Skip Beat ! - Actualité manga
Dossier manga - Skip Beat !

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Sommaire

Publié le Jeudi, 04 April 2013


Au-delà des sentiments, un univers sans pitié : le showbiz

 
 
Une fois que l’on se préoccupe de Skip Beat !, impossible de passer à côté d’un de ses thèmes phares, à savoir le Showbiz dans sa généralité. Tout le monde a une fois dans sa vie entendu parler d’un tel organisme, mais bien souvent, ils ne savent pas concrètement à quoi ils ont réellement affaire. Pour éclaircir cette problématique, on va essayer dans un premier temps de saisir en quoi consiste ce Show business aussi grand que mystérieux pour finir par s’intéresser à l’évolution même des personnages dans un tel milieu.


Promenade en terrain miné


Dire qu'évoluer dans le milieu du showbiz est tout sauf un filon, ce n'est bien évidemment une surprise pour personne. Et Skip Beat mettra cela en avant d'excellente manière et la plupart du temps au travers de Kyoko, mais aussi parfois via d'autres personnages pour un résultat qui n'en sera pas moins intéressant pour autant. Mais, avant tout, il serait bon de remettre quelque peu les choses en place et de rappeler quelques spécificités propres à ce milieu au Japon. La première chose qui nous vient à l'esprit est le principe des "idols", autrement dit de jeunes femmes ou hommes hyper-médiatisés et officiant aussi bien en tant que chanteur qu'acteur en passant par modèle. Sous contrat pendant quelques mois ou quelques années, les "idols" sont donc dans la très grande majorité des cas particulièrement éphémères et leur survie dépend presque exclusivement du succès, surtout d'un point de vue physique, qu'elles ont auprès du public. Si elles ne parviennent pas à se faire aimer, s'en est fini de leur carrière. Bien entendu, si au Japon ce constat est évident, celui-ci s'applique bien au-delà des frontières du pays du Soleil Levant et, ce n'est plus à démontrer, la popularité d'un artiste prime régulièrement sur son réel talent pour le domaine dans lequel il officie. Concrètement, une star ne peut vivre que si elle est désirée du public. Sa carrière dépend entièrement de l’amour que ce dernier lui porte.

Dans Skip Beat, on peut très facilement faire un parallèle entre ce qu'il vient d'être dit et la fameuse section "Love Me" dont le nom se veut d'ailleurs particulièrement explicite. Une fois dedans, il nous est demandé de réaliser diverses tâches allant de la plus ennuyeuse à la plus farfelue afin de récolter des bons points et de se faire aimer par ses pairs. Tout un programme ! L’entrée dans l’agence LME est d'ailleurs soumise à un test. Ce test permet d’établir si une personne dispose de talents qui méritent que l’agence mise dessus. Lors du test, les candidats doivent impérativement taper dans l’œil du président sinon ils n’intègrent jamais l’agence. En outre, l'agence dispose aussi d'un centre de formation sous la forme d'un organisme mis en place par LME productions pour le développement des jeunes talents. La section acteurs de LME peut alors par exemple faire appel à ceux qui y obtiennent d’excellents résultats. Ces derniers rejoignent alors l’écurie de LME. Programme : entraînement vocal, danse traditionnelle, ballet, danse moderne, escrime, etc. Pour pouvoir y entrer, il faut toutefois passer un examen d’entrée et payer une certaine somme. Au-delà de ça, on pourra également constater l'importance accordée à l'opinion du public lorsque celui-ci réclame à corps et à cris le retour de Bô, la mascotte incarnée par Kyoko malgré et ce, malgré ses déboires qui auraient dû lui valoir les foudres de son employeur. Voilà qui ne manquera en tout cas pas de nous arracher l'un ou l'autre fou rire tout à fait savoureux. Et donc, s'il apparaît clairement que Yoshiki Nakamura traite la chose avec humour et légèreté, ce n'est pas pour autant qu'il n'y a rien à en tirer et elle ouvre ainsi la porte à davantage de réflexion de notre part sur le sujet.

