Dossier manga - Nozokiana

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Sommaire

Publié le Vendredi, 13 November 2015


L'érotisme au service de l'intrigue



Le voyeurisme, entre excitation et tension


Il arrive, de temps à temps mais très rarement, que nous parvienne un manga érotique sortant du lot grâce à l'abord d'une thématique coquine spécifique. Parmi ces quelques raretés, on peut  nommer Attache-moi chez Pika Edition, qui aborde les différentes facettes d'une relation SM entre deux amis d'enfance. Avec un sujet comme le voyeurisme, Nozokiana s'inscrit lui aussi dans ces quelques raretés... mais encore faut-il que le sujet soit habilement abordé ! Et il l'est, par bien des aspects.

Rien que le concept de base, imaginez-le, votre belle voisine ou votre charmant voisin viendrait vous proposer un petit jeu de ce type, vous l'imposerait même... Comment réagiriez-vous ? Cette simple idée est la base des débuts du manga de Wakoh Honna. Elle dégage forcément, dès le départ, un petit parfum d'interdit propre à l'excitation, si tant est qu'on s'y laisse aller. Kido, gentil et plutôt pur de nature, est de son côté désappointé par cette demande de sa voisine, mais il n'a pas trop le choix... Et ainsi commence un jeu érotique un peu déviant, qui prendra des allures très différentes selon les événements.

Il y a évidemment l'excitation de base, le piment que peut apporter le fait de voir quelqu'un d'autre se masturber ou faire l'amour. Emiru prend clairement plaisir à observer les ébats de son voisin avec sa petite amie, cela se ressent surtout dans les tomes avec Yuri.

Mais il y a aussi ce que peut procurer le fait de se savoir observé en plein acte. Cela ne semble pas déranger Emiru. Quant à Tatsu, cette étrange sensation le fait passer, selon les tomes et selon son humeur, par des ressentis très divers. Il y a des moments où il se sent clairement mal à l'aise, d'autres où il est intrigué en se demandant si Emiru regarde vraiment, d'autres encore où il décider d'ignorer au maximum la chose... mais il y a aussi des moments où cela ne fait que l'exciter encore plus. A ce titre, le passage des premiers tomes se déroulant à la plage, quand les deux héros sont enfermés ensemble et doivent observer le coït de deux connaissances, est très parlant : on y ressent un intérêt plus prononcé de Tatsuhiko pour le jeu coquin d'Emiru... et pour Emiru elle-même. A tel point que le garçon ressent la plus forte excitation de sa vie en observant ses deux camarades s'ébattre.
Puis dans le tome 4, à force de voir tourner autour de lui une Emiru aussi ambiguë, Tatsuhiko commence à s'interroger profondément sur cette fille, et cède de plus en plus à la tentation qu'est leur petit jeu d'espionnage. Alors quand Emiru, qui lui a dit accepter de ne plus entrer dans sa vie et de se trouver un copain, accueille chez elle un jeune homme naïf amoureux d'elle et l'invite à la toucher, notre héros ne peut s'empêcher d'observer les choses dans le trou du mur, et sent monter en lui de tout autres émotion, à commencer par la panique...

Mais observer et être observé ne sont pas les seuls intérêts de ce jeu. Car il a ses règles, qui ne doivent pas être enfreintes. Et ne pas les respecter signifierait avoir un gage. Dans certaines situations où la tentation est forte, cette menace du gage, pendue au-dessus de la tête comme une épée de Damoclès, apporte une tension et un mystère supplémentaires. Quel serait le fameux gage ?

