Dossier manga - New York New York

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Publié le Vendredi, 22 May 2009


... Au milieu d’une histoire romancée

  
Si on ne peut nier l’ampleur que le réel prend dans ce manga, notamment à travers la délicate simplicité de l’auteur lorsqu’elle aborde le monde homosexuel, force est de reconnaître que tout n’est pas si authentique qu’au premier abord. En premier lieu, le thème si complexe de la tolérance est certes abordé, mais il tombe un peu trop d’un extrême dans l’autre. Aida, la mère de Kain, en est le parfait exemple. Son cheminement de pensée est tout à fait louable, et il est réfléchi, s’étale sur plusieurs anecdotes et dure dans le temps, néanmoins un tel revirement est bien trop complet, total et sans retour envisageable. Ici, même le désir et la réalisation d’un pragmatisme réfléchi et bien mené ne suffit pas à être entièrement convaincant. Comment passer de l’un à l’autre, oubliant dans l’instant ses préjugés et autres représentations de la société, profondément ancrées en nous ? Alors certes, Aida amène de beaux moments, sert le récit et le but de la mangaka avec brio, mais elle peine à convaincre totalement. Peut être aurait il fallu laisser en son cœur un sentiment de léger doute, d’inquiétude et de questionnement sur la « condition » de son fils, au lieu d’écraser tout ressenti humain pour en faire la parfaite mère qui reçoit un message de tolérance et l’intègre totalement à la fin. Le cheminement est ici remarquable, mais le but n’est pas convaincant. C’est exactement le contraire pour Brian ou Davis, qui eux n’exposent aucunement leur réflexion, mais qui ont le mérite d’en avoir une aboutie, sans toutefois accepter complètement l’idée si au départ elle leur est étrangère. Ils acceptent, comprennent, et ne modifient au final pas leur manière de voir Kain. Cette vision de la tolérance est un peu utopique, même si l’on comprend aisément que cela était nécessaire pour le message de la mangaka, et donc le récit.




Ensuite, ce témoignage touchant d’une autre conception de l’amour et de ses problèmes tombe parfois dans l’exagération, qui sert l’intrigue, les sentiments des lecteurs et leurs impressions vis-à-vis d’une lecture. Pour diversifier les thèmes traités, Ragawa ne peut les mettre en place sur une multitude de personnes différentes, ce qui serait un peu plus réaliste mais nuirait gravement à l’intérêt du couple principal. Mel subit donc nombres de traumatismes durant ces quatre tomes de New York New York, et si sa pureté, ses larmes récurrentes peuvent déranger, il faut savoir que cela reste une histoire, et que l’auteur met donc beaucoup de situations en avant pour toucher, bouleverser … Même si parfois cela jure avec l’authenticité que l’on pouvait jusque là louer. Si l’ambiance de New York New York n’est pas toujours rose, bien au contraire, il en ressort tout de même une bonne image, persistante malgré tout. Les drames ne sont jamais faits pour durer, et la réconciliation est souvent théâtrale. Le premier tome le représente très bien : pour les besoins de l’histoire, notamment afin de sublimer la relation qui unit Kain à Mel, la profondeur de leur affection l’un pour l’autre, Ragawa met en scènes de nombreuses disputes, qui finissent toujours bien. Ici pas de réel attachement au réalisme, plus un souci d’intérêt de l’histoire, afin de justifier les exagérations futures par un « mais ils s’aiment vraiment et surpassent tous les obstacles ». En tous les cas, un texte romancé a tendance à se conserver, se maintenir d’une certaine manière. C’est l’une des bases de la narration fictive que de préserver un centre presque immuable, qui n’est l’objet que de transformations mineures, à peine quelques réorganisations. Ici, le principe de base, c’est bien sûr l’affection qui unit nos héros. Le pardon, aussi. Enfin, même si les concepts exagérés et romancés gravitant autour d’eux sont sublimés, il n’en reste pas moins cette part d’immuable qui donne au récit toute sa construction, toute sa logique, bien que cette base soit triviale et peut sembler anodine, elle est primordiale.

Toujours en vue de plaire, la temporalité est traitée de manière romancée, peu fidèle à la réalité. Même la fin n’est pas si bien gérée, puisque Erika évolue bien trop vite, surtout en comparaison des quelques longueurs du tome 3, qui passent parfois difficilement. Au final, l’enquête si sérieuse et cadrée se retrouve engoncée dans une spirale de temps qui passe bien trop vite. Il eut été inenvisageable de le traiter autrement, et c’est là que New York New York rejoint d’avantage la narration et ses codes. De plus, il apparaît clairement que les héros forment le pivot central de tout le manga. Evident, et pourtant preuve d’une narration orientée et motrice, afin de réussir celle-ci, toujours aux dépends d’éventuels personnages secondaires primordiaux et fascinants. Les caractéristiques des protagonistes sont divulguées tout le long du récit, et le point de vue omniscient permet un jeu sans limite sur les sentiments et pensées de chacun. Un classique pour le manga, mais un critère important à relever quand on sait ce que la série se targue d’être. En somme, un titre singulier qui se présente sous une forme romancée, parfois prenante lors d’une enquête ou du suspense de fin de premier tome … Un savant mélange de vérité et de fiction.
                      
                         

NYNY © by Marimo Ragawa / HAKUSENSHA Inc.

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