Dossier manga - Oh! Great

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Sommaire

Publié le Jeudi, 12 August 2010


Si Oh! Great (大暮維人 - Ôgure Ito) n'a pas une carrière très longue derrière lui, beaucoup de gens connaissent déjà ce pseudonyme si particulier et prétentieux. Souvent contesté, et contestable, l'auteur d'Enfer et Paradis et d'Air Gear fédère autant qu'il repousse, avec une horde de détracteurs s'arrêtant sur l'aspect "cul et baston" de ses œuvres, et une troupe de fans fidèles mais qui peu à peu se perdent dans la complexité de ses scénarios. Qui a raison, et qui a tort ? Nous proposons ici une analyse de la personnalité et du style si unique d'un des auteurs les plus sulfureux de sa génération.
 
  

Biographie

 

Hasard ou destin ?

Avant de connaître Oh! Great, il faut d'abord découvrir Ito Ôgure. Né le 22 février 1972 dans la ville de Hyuga, de la préfecture de Miyazaki, le futur mangaka n'imaginait surement pas devenir l'homme qu'il est actuellement. Dans sa jeunesse provinciale, les seules lectures mangas disponibles étaient essentiellement celles du Weekly Shonen Jump, alors à son apogée et regroupant les meilleurs auteurs du moment. Mais le jeune adolescent était intéressé par des séries plus décalées que cette culture mainstream. C'est ainsi qu'il s'est orienté vers la lecture de magazines érotiques alors en plein essor, comme Hot Milk, de l'éditeur Core Magazine, où étaient publiés des auteurs comme U-Jin ou Tô Moriyama, ou encore Manga Burikko (Eiji Otsuka, Erica Sakurazawa,...). Le manga reste néanmoins un simple hobby pour le jeune homme. En effet, Ôgure ne pense pas pouvoir vivre de ses œuvres, et devient rapidement un employé de bureau, avec une vie bien rangée et un projet de mariage en vue.
 
Cependant, les aléas de la vie ont changé la donne. Le jeune homme a le défaut d'être joueur et se retrouva très vite criblé de dettes à cause de sa passion pour le pachinko (machine à sous très populaire au Japon). C'est à la même époque que sa copine décida de le larguer. Ainsi, Ito Ôgure décida de tenter sa chance dans le monde du manga, non pas par passion, mais pour rembourser ses créances de jeux ! En 1993, il écrit une histoire courte intitulé "Le type le plus musclé du monde" et la proposa à un concours organisé par le magazine Hot Milk. S'il ne le remporta pas, il en fut néanmoins un des lauréats et repartit avec la somme de 100 000 yens (environ 800 euros). Mais au delà de cette récompense financière, l'auteur en herbe se fit remarquer par ses pairs. C'est ainsi qu'il décida, deux ans plus tard, de quitter son emploi et de devenir Oh! Great, pseudonyme issu tout simplement de son nom. En effet, rappelons qu'au Japon on place le nom avant le prénom, ce qui donne : "Ôgure Ito" = "Ô Gurêto" = "Oh! Great". C'est à croire que jusqu'à son patronyme, tout destinait le jeune salaryman à devenir un "grand roi" du manga!
  
   
     

Oh! Great et le hentaï: les trois trésors divins

C'est donc par des histoires au contenu érotique et pornographique qu'Oh! Great démarra sa carrière, avec des nouvelles très courtes, de quelques chapitres. L'une de ses premières œuvres, qui aida à le faire connaître, s'intitule "September Kiss", mettant en scène un triangle amoureux et passionnel entre trois amis d'enfances, se réunissant au club d'art du lycée, avant de les retrouver dans leurs études supérieures. Une autre histoire, "Le Syndrome de Peter Pan", reprend le conte du célèbre enfant qui ne veut pas grandir mais avec un héros au féminin, un Capitaine Crochet bien plus terrifiant que la version de Disney et une Wendy hermaphrodite réincarnée dans le monde contemporain. L'auteur ne se pose aucun tabou et exploite toutes les facettes du sexe, même les plus extrêmes, du sadomasochisme au triolisme en passant par l'onanisme voire la zoophilie comme dans la nouvelle "Blue".
 
