Dossier manga - Les enfants loups - Ame & Yuki

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Sommaire

Publié le Jeudi, 12 December 2013


L'éternelle comparaison à Miyazaki

 
 
En quelques films, Mamoru Hosoda s'est taillé une réputation extrêmement flatteuse, qui lui ont valu un nombre conséquent de prix et une belle exposition sur la scène internationale. Rares sont les réalisateurs de films d'animation japonais qui ont droit à une telle percée internationale, et à chaque fois, ceux-ci ont droit à l'habituel qualificatif de "nouveau Miyazaki" donné par des critiques que ne s'y connaissent pas toujours suffisamment dans le domaine et se contentent alors de citer le plus illustre nom de l'animation japonaise. Pas grand intérêt, hormis accentuer la curiosité autour du réalisateur qui a droit à cette flatteuse comparaison.

Hosoda fait donc partie de ces quelques réalisateurs prometteurs qui, juste sous prétexte qu'ils font de l'animation et sont japonais, sont des "nouveaux Miyazaki". La comparaison ressort à chaque nouveau film de l'artiste depuis la Traversée du Temps, et l'heure de faire un petit point est sans doute venue.

Car dans les faits, rien dans les thèmes de la Traversée du Temps et de Summer Wars (et encore moins de Digimon ou de One Piece...) n'évoque en détail Hayao Miyazaki. Les deux artistes développent chacun leur univers de leur côté, et dans le cas de Hosoda on sent clairement une ligne directrice se dégager autour de notions telles que le temps ou la famille, ces notions mûrissant dans l'esprit du réalisateur en même temps que lui-même (rappelons que ses films s'inspirent de ses expériences et de son entourage), pour un résultat qui gagne en maturité à chaque nouveau film. Il y a un univers extrêmement cohérent qui s'est créé dans la filmographie de Hosoda, un univers bien à lui, et il est alors dommage de le comparer systématiquement à un autre réalisateur qui a lui aussi son propre univers.
  
  
  
 
 
Pourtant, cette fois-ci, avec les Enfants Loups, les comparaisons à Miyazaki peuvent trouver certaines justifications. Mais au lieu de comparaison à Miyazaki, parlons plutôt de comparaison à Ghibli. Car Ghibli, ce n'est pas que Miyazaki, et l'on peut d'ailleurs voir autant de ressemblances Hosoda/Isao Takahata que de ressemblances Hosoda/Miyazaki.
Tout d'abord, il y a dans les Enfants Loups un rapport à la nature et à la campagne plus fort que dans n'importe quel autre film de Hosoda. Le déménagement en campagne ainsi que la semi-absence parentale font, par certains égards, penser à Mon voisin Totoro, de même que le parcours d'Ame en forêt en compagnie de son maître évoque Princesse Mononoke. Mais avec cette façon de dépeindre une mère-courage et la manière dont Hana s'applique à élever ses enfants, le film rappelle aussi certains éléments du Tombeau des Lucioles. Quant aux thèmes du temps qui passe et des souvenirs, essentiels ici, ils font beaucoup penser à Omoide Poroporo / Souvenirs goutte à goutte.
Cela suffit-il à établir une vraie comparaison entre Ghibli et Hosoda ? Sans doute pas, car tous ces thèmes sont on ne peut plus universels, et c'est bien la manière dont les artistes les mettent en avant qui compte. Mais il serait sans doute faux de dire que Hosoda n'a jamais été inspiré par Ghibli. Après tout, rappelons que le réalisateur a, dans ses jeunes années d'adulte, cherché à intégrer Ghibli dont il trouvait les films très riches malgré leur aspect grand public. Et cette faculté à aborder des sujets parfois complexes tout en restant grand public, c'est aussi ce que Hosoda a appris à faire. Sans pour autant copier Ghibli.

Retenons donc ceci : si Hosoda aime Ghibli au point d'avoir voulu intégrer le studio, s'il a sur les Enfants Loups certains thèmes en commun avec les films de Ghibli, et s'il a cette même faculté que Ghibli à toucher un grand public avec des choses parfois délicates ou dures, il a surtout su se forger son propre style, sa propre ligne directrice au fil de ses trois derniers films. A partir de là, toute comparaison devient inutile, car Hosoda a sa propre patte, bien différente.
 
 
  
  
 

Ville et campagne

 
 
Les Enfants Loups se partage autour de trois cadres principaux : la ville, présente pendant la première demi-heure du film, puis la campagne, l'arrivée de Hana et de ses enfants en campagne marquant une rupture assez nette par rapport à ce qu'ils étaient en train de vivre en ville. Ce cadre campagnard est quasiment un personnage à part entière du film.

Cela ne signifie pas pour autant que le film néglige la ville ou la maltraite, car elle a une importance capitale au début. Hana y mène une vie classique mais plutôt paisible, partagée entre sa vie universitaire et son studio. C'est là qu'elle rencontre celui qu'elle aimera et qui lui offrira ses deux enfants, changeant alors le cours de sa vie. C'est là qu'elle passe tous ses instants de bonheur dans son couple avant que le drame n'arrive. Seule, Hana, ne peut alors que voir la ville comme une menace de chaque instant. Il y a le risque que, dans tout ce monde, certains découvrent le secret de ses enfants. Il y a les voisins proches quine supportent pas les cris d'Ame et Yuki. Il y a les assistants sociaux, et les menaces du propriétaire de l'appartement. Autant de pressions qui, subitement, montrent le cadre urbain comme une menace et un facteur de stress. Pour autant, Mamoru Hosoda n'offre pas une vision exagérément négative de la ville : Hana y laisse des souvenirs précieux, ceux de sa vie de couple, et de façon générale la réalisation s'applique encore à croquer très joliment la ville, surtout dans ses instants plus paisibles (comme quand Hana sort en pleine nuit dans le parc désert avec ses enfants, par exemple).
  