Mis à part l'importance du regard et de l'opinion du public, il est aussi indispensable d'évoquer combien le milieu peut se révéler gangrené de l'intérieur. Les coups bas entre les artistes sont fréquents pour peu que l'un d'eux ait quelque chose à y gagner, et c'est encore mieux s'il peut soulager son égo dans l'aventure. Rukiko, que Kyoko rencontrera sur l'un de ses tournages et dont on reparlera plus en détail par la suite, est un bon exemple de cet état de fait. En outre, il ne faut pas non plus négliger l'importance de l'argent et des relations afin de s'approprier l'un ou l'autre rôle pour lequel on n'était pas forcément prédestinés. Cet état de fait sera illustré dans la série quand Mlle c’est-un-scandale sera confrontée au retour d’une des personnes qu’elle redoute au plus au point, une rivale qui n’a eu de cesse de l’écarter des premiers rôles grâce à l’un de ses plus gros talents : l’argent. Cela démontre bel et bien le pouvoir désastreux que peut avoir l’argent dans le Showbiz…
Cependant, malgré les nombreux obstacles qui se dressent sur leur chemin, que ce soit Kyoko ("Je suis bien décidée à être tellement demandée que même les producteurs aussi influents ne pourront plus m'ignorer!") ou Kanaé ("Selon toi, ton talent ne peut vraiment pas surpasser l'argent ? On aura beau brûler de le posséder, le talent ne s'achète pas !"), chacune parviendra au final, à force de volonté et bien aidées par leur talent inné, à s'imposer et progresser sur ce terrain miné qui ne fait aucun cadeau.
 
 



Rendez-vous avec le destin


« L’arme dont tous les êtres humains sans distinction disposent dès la naissance, c’est l’aura ! »

Voici que débarque Kyoko sous ses grands airs vengeurs pensant dans ses fantasmes arriver à ses grandes heures de gloire telle une célébrité riche, talentueuse et au-dessus des autres. Mais une fois qu'elle redépose pieds sur terre, il lui faut malgré tout constater que le milieu dans lequel elle est à deux doigts d'entrer n'est pas un univers aussi clément et gentil qu'elle le pensait au départ. D'entrée de jeu elle se confrontera au scepticisme de "la" star de LME Productions, Ren Tsuruga. Homme qui voit déjà la carrière de Kyoko morte dans l'oeuf. Mais c'est sans compter sur sa détermination de fer accompagnée de son armada de Kyoko-spectrales qui sont prêtes à faire des malheurs dans l'univers des acteurs. Comme nous l'avons déjà mentionné auparavant, notre héroïne arrivera à "convaincre" Takenori Sawara, responsable de la section variétés. Toute fière de sa réussite, elle déchantera cependant rapidement lors de l'examen d'entrée de LME. Après avoir échouée au test, Lory lui laissera toutefois une chance en intégrant la section « Love me », section qui aura pour but de lui redonner ce sentiment appelé amour qu’elle a perdu.
 
Si Kyoko se réjouit de la nouvelle chance qui lui est donnée, elle devra en contrepartie faire avec les obligations qui en découlent. Les membres de cette section sont là pour se faire « aimer ». Pour cela, ils doivent accomplir toutes les tâches qui leur seront données par autrui et récolteront en retour des points. Ceux qui obtiendront d’excellents résultats bénéficieront par la suite d’un début fracassant dans le showbiz entièrement orchestré par l’agence. Ainsi, Kyoko a le grand honneur de devenir le premier membre incontesté de cette illustre section, hum… Mais s’arrêter là dans les privilèges serait un outrage, elle reçoit donc en prime un carnet à tampons (pour récolter les points) et une magnifique combinaison rose flashy accompagnée d’un honorable blason  « Love Me » sur le cœur ainsi qu’un superbe écusson « Love Me » dans le dos. Quel insigne honneur ! Et pour inaugurer cette entrée royale en fanfare, fêtons tout cela à coups de nettoyage de chewing-gums incrustés sur le sol. Comme on peut le pressentir, notre héroïne n’en sera que plus heureuse…
 