  
  
Néanmoins, il y a déjà là les bases de l'éclectisme du mangaka qui, bien loin d'offrir du sexe pour du sexe de manière gratuite, peaufine l'ambiance et l'univers de chacun de ses récits, passant par le fantastique, l'heroic fantasy, la science fiction ou tout simplement des tranches de vies. Par exemple, dans le court chapitre intitulé "Ma Belle", où un couple fait l'amour sous une chaleur torride et sans climatiseur, la narration se fait du point de vue de l'héroïne, le tout avec un graphisme très épuré, dépourvu de trames, rappelant certains joseis. Un sentiment d'extrémisme rejoint tous ces récits pourtant si différents, virant parfois à l'obsession, comme dans "Un amour d'été", où une jeune lycéenne devient érotomane suite à sa première expérience sexuelle, voire au très grotesque, comme pour "L'héroïne de l'apocalypse : la légende du Super Messie"  qui joue la carte de la parodie du récit d'aventures mais sans aucune saveur. Le cerveau de l'auteur bouillonne déjà de nombreuses idées qui partent déjà dans tous les sens et qui manquent d'espace pour pouvoir marquer les esprits. Dès lors, Oh! Great ne peut plus se cantonner aux simples récits érotiques.
 
   
  
La plupart des nouvelles précitées furent prépubliées dans Hot Milk, magazine auquel l'auteur resta fidèle de nombreuses années, en réalisant notamment de nombreuses illustrations couleurs souvent en couverture. De septembre 1999 à septembre 2000, il offre un rendez-vous mensuel d'une page, "General Bondage", décrivant différentes techniques de sadomasochisme, à base de cordes, de fils, d'aiguilles,... Oh! Great osa néanmoins une première infidélité à son magazine fétiche avec l'histoire "Bulles de Savon", racontant la déchéance d'un jeune couple. En suivant l'initiative d'un de ses confrères, Tenjiku Ronin (auteur de Convoitise), l'auteur changea de pseudonyme et de style graphique avec pour défi de ne pas se faire démasquer. Le dessin est alors radicalement différent, avec des traits très gras, très prononcés, proches du graffiti, mais quelque part cette expérience lui aura servi pour ses futures œuvres. Il faudra attendre 2004 et la parution du recueil Naked Star pour qu'enfin, la vérité soit révélée !
  
La publication en volume reliées s'effectua dans trois recueils principaux, qui sont Engine Room (1995), 5-Five (1996) et Junk Story (1998). Ce dernier est également le titre d'une des nouvelles les plus importantes du mangaka, dans un univers cyberpunk très développé et qui ne demandait qu'à s'étendre, notamment au vu des croquis préparatoires suivant l'histoire. Ces trois recueils sont encore considérés par les fans les plus puristes comme "Les trois trésors divins d'Oh! Great", en référence aux trois symboles traditionnels de la monarchie japonaise : l’Épée (kusanagi no tsurumi), le Miroir (yata no kagami) et le Joyau (yasakani no magatama). En effet, les jeunes lecteurs découvrent aujourd'hui Oh! Great comme un auteur plus sage, et ces trois recueils représentent un vrai Graal pour ceux qui se prétendent fanatiques du maître, de part leur rareté et par l'aspect interdit que suscite leur contenu.
  
   
    
Hors du Japon, ces recueils sont réunis sous les séries Silky Whip et Silky Whip Extrême. C'est cette version qui sera francisé par l'éditeur SEEBD sous leur label érotique BD Erogène,  avec le titre La caresse du fouet, publiée en 4 tomes de Septembre 2000 à Novembre 2002. L'éditeur ayant fait faillite depuis, ces volumes deviennent à leur tour totalement introuvables et se disputent parfois sur les sites de vente par correspondance à des prix défiant l'imagination!
  
 
 
Quelques années plus tard, l'éditeur Asuka revint à son tour sur les œuvres érotiques d'Oh! Great en publiant tout d'abord en avril 2009 son dernier recueil, Naked Star, paru à l'origine en 2004, et réunissant les dernières bribes oubliées de l'auteur, ainsi que d'autres nouvelles moins érotiques. En janvier 2010, c'est au tour de Junk Story de connaitre enfin une édition digne de ce nom et respectant l'originale (mais avec une couverture inédite), offrant ainsi aux lecteurs français les essais les plus anciens du maître en dernier, afin de boucler la boucle !
 
