Dossier manga - New York New York

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Publié le Vendredi, 22 May 2009


Un pionnier inégalé du genre...

      
En dépit de la pléthore de yaois ou shonen-aï envahissant le marché, New York New York parvient à se détacher considérablement de la masse. Après Zetsuai 1989, ce fut l’un des premiers à voir le jour en France, perçant les à priori sur l’homosexualité dans la littérature. Depuis longtemps déjà ce sujet est abordé dans la bande dessinée française (dès les années 1960), mais jamais encore un tel phénomène n’avait soulevé un jeune lectorat. Supplantant tous ses confrères, New York New York étonne, surprend, charme, tout en restant le seul à réussir un tel prodige : parler de l’homosexualité au jour le jour, avec tous les obstacles que cela implique. Plus qu’une simple amourette entre deux hommes, c’est un véritable catalogue humain et quotidien de deux vies qui se rencontrent pour ne plus se séparer. Après des débuts laborieux dans le premier tome, la série s’envole et atteint souvent des degrés impressionnants d’authenticité. Au fur et à mesure du récit, Kain et Mel témoignent de la difficulté de vivre un amour considéré comme « anormal » ou « pervers ». La fiction se passant il y a quelques années de ça, la société dans laquelle le couple évolue est remplie d’intolérance et d’incompréhension parfois violente envers ce qu’ils considèrent comme une « tendance innommable ». Aujourd’hui encore, pourtant, nombre de couples sont mal perçus sous le regard méprisant des autres. C’est là que l’on peut se poser la question de l’uniformisation totale de l’amour. Depuis quand peut on définir un Amour unique et semblable pour tous ? La morale doit elle intervenir ? C’est ce genre de questions que le sérieux et la véracité de cette histoire nous amène à poser. Où se situe la limite de l’Amour face à la perversion ? Sans doute au consentement des deux partis. Mais cette ébauche de définition est bien trop limitée, et la série nous ouvre des pistes d’exploitation sans en avoir l’air.

Mis à part ce concept de l’Amour, Marimo Ragawa soulève bien d’autres thèmes, aussi variés que liés dans la trame de son histoire. On peut trouver une pluralité de sujets bien réels, tels que la fidélité, le viol, le rejet familial ou amical, la vision de l’homosexualité qui évolue peu à peu, la prostitution, le sida, le mariage homosexuel, le suicide, la tolérance (notamment avec Brian et la mère Kain), le sexe, la complexité des sentiments … Tous ces aspects d’une vie commune reflètent en fait une grande diversité de problèmes, qui généralement n’arrivent pas à une même personne … Pourtant ici, tout est amené par la vie difficile de Mel, sa fragilité et sa malchance. On y traite également, en fin de série, de l’homoparentalité et de l’adoption. Cette dernière notion est cependant abordée un peu facilement, sans réel approfondissement quant à la difficulté des démarches nécessaires. Comme s’il était simple pour deux pères d’avoir une fille, bien que la présence de l’assistance sociale et de ses régulières consultation enlève un peu cette idée toute rose.




Ce manga a l’énorme avantage d’ouvrir des portes sans les refermer, laissant les lecteurs se faire leur opinion sur le bien fondé d’une homoparentalité, redéfinissant le mot « anormal » et permettant à l’esprit éventuellement étriqué du lecteur curieux de s’épanouir dans une réflexion en toute connaissance de cause. Jamais au grand jamais la lecture n’est considérée comme subie. Le dernier tome de la série est d’ailleurs remarquable de ce point de vue : Erika raconte son histoire avec un calme, une présence d’esprit et un recul magnifiques, qui permettent de forger sa propre impression sur sa condition. Anodine au premier abord, la lecture de New York New York est en elle-même une véritable invitation à la tolérance, ne serait ce que de prendre le temps de reconsidérer la chose sans la pression extérieure que peut exercer la société via le regard de la masse. Il invite un lecteur curieux à porter un œil juste sur une façon de vivre finalement pas bien différente des autres. C’est ce qui fait que le titre s’ouvre à un large public, sans restreindre ses lecteurs aux jeunes filles perdues dans leur imagination parfois débridée en matière de yaoi.

D’ordinaire, une telle lecture est mise en scène au plus grand détriment de l’histoire, piétinant parfois la logique, le bon sens et la réalité. On a plus l’habitude d’un grand éventail d’exagérations des sentiments, et d’une intrigue (quand il y en a !) se déroulant sur quelques jours. Ici au contraire, on peut avoir le plaisir de suivre les personnages dans leur ascension vers le bonheur, dans leur amour et l’affection qu’ils se témoignent. Et, même si elle est un tantinet précipitée, la fin fait office de la plus agréable conclusion que l’on ait pu lire dans un yaoi / boy’s love / shonen-aï. Le traumatisme de Mel est réaliste, dans le cadre de toute l’enquête policière du troisième tome, ainsi que de ce qu’il a enduré. Son rétablissement prend du temps, nécessite des efforts et le jeune homme passe par plusieurs phases très dures à surmonter, ce qui a des répercussions sur sa vie sentimentale. Bref, un parcours plus qu’authentique dans un contexte plus sombre et réel que nos habitudes. D’ailleurs c’est ce qui fait tout le prestige de l’œuvre, qui n’avait aucune garantie quant à la réaction du public. A priori, lorsque l’on ouvre un yaoi, on cherche autre chose que ce que l’on peut trouver dans New York New York, ce qui rend ce manga audacieux et novateur, même des années après sa sortie. Le ton de l’auteur est assez juste pour rendre la narration fine et habile, tout en ne perdant jamais de vue ce qui sert le réalisme de son histoire. On est ici bien loin des yaois loufoques à la Gravitation, fantastiques comme Les larmes d’Anges ou Pure Love, avec la légèreté de Gakuen Heaven ou Fake … Alors à part l’écrasant stéréotype et principale règle du genre, c'est-à-dire la vision du seme (dominant / actif) viril (parfois très sensible, du reste) et du uke (soumis / passif) efféminé, on ne peut même pas comparer ce manga aux autres titres du genre.
                    
                               

NYNY © by Marimo Ragawa / HAKUSENSHA Inc.

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