Critique du volume manga
Publiée le Mercredi, 24 Décembre 2025
Des années avant sa rencontre avec Serge, Gilbert était un enfant presque sauvage, abandonné par son père et sa mère. Vient le jour d’une rencontre fatidique, celle du petit garçon et de son oncle, Auguste Beau. Chamboulé par la découverte d’un neveu aussi peu sociable, il entreprend de le faire sien par un vrai rapport de domination menant à la dépendance. La machine est en marche, et Gilbert subira les terribles événements qui feront de lui l’adolescent usant de ses charmes et de son corps pour corrompre son entourage…
Après deux premiers volumes déstabilisants par son personnage de Gilbert, mais aussi particulièrement captivants pour tout ce qu’a déjà su développement, montrer et dénoncer Keiko Takemiya en filigrane, la mangaka choisit de revenir sur les racines du plus excentrique des deux personnages principaux. Une décision lourde de sens puisque découvrir le passé de Gilbert nous mènera à le comprendre en vue des développements futurs. C’est donc un début de flashback qui s’ouvre à nous, un retour vers le passé toujours aussi fascinant… mais encore plus sombre et déroutant que ce que l’autrice nous a montré jusque là.
De sa jeune enfance via sa rencontre avec Auguste jusqu’à une époque qui nous rapproche bien plus de son entrée à l’Institut Lacombrade, un large pan de la vie du personnage nous est montré. Une longue évolution de celui qui deviendra la véritable muse sournoise des élèves de son école, ce qui passe par un portrait psychologique saisissant dès les premières pages, puis qui gagne en richesse tout le long de la lecture. Une découverte qui n’est cependant pas à recommander aux âmes les plus sensibles. Plus que jamais, il est question de violences sexuelles et d’agressions au sein d’un milieu aussi cloisonné que toxique, où les sévices que subit Gilbert vont de pair avec un Auguste qui tend à le modeler à son image à chaque fois un peu plus, et au contact d’un autre individu qui résonnera comme un diable pour le petit garçon, et dont nous laissons le « soin » de découvrir le sinistre portrait.
Il est indéniable que Keiko Takemiya avait déjà une maîtrise de son récit et de ses personnages avec ce troisième opus, ce qui concerne aussi la figure d’Auguste qui, aussi mauvaise et manipulatrice soit-elle, a droit à ses moments de nuance, une psychologie dévoilée et une obscurité en lien avec un passé tout aussi sinistre que celui de Gilbert. Dans cette tragédie, tous ces développements font mouche et attestent la richesse d’un manga qui est pourtant loin de nous avoir tout dévoilé. La prouesse est d’autant plus forte que lors des nombreuses scènes violentes et viscérales, la mangaka exploite toujours sa narration et son trait, tristement somptueux, pour dépeindre les pires atrocités sans les montrer dans le détail. Sa mise en image n’en reste pas moins violente, faisant souvent virer ce troisième tome dans une horreur humaine.
Le rythme de parution français nous permettra de souffler tant il est impossible de ne pas sortir secoués de la lecture. Un délai qui nous permettra aussi d’émettre mille et une hypothèses quant à la suite, que ce soit par cette manière de développer le « mal » avant de faire revenir le « bien » en la personne de Serge ou par ce qui pourrait encore mener Gilbert au profil qu’on lui connaît dans la temporalité présente. Notons d’ailleurs qu’au terme de cet opus, le caractère manipulateur et calculateur du jeune garçon nous permet une nouvelle fois de comprendre les influences que le manga de Keiko Takemiya a pu avoir sur les œuvres plus contemporaines, tant ce type de protagoniste a souvent trouvé sa place dans le manga, peu importe ses genres et ses étiquettes.
12/12/2025