Entrer c'est une chose, mais notre héroïne devra cette fois se confronter et se maintenir dans un monde qui lui est encore totalement inconnu. Sans vraiment se poser de questions, d'instinct, notre nouvelle recrue va s'orienter vers le domaine des comédiens. Évidemment, comme toute débutante, Kyoko va démarrer sa carrière par des jobs assez ingrats et primaires. D'un côté, elle doit subir des emplois banals et peu engageants (travailler dans une station-service) pour pouvoir subvenir à ses besoins et se maintenir dès à présent dans le showbiz. Et de l'autre côté, elle commence sa carrière d'actrice par de petits rôles ne la mettant a priori pas du tout en valeur telle que son job de mascotte de volatile enrobé qui s'appelle Bô. Cela a cependant pour avantage de marquer définitivement son début dans le showbiz. Une fois le rôle de Bô entamé, il lui sera confié une nouvelle mission qui a pour but d'aider Rukiko, une chanteuse en vogue, qui est sur le point de jouer dans un film mettant en place une sorte de récit de Cendrillon revisité pour coller au cadre de la fin du XIXème siècle japonais. Loin d'être un ange envoyé par Dieu, Rukiko, sous ses faux-semblants de princesse (aux yeux de Kyoko, tout du moins), s'avère être une vraie peste doublée d'une capricieuse. Touchée temporairement par la cause de cette embêtante chanteuse, cela coûtera une jambe à notre héroïne ainsi qu’une haine inexpliquée à son encontre pour que celle-ci se rende enfin  compte de la véritable nature de la sorcière qu'elle sert. Ainsi, c’est au contact de Rukiko que Kyoko s’éveillera à l’adversité du showbiz et au jeu d’acteur. Voilà donc les premières bases mises en place et sans spoiler l'oeuvre, Kyoko évoluera petit à petit par les divers rôles prenant chacun la forme d'une nouvelle épreuve pour notre héroïne. Que ce soit dans la peau d'un bel ange vengeur dans un clip musical ou en tant que personnage de Mio dans la série télévisée Darkmoon, Kyoko va petit à petit trouver la méthode qui lui convient le mieux pour s'imprégner de ses différents rôles. Bien que cette méthode lui permette de construire une personnalité à part entière, cette interprétation ira de prime abord souvent en contradiction avec l'image initiale que s'était fait le réalisateur du personnage en question. Ce procédé consiste à créer de manière concrète un personnage aussi bien psychologiquement que physiquement pour pouvoir par la suite s'identifier de façon effrayante et réaliste au protagoniste qu'elle a pour mission d'incarner. Cette identification est poussée tellement loin qu'on a l'impression d'être confronté à un personnage en chair et en os. Et, au-delà de ça, Kyoko a aussi tendance à tellement s’imprégner des personnages qu’elle joue qu’elle se retrouve parfois dans leur peau même en dehors des moments de tournages. Cette manière de transformer complètement sa personnalité lorsqu’elle entre dans un rôle n’est pas sans rappeler la manière de procéder de certains acteurs bien réels (Daniel Day-Lewis, par exemple). 
 
En marge de son énorme potentiel, Kyoko est encore loin d'atteindre le summum en matière de jeu d'acteur comme c’est le cas de certains comédiens tel que Ren. Bien que talentueux, on ne peut pas toujours observer les prédispositions artistiques de ce dernier, car il ne joue sérieusement (ce qui n’arrive pas toujours) qu'auprès de personnes passionnées par leur métier. Et quand celui-ci joue sérieusement, son jeu d’acteur atteint un tel niveau qu’il peut manipuler son partenaire de jeu là où il veut, peu importe l’acharnement de son camarade pour lui tenir tête. « Si la personne qui lui donne la réplique est supposée tomber amoureuse de lui, il la fait réellement tomber amoureuse de lui. Si elle est supposée avoir peur, il lui fait réellement peur. Le jeu d’acteur de quiconque donnant la réplique à Ren cesse d’être un jeu et devient la réalité ». Ce constat ne plaira évidemment pas à notre héroïne, surtout en l’expérimentant directement auprès du principal intéressé. Elle jugera cela comme une manipulation à distance de la part du beau gosse, sentiment qui renforcera dès lors un peu plus son désir de pouvoir jouer avec lui et avec un talent égal au sien. Ren est donc devenu officiellement son rival !
 
Kanaé n'est pas en reste non plus, mais avant d'aborder toute l'étendue de son talent, petit retour historique. Mlle c'est-un-scandale a eu l’infini « privilège » de devenir le deuxième membre incontesté de la section « Love Me ». Après avoir passé brillamment les deux premières phases de l’audition des nouveaux talents, elle n’a pu cacher lors de la troisième étape que l’amour (élément indispensable) lui faisait à elle aussi défaut. Elle a également fortement aimé le nom de « Love Me » ainsi que son beau costume rose en signe de bienvenue… De son côté, Kyoko sera (réellement pour une fois) contente d’avoir un nouveau camarade pour partager sa malédict…bénédiction, je veux dire… Revenons à présent à nos moutons, Kanaé a le don de simuler en un temps record toutes sortes d'émotions (notamment la scène des larmes) et peut retenir un script en peu de temps.
  