 
 

L'après "Hot Milk"

La première réalisation non pornographique d'Oh! Great date de 1996. Il s'agit de Burn-Up W, qui est l'adaptation de la série animée éponyme, faisant partie de la saga (majoritairement en anime) Burn-Up ! , racontant les enquêtes de choc d'un groupe de policières nommées "Team Warrior", dans un Tokyo  futuriste. De l'action, du fan-service à souhait,... voilà qui était dans les cordes du jeune auteur ! Néanmoins, la série fut interrompue très rapidement, au bout du deuxième chapitre, suite à la disparition de son magazine de prépublication, le Shonen Captain de l'éditeur Tokuma Shoten. Ces deux chapitres ainsi qu'un troisième inédit furent néanmoins publiés deux années plus tard dans un recueil intitulé: Burn Up : Excess&W, réédité également en 2008.
 
   
 
En 1997, l'auteur décida de commencer un manga seinen. Il se tourna alors vers le mensuel Ultra Jump de la Shueisha, magazine célèbre pour des titres comme Agharta, Gunnm Last Order ou encore Steel Ball Run. C'est ainsi que naquit Tenjou Tenge, surnommée rapidement TenTen ou Ten², et plus connu en France sous le titre d' Enfer et Paradis. La série connut rapidement un certain succès, et le premier volume sortira en Mai 1998. Quelques mois plus tard, l'auteur se félicita de voir enfin publié son "premier deuxième tome" ! Sans doute ne pensait-il pas alors que la série ferait autant de chemin. Elle compta en effet au final 22 volumes, à raison d'environ deux sorties par année, et s'est terminée en aout 2010, avec un chapitre final de 70 pages dont 4 en couleurs. Elle connut également des adaptations animées, à raison d'une série de 24 épisodes, un OAV et un film ! En France, c'est l'éditeur Panini Comics qui se charge de la traduction de juin 2002 à juin 2011, en suivant un rythme très proche de l'édition originale. On regrettera néanmoins le choix du sens de lecture occidental et une adaptation souvent bancale, au niveau des onomatopées, des carrés blancs surchargeant le travail de l'auteur ou encore de l'inversion arbitraire des pages. La conservation des posters couleurs est cependant un plus non négligeable.
 
                                                     
  
 
En parallèle à ses séries, Ito Ôgure travaille également sur d'autres projets plus variés. Durant l'été 1996, il est appelé par Kou Masaika, écrivain et administrateur de la Red Company, pour travailler autour l'adaptation en jeu vidéo de son roman, Himiko-Den (abréviation de Himiko no densetsu, La Légende d'Himiko). L'auteur en devient ainsi le chara-designer, créant ainsi près de 80 personnages. Fort de cette collaboration, il réalisa ensuite l'adaptation manga de la saga, avec une très grande liberté dans sa réalisation. Il en résulte un one-shot, publié en 1999 par l'éditeur Kadokawa Shoten. La série raconte l'histoire de deux lycéens, Kutani et Himiko, se découvrant être des réincarnations de héros passés, alors que le Monde est en proie à de terribles forces maléfiques. Ils devront alors faire un voyage dans le passé pour sauver leur avenir, en rencontrant de nombreux alliés et tout autant d'ennemis. En postface, l'auteur clame qu'il s'agit là de "la meilleure et de la plus réussie des histoires d'heroic fantasy de tous le temps". Malheureusement, il doit être sans doute le seul à le penser !  en effet, en mettant en scène beaucoup trop de personnages présent dans le jeu vidéo, il en résulte une aventure baclée, brouillonne, très peu lisible, avec une fin en queue de poisson. Le volume fut également édité en France par Panini Comics en juin 2003.
  
                                                     

  
  
