Princess Jellyfish - Actualité manga
Dossier manga - Princess Jellyfish

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Publié le Mercredi, 18 September 2013


Une passion avant tout

 
 
Le manga est clairement basé sur la culture otaku, puisque toutes les habitantes de la résidence Amamizu sont animées par une passion. Chacune aime une chose particulière de façon monomaniaque. Et ce qu’il y a de bien, c’est que l’auteur montre clairement que peu importe le centre d’intérêt, quand on aime, on aime. Elle met d’ailleurs en avant le côté un peu saugrenu de certaines passions, comme les trains ou les hommes plus âgés, ou même les méduses. Mais on se fiche de savoir ce qui les passionne tant, au final. Ce qu’il est important de retenir c’est que, peu importe sa passion, on doit la vivre à fond et il est même légitime de vouloir l’incarner, de tout rapporter à cela. Princess Jellyfish, c’est une grande bouffée de bonne humeur, un univers dans lequel on se reconnait facilement puisque les intérêts sont aussi variés qu’originaux voire étranges, permettant ainsi à chacun de laisser s’exprimer sa passion à lui, sans rentrer dans un moule défini et limité. En tant que lecteur de manga, on peut par exemple être absolument fan d’une série en particulier, d’un jeu vidéo, ou même de totalement autre chose, et se reconnaître alors dans la lecture. On voit d’ailleurs le bonheur que cela procurer aux Amars (le nom données aux locataires de la résidence Amamizu) d’aimer si fort quelque chose en particulier. Mais en même temps, cela nous donne une vision parfois négative sur leur condition. Après tout, elles ne travaillent pas, n’ont pas continué leurs études, et ne peuvent pas subvenir seules à leurs besoins. Ce sont leurs parents qui les entretiennent, et elles n’ont aucune relation sociale en dehors de la maison. En d’autres termes, elles s’enferment dans leur quotidien et se ferme au monde extérieur, s’isolant complètement. Alors au final, on en revient à l’histoire de la poule et de l’œuf. Qui est responsable ? Est-ce leur passion qui les a coupé du monde, ou bien leur exclusion de ce dernier qui les pousse à se jeter à corps perdu dans leur intérêt ? Sans doute un peu des deux.

Le message est donc double de la part de l’auteur, et d’autant plus avec l’arrivée de Kuranosuke. En effet, ce dernier a lui aussi une passion irraisonnée. Il aime la mode féminine au point de se travestir. Le chauffeur de sa famille aime quant à lui les voitures de luxe plus que toute autre chose. Il y a donc bien des otakus qui vivent normalement, sans que cela ne les empêche d’avoir des rapports sociaux. Et c’est aussi un point particulièrement pertinent du manga, que de nous montrer qu’être monomaniaque ne se fait pas que d’une manière. Kuranosuke ne se rend sûrement pas compte à quel point il ressemble à ces otakette qu’il critique au début. Mais la différence entre eux, c’est qu’elles l’assument et le vivent pleinement en se coupant du reste du monde, alors que lui cache sa passion, la couve, la garde pour lui tout en essayant de la dénigrer au jour le jour pour paraître normal. Et qui, finalement, en est le plus heureux ? Voilà une des questions que la lecture du manga soulève intelligemment. Quelle place donner à ce qui nous fait vraiment vibrer ? Accepter ou pas de piétiner sa raison de vivre pour paraitre comme tout le monde ? Après tout, l’Homme a besoin de se fixer sur quelque chose, sur une passion, pour continuer à vivre et endosser les tracas du quotidien. Ne serions-nous pas tous otaku de quelque chose sans le montrer, préférant conserver cette apparence de normalité, de peur que quelqu’un critique ou dénigre ce qui a tant d’importance ? Les Amars, elles, se sont trouvées et peuvent vivre leur idolâtrie en toute tranquillité entre elles, et si Tsukimi fuit la société c’est très certainement par peur que la première personne venue critique son amour des méduses, les trouvent répugnantes ou la trouve elle-même étrange et bizarre. C’est une façon comme une autre de se protéger.
 
 
 
 
 
La vision des autres mais également la vision que les Amars ont du reste du monde sont donc les deux faces d’une même pièce primordiale dans la narration de la série.  C’est particulièrement bien vu lorsque l’auteur aborde le problème de « changement » de nos otakettes, pour les rendre « plus belles plus présentables plus normales ». Kuranosuke va essayer de les changer, de les habiller maquiller coiffer pour les sortir de leur quotidien. Un passage très amusant, qui plus est parfaitement adapté à l’esprit de la série et du personnage. On apprécie de voir que le physique ne change que le regard des autres sur elles et en aucun cas leur personnalité, toujours aussi étrange, renfermée, exclusive. Otaku. En effet, le physique a à la fois une grande force et très peu d’impact. Il change totalement la manière dont les autres regardent les filles, mais en même temps ne modifie absolument pas leur façon de penser, de vivre. Parce qu’elles sont entières, parce qu’elles n’ont jamais caché leurs passions entre elles et qu’elles n’ont donc pas pour habitude de jouer double jeu. Accrochées à leur mode de vie confortable, il est hors de questions qu’elles acceptent subitement de devenir autres juste parce que la société le décide. Et pourtant, à travers l’arrivée de Kuranosuke dans leurs vies, les filles vont bien être obligées de découvrir le monde.

Mais au final, « otaku », c’est quoi ? Ce n’est qu’une facette d’un dé où l’on peut trouver bien d’autres expressions, comme nerd, geek, nolife, fujoshi (l’otaku au féminin, ou « fille pourrie », initialement utilisée pour les lectrices de boy’s love puis élargi aux filles otaku). Des mots que l’on entend de plus en souvent, qui sont à la mode depuis quelques années, en France comme au Japon alors qu’initialement ils avaient un sens péjoratif. Ils font maintenant partie intégrante de la culture, et ces anti-héros des temps modernes permettent à bien des personnes ordinaires de se trouver une identité, une appartenance à un groupe. Au départ, « otaku » signifie « votre maison », et était utilisé de manière polie pour vouvoyer quelqu’un. A présent on s’en sert davantage pour signifier quelqu’un qui a une passion « d’intérieur » et qui reste donc enfermé chez lui. Si on utilise de plus en plus le terme « hikkikomori », la signification est la même. Des séries comme Genshiken, Bienvenue à la NHK ou Otaku Girls l’ont mise à l’honneur. Et si au Japon ce terme continue de sous-entendre une rupture de lien social, en France il tend à se débarrasser de cette connotation. En effet, de nombreux otaku ou geeks se rassemblent de plus en plus pour partager sur leur passion, dans des conventions, des associations, des clubs … C’est pourtant le terme « nolife » est de moins en moins usité, allant contre l’idée qu’un otaku en France peut tout à fait avoir une vie sociale épanouie.
 
 

KURAGE HIME © 2009 Akiko Higashimura / Kodansha Ltd.

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