 
  
  
  

Shojo atypique par rapport à ses consœurs ?

 

Tous les sujets abordés jusqu’ici nous ont prouvés que Skip Beat ! était un shojo des plus atypiques, mais est-ce formellement et totalement le cas ? Pour pouvoir y répondre, il est temps de s’intéresser quelque peu au style de Yoshiki Nakamura, celui qui permet à la série de nous dévoiler énormément de qualité, mais aussi, et c’est bien légitime, l’une ou l’autre faiblesse qui, rassurez-vous dès maintenant, n’abaisse que de très faible manière le niveau global de la série.

Dès le départ, l’auteure opte pour un rythme constant qui ne souffre d’aucun véritable temps mort. Cela ne veut pas dire pour autant qu’elle précipite les choses et qu’elle nous perd en cours de route. Quand c’est nécessaire, elle est tout à fait capable de ralentir la cadence. Le premier tome de la série représente cela à merveille en prenant le temps de nous présenter en détail Kyoko sous son apparence d’alors avant de la transformer radicalement, là où certains auraient pu se contenter d’une présentation sommaire et finalement aussi peu intéressante qu’instructive. Cet atout va, au final, lui permettre de garder le lecteur en haleine de manière continue et d’offrir une intrigue profitant d’un intérêt constant de notre part. Et cela est clairement renforcé par le fait que l’auteure semble parfaitement bien savoir où elle va et comment orienté son intrigue. Qui plus est, en évitant de s’embourber dans un univers totalement réaliste, elle allège son récit de thématiques qui auraient sûrement pû se montrer intéressantes à traiter (la déscolarisation de Kyoko notamment), mais qui, dans le cas présent, ne se prête pas vraiment au style de l’œuvre dans la mesure où on est ici face à un shojo et non pas un josei. Bien entendu, on pourra toujours considérer cela comme une simple facilité scénaristiques parmi d’autres, témoignant d’une paresse de Nakamura. Ici, chacun sera libre d’en faire sa propre interprétation, toujours est-il que la première solution émise semble la plus probable. Autre point positif de ce choix de ne pas coller totalement à la réalité : la possibilité pour l’auteure d’intégrer des éléments qui n’auraient autrement pas lieu d’être (les Kyoko spectracles notamment), mais qui servent totalement la série en ajoutant une touche d’humour non négligeable.

A côté de ça, on notera également que si Yoshiki Nakamura impose un passé, voire même un présent, relativement lourd à bon nombre de ses personnages, elle parvient tout de même à éviter de tomber dans un abus de pathos infini où chacun se lamente sur son sort jusqu’à ce que mort s’en suive. A contrario, les protagonistes qu’elle met en place ont tendance à prendre le taureau par les cornes et à réagir (jusqu'à devenir eux-mêmes le taureau en question), quelle que soit la situation donnée. C’est en grande partie cela qui nous évite à Skip Beat! de tomber dans les mêmes travers que bon nombre de shojos à tendance larmoyante non pas de par la qualité de leur histoire, mais du fait de l’apathie contagieuse de leurs personnages. Par contre, là où la série rejoint d’autres œuvres mièvres et sans saveur, c’est au niveau de la vitesse à laquelle se développe la relation amoureuse entre les différents intervenants. En l’occurrence, cela peut plus ou moins se justifier de par le caractère assez particulier de Kyoko, mais, malgré tout, voir les choses avancer un peu plus vite ne serait pas de refus !

Enfin, une fois plus avancé dans la série, on pourra aussi constater que Nakamura a un peu de mal à renouveler complètement les différentes situations face auxquelles Kyoko se retrouve confronté. En effet, si le décor change forcément à chaque fois, on se retrouve cela dit presque systématiquement avec une Kyoko d’abord en difficulté, ensuite en phase de recherche afin de comprendre le prochain rôle qu’elle doit jouer, et, pour terminer, mise en avant grâce à la qualité de son interprétation, avec tout ce que cela implique sur ses pairs. Toutefois, l’auteure ne tombe jamais pour autant dans de la redondance pure et dure ou tout simplement dans le ridicule et parvient à nous faire oublier ces quelques défauts grâce à un mélange parfaitement équilibré entre délire et sérieux.
   
   

SKIP BEAT! © 2002 by Yoshiki Nakamura / HAKUSENSHA, INC.

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