Toujours en 1999, le mangaka se lance dans une nouvelle série au scénario original: Majin-Devil. Cette fois-ci, la série sera publiée par l'éditeur Kodansha, dans le Magazine Special puis dans le célèbre Weekly Shonen Magazine (Ashita no Joe, GTO, Fairy Tail,... et bien d'autres !) , et se destine ainsi à un public plus jeune. Cette fois-ci, Ôgure revient sur ses peurs infantiles et offre un shonen horrifique en deux volumes, où on peut suivre deux histoires très liées. La première met en scène Tetsu, le leader d'une bande de motards, partageant avec sa sœur Satomi une affection très profonde, jusqu'au jour où il sera tué par un démon sanguinaire, puis ressuscité en devenant une créature malfaisante à son tour. La deuxième partie se focalise sur Kazuya Idetora, surnommé Dekoppa, petit génie autant intérieurement qu'extérieurement, et qui devra faire face à différents monstres en usant de son intelligence, sans savoir qu'il possède lui-même un redoutable pouvoir au fond de lui. Avec ces deux héros très différents, l'un très charismatique, et l'autre destiné à l'identification du lecteur, La série se veut être une histoire traitant de la thématique du Bien et du Mal, sans faire preuve pour autant de manichéisme. Les personnages sont toujours partagés entre l'utilisation d'une force qui les dépasse et risque de les engloutir, et d'une manière d'agir plus réfléchie, plus rationnelle. En outre, Dekoppa est sans doute l'un des personnages les plus réussis de l'auteur : malgré son apparence chétive, le jeune homme est sur de sa force et reste totalement serein devant ses terrifiants adversaires, alors qu'il pourrait se laisser entrainer par le démon qu'il héberge. Majin-Devil est peut-être le manga le plus maitrisé et abouti d'Oh! Great : en deux tomes, l'histoire se tient, malgré quelques délires habituels, et le message apporté est clairement compréhensible. L'adaptation française est une nouvelle fois signée par Panini Comics, avec le premier volume en 2001 et le second deux ans plus tard.
 
 
  
En avril 2000, un nouvel essai est publié dans le mensuel Shonen Ace de Kadokawa Shoten. Affrontements à Toshima Ouest: West Side Story est le récit d'une guerre entre deux clans dans le quartier de Toshima. Yuka Lovers, jeune meneuse du gang de l'Ouest, devra venger la mort d'un de ses lieutenants, tués par un prêtre aux moeurs douteuses. A l'époque de la publication de cette histoire courte, Oh! Great vivait justement à Ikebukuro, et a alors voulu mettre en scène un récit dans ce quartier, avec une ambiance musicale à la West Side Story. Si cet épisode reste anecdotique, la rivalité entre clans ici présente montre déjà une des bases de sa prochaine série phare...
 
 
 
Air Gear, le nouveau manga à succès de l'auteur, débute en 2002. L'auteur revint dans le Weekly Shonen Magazine après deux ans d'absence pour débuter une série qui sera bien plus longue que Majin-Devil. La publication en volume réliés débuta quant à elle à partir de mai 2003. Très vite, l'histoire des jeunes riders trouve son public. Il en découle une adaptation animée en 26 épisodes réalisée par Toei Animation, revenant sur les 12 premiers volumes de la série, en prenant quelques libertés. La série inspira même une comédie musicale ! Enfin, une OAD (original animated disk) est prévu en bonus du 30ème tome, sortant en novembre 2010, et reviendra sur le face à face entre Ikki et Ringo dans le tome 16. La série se termina dans les pages du Shonen Magazine en mai 2012, et en volumes reliés deux mois plus tard avec la publication du 37ème et dernier volume. Côté français, Pika Edition propose le manga depuis novembre 2006 à un rythme bimestriel, après l'avoir prépublié dans son Shonen Magazine. L'éditeur s'offre le luxe de prendre Taïg Chris, champion de roller, en tant que conseiller pour de multiples pages bonus sur les premiers volumes.
       
                                                     
  
   
   
Les talents d'illustrateurs du mangaka se sont fait également remarquer, notamment par la société de jeux vidéo Namco. Sa première participation fut dans Tekken 5 en 2005, où il créera le personnage d'Asuka Kazuma. En 2008, il revint dans Soul Calibur IV avec Ashlotte, et enfin, il fut encore appelé à collaborer dans Tekken 6 pour Lili.  L'amateur de jeux de combats dut sans doute être honoré de participer à une de ses séries préférées, qui l'a notamment inspiré pour Enfer et Paradis ! Preuve en est, s'il le fallait encore, que l'artiste est devenu un incontournable dans le monde du manga, et que son nom sur un produit apporte une vraie valeur ajoutée.
 
   
  

Air Gear © 2003 Oh!Great / KODANSHA Ltd. Majin Devil © 2001 Oh!Great / KODANSHA Ltd. TENJO TENGE © Oh! GREAT / SHUEISHA Inc. Engine Room / Five / Junk Story/Naked Star © Oh! GREAT / CORE MAGAZINE Himikoden © Oh! GREAT / Kadokawa Shoten

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