans les deux première histoires, Ohkubo passe petit à petit à des choses plus précises, plus riches en détails, le tout avec toujours un rythme aussi soutenu que limpide. Et aussi, bien sûr, évolutions thématiques, car il y a une certaine logique dans les avancées des éléments que la mangaka aborde dans chaque histoire, le plus évident se trouvant dans les deux derniers récits qui voient d'abord l'autrice se frotter une première fois à l'Italie d'il y a quelques siècles dans l'histoire de Faust, avant de se focaliser sur un atelier artistique de la Renaissance via le dernier récit qui, sans trop de surprise et comme confirmé dans la postface de l'autrice, a véritablement posé les fondements d'Arte.

Ce recueil s'avère donc assez passionnant à suivre, non seulement pour les qualités intrinsèques de chaque histoire, mais aussi pour le plaisir qu'il y a à observer les différentes évolutions et affirmations de dessin, d'univers, de personnages et de thèmes de Kei Ohkubo qui, très souvent, préfigurent bien ce que l'on trouvera ensuite dans sa série emblématique Arte !


Critique 1 : L'avis du chroniqueur
Koiwai
16.25 20
Note de la rédaction
Note des lecteurs