Enfin, les règles sont loin de constituer la seule menace : il y a les intrusions extérieures, la possibilité que d'autres personnes découvrent l'existence du trou dans le mur. Par exemple, comment réagirait la copine de Tatsu en découvrant cela ? Que penseraient ses camarades ? Il y a, constamment, la peur que le pot-aux-roses soit découvert. Et certains personnages incarnent très bien cette peur en la poussant dans ses derniers retranchements.
A ce titre, on parlera simplement du cas du duo Mochizuki/Ueda.
Une menace sérieuse arrive d'abord par Mochizuki, qui découvre le trou dans le mur ! Face à cet "ami" bien décidé à profiter lui aussi de ce petit jeu, Tatsuhiko a peur d'un chantage qui pourrait aboutir sur la révélation aux yeux de tous, y compris de sa petite amie du moment Madoka, de la situation qu'il entretient avec Emiru. Aussi lui et sa chère voisine acceptent-ils de laisser le blond profiter de l'appartement de notre héros pendant 3 jours... Bien qu'il file le bel amour avec Madoka, Tatsu ne peut que s'inquiéter de voir ses plus proches amis et son amour découvrir la vérité, ce qui pourrait les blesser. La situation est très bien tournée, notamment parce qu'elle permet aussi de mieux entrevoir les raisons faisant qu'Emiru n'accepte que Tatsu pour son petit jeu, Mochizuki ayant un comportement amplement différent de celui de notre héros... Et si dans un premier temps le problème de la découverte du trou est finalement assez vite résolu grâce à un plan assez amusant de Tatsu, la menace qui arrive derrière, orchestrée par Ueda, est pire encore, car elle implique en tant que victime Yoneyama, le plus proche ami de Tatsu... Aussi coquine que manipulatrice, la menace Rie Ueda laissera d'indélébiles traces.

Excitation, amusement, inquiétude, peur, tension... Loin de nous proposer un simple étalage d'érotisme un peu déviant, Wakoh Honna profite très bien de sa thématique du voyeurisme pour croquer des ambiances qui peuvent très vite changer et parviennent à entretenir constamment un certain intérêt.





Découverte des corps, découverte des âmes


Au-delà du simple voyeurisme, il y a le sexe, vécu par Tatsu pendant 13 tome au travers de trois amantes très différentes.

La première n'est autre que la pulpeuse Yuri Kotobiki. Tatsuhiko entame une relation avec cette camarade étudiante qui lui plaît tant. Belle et époanouie, c'est également une beauté gourmande, très gourmande, si bien que l'histoire d'amour de nos deux tourtereaux se résume surtout à des parties de jambes en l'air... au début au love hotel, histoire d'éviter à Tatsuhiko d'exposer ses ébats aux yeux d'Emiru Ikuno, sa charmante voisine voyeuriste.
Entre deux parties de jambes en l'air, la relation semble se consolider, Tatsuhiko découvre un peu plus sa belle petite amie, mais aussi ses goûts parfois très moyens, à l'image de la bague qu'elle lui offre pendant l'une de leurs retrouvailles... Il pourra également appréhender toute sa malice dans le sexe : elle aime régulièrement prendre les devants, y compris dans des lieux publics !
Possessive, Yuri est également une femme pouvant être très jalouse, et cette jalousie peut revenir au galop dès que son Tatsuhiko s'éloigne un peu trop d'elle ou part s'amuser avec Emiru. Dans ces cas-là, pas question pour elle de céder du terrain, et elle sait très bien comment faire fondre son Tatsu...
Et quand Tatsuhiko se sent mal, il y a toujours une chose dont il est sûr : il a une petite amie adorable et qui l'aime profondément. Yuri le lui prouvera à plusieurs reprises, en lui "vidant l'esprit" à sa manière.
Les ébats de Tatsu avec Yuri sont l'exemple le plus parlant de la relation que tous deux entretiennent : généreuse, fraîche, amusante, décomplexée, sincère, portée par le plaisir qu'ils ont d'être à deux.

Le sexe est aussi un excellent témoin du lien de notre héros avec sa seconde petite amie, Madoka, une jeune femme que l'on apprend à découvrir avec un certain plaisir, car elle se révèle assez différente d'une fille comme Yuri : plus introvertie, maladroite, inexpérimentée en matière de sexe au point d'être encore vierge à 22 ans... Elle apparaît foncièrement gentille et idéale, et cette bonté qui ne demande qu'à ressortir se ressent vite : malgré son inexpérience, elle cache plus d'un talent pour tenter de satisfaire sexuellement Tatsu !
Au fil de cette deuxième relation amoureuse, nous pouvons profiter du renforcement de la liaison entre Tatsuhiko et Madoka, cette dernière cachant plus d'un tour dans son sac. Elle a beau être plus pure que la plupart des autres filles, Tatsuhiko va vite se rendre compte qu'elle peut elle aussi être très coquine, et qu'elle possède elle aussi quelques fantasmes. Quelques épreuves viendront menacer cette nouvelle entente, à commencer par les soupçons d'infidélité initiés par Rie, mais il ne s'agit que de brèves étapes de plus dans le renforcement de ce couple de plus en plus attachant, et aussi de plus en plus complice lors de scènes d'amour croquées avec toujours autant de légèreté par l'auteur.
Par rapport au sexe avec Yuri, le sexe avec Madoka connaît une évolution plus franche sur la longueur. D'abord un peu timoré dû à l'inexpérience de Madoka, un peu plus doux, puis de plus en plus fusionnel au fil du temps qui passe jusqu'à devenir complice... puis brutal quand tout bascule en mal, quand Madoka, éperdue d'maour pour Tatsu, tente le tout pour le tout afin de ne pas le perdre. En cela, la relation entre Tatsu et Madoka, parmi les trois principales de la série, est sans doute celle qui nous fait passer par les émotions les plus variées.

