Critique du volume manga
Publiée le Mercredi, 07 Janvier 2026
Etant donné que son adaptation animée débutera en simulcast sur Crunchyroll le 11 janvier, c'est avec le meilleur timing possible que le manga Tani & Suzuki - You and I are polar opposites déboule dans la collection Genki des éditions nobi nobi!, qui plus est avec la publication simultanée de ses deux premiers volumes.
Achevée en huit tomes, cette comédie romantique adolescente a vu le jour au Japon entre fin 2021 et début 2025 sur le site Shônen Jump+ des éditions Shûeisha et fut le première manga publié de Kôcha Agasawa, mangaka qui a aussi signé en parallèle "Koori no Jouheki", une autre comédie romantique cette fois-ci catégorisée shôjo et à ce jour inédite dans notre pays. De son nom original "Seihantai na Kimi to Boku" (littéralement "Toi et moi sommes aux antipodes", le titre anglais/international utilisé en sous-titre de la version française ayant donc un sens très proche), Tani & Suzuki a d'emblée apporté à son autrice une belle popularité, en ayant rencontré un franc succès dans son pays d'origine, et en ayant fini deuxième aux Next Manga Awards 2022, troisième au Prix du Manga Taishô 2023 et deuxième au Prix national des librairies 2024.
Dans un lycée japonais comme les autres, on commence par découvrir Suzuki, une fille dont le look assez flashy et affirmé ainsi que le débit de parole ne laisse pas trop de doutes sur son caractère bien trempé ! Cette personnalité extravertie faisant qu'elle passe très rarement inaperçue, elle aime notamment l'utiliser pour taquiner à la moindre occasion son voisin de classe Tani, un sérieux et discret garçon à lunettes et à l'apparence banale. Les choses pourraient s'arrêter là, mais la vérité derrière ces apparences est tout autre: si Suzuki embête si souvent Tani, c'est parce qu'elle est à fond sur lui, mais ne sait absolument pas comment lui parler de façon naturelle sans trahir ses sentiments... car le fait est que Suzuki, derrière son caractère prononcé, se soucie en réalité bien trop du regard des autres. Et si vous vous demandez pourquoi une telle fille a flashé sur quelqu'un comme Tani, la réponse est simple: derrière son allure de gars "random", celui-ci donne toujours son avis sans détour, peu importe à qui il parle, et en ne se pliant donc pas aux attentes des gens. Et ça, c'est quelques chose que Suzuki, incapable d'être elle-même comme ça, admire au plus haut point.
Si le coup de l'adolescente cachant ses sentiments derrière ses taquineries n'est aucunement nouveau (on pourrait, sur ce créneau, citer ne serait-ce que les séries Quand Takagi me taquine et Arrête de me chauffer, Nagatoro), Kôcha Agasawa se démarque très vite d'un bon paquet d'autres mangas du genre en étant loin de jouer uniquement sur ce créneau: ici les personnalités totalement opposées des deux protagonistes est surtout un assez savoureux point de départ qui, dès la fin du premier chapitre, va évoluer vers autres choses, dès lors que Suzuki, en comprenant qu'elle devrait arrêter de trop se soucier du regard des autres et être plus sincère envers elle-même, va trouver en elle le courage de faire sa déclaration, en donnant alors rapidement naissance à une relation de couple à laquelle on s'attache facilement.
A partir de là, les premières situations classiques du genre se succèdent: premier rencard, révisions pour les examens... ces étapes faisant soigneusement ressortir les spécificités de chacun des deux personnages principaux, pour un résultat où le tout jeune couple va pouvoir évoluer ensemble. C'est précisément dans ces évolutions que la mangaka frappe juste, tant elle a déjà à coeur d'explorer assez bien les premières avancées de Tani et de Suzuki. Ainsi, au contact de cette extravertie et très expressive petite amie, Tani, au-delà de se demander pourquoi il plaît à celle-ci, commence à capter les subtilités de la communication: lire entre les lignes, percevoir les décalages entre ce que dit une personne et ce qu'elle pense, sont des choses auxquelles il n'avait auparavant jamais réfléchies (ce qui peut aussi expliquer son franc-parler, du coup), et dont il va commencer à prendre conscience au contact de Suzuki. Quant à Suzuki, le fait est qu'auprès de celui qu'elle aime et dont elle admire tant la franchise, elle apprend également petit à petit à véritablement s'aimer elle-même, loin des apparences qu'elle pouvait afficher jusque-là pour se protéger d'on ne sait quoi. Et dans ces évolutions respectives, c'est sûrement la sincérité des deux personnages qui brille le plus: ceux-ci sonnent vrai dans leurs interactions, et on sent pleinement leur bénéfique désir d'apprendre à mieux se connaître au-delà des apparences et autres idéaux.
Le tout est également porté par plusieurs autres qualités. Tout d'abord, la galerie de personnages secondaires se mettant en place montre déjà beaucoup d'intérêt, principalement les potes de nos protagonistes en classe: d'Azuma à Taira en passant par Satô, Watanabe et Yamada, chacun de ces personnages bénéficie déjà de traits personnalité propres, la mention spéciale revenant peut-être pour l'instant à Taira au vu du regard initial qu'il pose sur la relation de couple Suzuki/Tani, avant de se remettre en cause et de comprendre que c'est lui qui catégorise et hiérarchise beaucoup trop les autres selon un statut social et une réputation. Ensuite, le dessin léger et hyper expressif de l'autrice fait très souvent mouche et set vraiment bien l'ambiance générale de ce début de série. Et enfin, l'humour, très présent, fonctionne très bien, ne serait-ce que grâce aux innombrables expressions de Suzuki et à un petit running gag décalé et bien trouvé: c'est qui Gapacho ?
Notre premier avis sur cette série est donc très positif dans l'ensemble: derrière une idée de départ classique, la mangaka a le bon goût de très vite faire évoluer les choses pour aborder avec attachement des personnages qui sonnent vrai autant dans leurs doutes initiaux que dans leurs interactions et leurs avancées ensemble. il y a quelque chose de résolument emballant dans ce très coloré premier tome, si bien que l'on se ruera vite sur le deuxième volume, en espérant qu'ils confirmera ce joli démarrage !
Au niveau de l'édition française, enfin, il n'y a rien de spécial à redire: la jaquette très pop reste fidèle à l'originale japonaise, le logo-titre a été soigneusement adapté par Lucie Archambault, la traduction de Gaëlle Ruel se veut moderne et animée en plus de bien coller au caractère respectif des différents personnages, l'adaptation graphique du Studio Charon est très propre, et l'impression est convaincante en ayant été faite en France chez Dupliprint sur un papier souple et peu transparent.
07/01/2026