Enfin, il y a Emiru. Cette étrange voisine qui, pendant toute la série, fera passer Tatsu par tous les états, avant que leurs sentiments nés au fil du temps ne se concrétisent dans les derniers volumes.
Déjà, il y a un moment bien spécifique de la série qui cristallise toute cette relation ambiguë : dans le tome 9, quand le jeu doit prendre fin, que la jeune femme a bien conscience que tout est sur le point de se finir, elle commence enfin à se révéler beaucoup plus, à dévoiler pourquoi elle a choisi de faire ce jeu avec Tatsu. Et dans ces conditions, il devient difficile pour notre héros de ne pas se laisser porter par l'ambiance teintée de mélancolie et par la sincérité qui transparaît chez sa voisine, si longtemps restée énigmatique et difficile à cerner. Dans cette ambiance, tous deux se laissent aller, l'émotion prenant le pas sur le simple matage. Le petit trou dans le mur prend encore une autre signification dans l'une des scènes les plus intenses de la série.
Ensuite, il a l'ultime volume de la série, portée par une union qui, étape après étape, vient cristalliser tout ce que les deux amants ont vécu au fil des tomes. A travers le sexe, Emiru se remémore ce qu'elle a vécu avec Kido en suivant le même schéma, pour mieux y trouver un exutoire sur son passé tourmenté.

En somme, les scènes érotiques, omniprésentes, sont très souvent un réel témoin de ce que ressentent les protagonistes. C'est à travers celles-ci que les principaux personnages se dévoilent le mieux, se mettant... à nu.





Personnalités troubles


Au-delà du quatuor central Tatsu/Emiru/Yuri/Madoka, viennent graviter pléthore d'autres personnages, dont certains montreront des caractères inquiétants, retors, tourmentés... Car Nozokiana ne se limite évidemment pas au zieutage en studio : Tatsuhiko a une vie d'étudiant et de travailleur, qui va lui permettre de faire plusieurs connaissances au fil des volumes. Wakoh Honna prend le temps de mettre chacun d'eux en place à chaque fois, avant d'emballer de plus en plus son récit autour de comportements aussi séducteurs que troubles. Plus d'une fois, les personnages apparaissant montreront chacun des vices cachés, des secrets ou des douleurs bien gardées derrière leur belle apparence...

Et cela se voit dès le premier volume. Avec Horii, garçon qui aura tendance à céder à ses pulsions au point d'être très dangereux. Mais également, quelque part, avec Yuri, de part son caractère ultra-possessif qui la poussera à être très entreprenante, parfois trop.

Dans le tome 2, le mangaka parvient à dresser à travers deux nouvelles venues elles aussi entreprenantes de nouveaux tableaux des raisons de vouloir faire l'amour : par désespoir, en tentant d'oublier un autre amour déçu, ou par sacrifice, pour le bien d'un amour total et aveugle pour quelqu'un d'autre.

L'auteur ne s'arrête pas là puisque, dans le tome 3, dans un cas le sexe sera un moyen de réconciliation, dans l'autre il permettra à Yuri d'évacuer sa jalousie maladive en montrant que Tatsuhiko est à elle.

Puis il y a le cas de Chisato Komori, une beauté prude qui fait craquer tous les garçons... et qui n'a d'yeux que pour notre héros, évidemment. Mais cette apparence et ce caractère d'ange ne cacheraient-ils pas en réalité son vrai visage ? C'est ce que Tatsuhiko découvrira à ses dépens. Au programme, une garce narcissique très entreprenante souffrant sans doute un peu trop de sa beauté, même si elle en joue.

On peut également citer Makiko, qui, au-delà du bon vieux fantasme lesbien qu'elle véhicule, permet d'aborder une autre vision de l'amour... que l'on aurait toutefois aimé voir plus approfondie, Honnah restant très bref sur elle.

A contrario, un autre exemple de comportement assez trouble vis-à-vis du sexe et des sentiments s'avère plus intéressant : celui de Tamako Naruse, amie d'enfance et premier amour de Tatsu, qui débarque et déclare être la petite amie de notre héros ! Au-delà de cette entrée en scène qui chamboule un peu les personnages, on découvrira très vite le fond réel de cette jeune femme en apparence si joviale, au fil d'un passage très bien raconté, qui explique la triste manière dont les deux amis d'enfance se sont autrefois quittés, avant de revenir sur les véritables sentiments de chacun d'eux.
Tama est une fille qui sait se montrer charmante. Vive et naturellement belle, on prend plaisir à découvrir comment sa beauté naturelle l'a poussée à mal tourner par le passé, et l'on reste touché par la sincérité des sentiments qu'elle montre au bout du compte. Chez elle autant que chez Tatsuhiko, les retrouvailles réveillent des souvenirs douloureux justement retranscrits par l'auteur, qui a le mérite de ne pas non plus trop en faire, y compris dans l'érotisme. Car si érotisme il y a toujours, on est heureux de voir le mangaka l'exploiter juste comme il faut pour titiller les deux amis d'enfance quant à leurs désirs passés, mais s'arrêter au bon moment pour ne pas tomber dans le sexe gratuit et pour conclure joliment ces retrouvailles.

Puis il y a le cas Rie Ueda, jeune fille conditionnée par les désillusions sur l'amour suite au drame de sa famille... Malgré tout, la sorte de détresse de Mochizuki vis-à-vis de son amie d'enfance et partenaire sexuelle est vite passée en revue, et les tourments de Rie liés à son passé sont un peu vite remis au second plan.

Enfin, on se doit de revenir encore un peu sur Madoka, assez bon exemple de ce que peut nous amener à faire un amour fou et désespéré. Elle en fait des tonnes pour s'approprier Tatsu et se venger indirectement d'Emiru, manque d'agresser violemment cette dernière... Pour elle, c'est une épreuve terrible, la fin brutale d'un premier amour aussi inquiétante que touchante.





Le sexe, facteur d'évolution des personnages


Dans tout ceci, une autre constatation s'impose : Wakoh Honna se sert habilement du sexe pour titiller et faire évoluer ses différents protagonistes, que ceux-ci soient secondaires ou non.

Il y a, entre autres, certains personnages qui, au fil de leur tentative de fuite dans le sexe, finissent par se relever et prendre conscience de certaines choses. On pense à l'enseignante Honnami, à Tamako qui a bien compris ses erreurs du passé et a pu faire le point sur ses sentiments, et à Rie qui, peut-être, pourra mieux comprendre ce que Mochizuki représente pour elle, afin de se sortir de sa situation, de ses craintes concernant l'amour.

Tatsu est évidemment au cœur de ces évolutions, qu'il connaît lui aussi de plein fouet, lui qui, au fil de la série, passe par nombres d'épreuves.
Le premier amour qui semblait si bien se passer avec Yuri.
La séparation brutale d'un tome 5-charnière, après lequel plus rien ne sera comme avant, et où Tatsu voit tout son univers s'effondrer et subit la réalité d'une telle situation : le choc violent, l'incompréhension, le désemparement, la remise en question, la culpabilité, la haine, la tristesse, le désespoir.
La seconde chance, aux côtés de Madoka, avec toute la volonté de préserver cette jeune femme.
La douleur de devoir se séparer d'elle.

Puis il y a aussi les ultimes confrontations de Tatsu avec ses deux précédents amours, avant de partir à la recherche d'Emiru dans les derniers tomes. Ces épreuves, elles sont issues d'un passé vieux d'un an ou de seulement quelques jours, et prennent donc la forme des femmes que notre héros a fréquentées. Il retrouve son premier amour d'étudiant avec une petite pointe d'émotion, puis doit enfin se confronter à Madoka et être sincère avec elle. Pour avancer vers Emiru, il doit d'abord regarder en arrière, pas pour dire adieu au passé, mais pour l'assumer, quitte à devoir se montrer cruel. Néanmoins, dans un cas comme dans l'autre, une pointe d'optimisme transparaît, pour l'une à travers les ambitions d'avenir, pour l'autre via le personnage de Seiji. Au bout du compte, on peut dire que Tatsu, fort logiquement puisqu'il est est le héros, est celui qui mûrit le plus, au gré de ses différentes expériences.
  
  
  


© 2009 Wakoh Honna/ Shogakukan Inc.

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