 
  
 
 
Reste que l'arrivée en campagne marque une rupture assez nette, pour une inévitable comparaison ville/campagne qui joue en faveur de cette dernière et des qualités que Hana y recherchait : le calme, l'absence de voisins proches, et une nature à perte de vue où Ame et Yuki auront tout le loisir de s'épanouir. Ajoutons à cela les rizières, la forêt, les montagnes alentours, et l'on a un cadre naturel magnifique, qui sera régulièrement bien mis en valeur.
Mais tout comme en ville, tout ne sera pas facile pour Hana. Et si la campagne lui offre les qualités qu'elle recherchait, elle la contraint également à de nouveaux problèmes, problèmes qui ont au moins le mérite de ne pas mettre en danger le secret de ses enfants. Dans cette campagne, elle devra commencer par retaper elle-même la nouvelle demeure familiale, ancienne ferme délabrée. Puis, pour économiser, elle devra découvrir les difficultés du travail de la terre, pour une vie loin d'être de tout repos. Il faudra aussi prendre garde aux animaux sauvages et aux tempêtes et pluies torrentielles. Plus tard, il faudra également prendre en compte le problème du manque d'emploi, ou encore celui de l'éloignement des établissements scolaires.
Egalement, ses premiers contacts avec les habitants du hameau ne sont pas forcément encourageants. Dans un petit hameau comme celui-ci, les messes basses vont bon train, et certains n'hésitent pas à parier sur le temps qu'il faudra à Hana avant de repartir. Pourtant, Hana découvrira très vite que ces campagnards sont des gens sur qui on peut compter dès lors l'on a fait des efforts pour s'intégrer. Sur ce point, le plus bel exemple reste celui de Nirasaki, vieil homme rustre et bougon, jamais souriant, grondant ses conseils à Hana comme autant de critiques qui permettront finalement à la jeune femme d'améliorer son travail de la terre. Plus tard, ce sentiments d'entraide campagnarde se confirme, quand Nirasaki lui donne un frigo, ou quand Hana découvre le partage de denrées entre tous les habitants.

En somme, une vie plus saine, généreuse et solidaire, pour une vision de la campagne certes un peu cliché, mais qui fait chaud au cœur.
   
  
  
 
 

Temps, quotidien et petits riens

 
 
C'est dans ce cadre campagnard que débute donc une nouvelle vie pour Hana, Ame et Yuki. Une vie plus calme, rythmée par le quotidien et les petits riens.

Ce quotidien et ces petits riens font une partie du sel du film, ils y ont une importance capitale et passent par toutes sortes d'émotions qui sont suffisamment variées pour éviter les longueurs : la joie de Yuki en courant dans la nature à la chasse aux bestioles, le bonheur de s'étaler dans la neige en famille, la chaleur familiale quand Hana lit à ses enfants les livres, la peur quand Ame manque de se noyer, l'effort lors du travail de la terre, les rencontres avec les voisins... Autant d'éléments nous rappelant de ne pas perdre de vue les petits instants de bonheur et de détresse qui font une vie.

C'est au gré de ces petites joies qu'Ame et Yuki expérimentent constamment le monde, qu'ils découvrent petit à petit en se forgeant, l'étape la plus importante étant ensuite l'école, premier élément marquant considérablement la voie que chacun des deux enfants choisira. On y retrouve, encore et toujours, ces petits événements qui viennent animer le récit de façon variée : la joie de Yuki quand sa mère lui coud une robe, la peur d'Ame, ma curiosité face à l'arrivée du nouvel élève Sôhei... Ainsi le temps passe-t-il, au gré des plaisirs quotidiens et des changement de l'enfance.
   
   
  
 
 
Le temps. Il était déjà un élément central dans la Traversée du Temps, et avait aussi une grande importance dans Summer Wars. Ici, il est l'un des éléments centraux du film. L'élément qui, de ses propres mots, a demandé le plus de travail à Mamoru Hosoda. Dès le début du film, il est évoqué quand, lors de la naissance de Yuki, l'homme loup espère qu'elle ne grandira pas trop vite. Par la suite, cette notion de temps ne quittera jamais le film, sans pour autant être clairement mise en avant. Le temps, s'écoule, tout simplement, mais Hosoda ne s'attarde pas dessus plus que de raison, il préfère le souligner par des moyens détournés qui s'intègrent parfaitement au film. Et l'histoire racontant 13 années de vie en seulement 2 heures, il fallait bien ça.
Mamoru Hosoda a donc choisi dans son film une narration très elliptique, qui effectue parfois de grands sauts dans le temps et occulte volontairement certaines années. Heureusement, car si Hosoda avait voulu s'attarder encore plus sur les années qui passent, sur le quotidien des enfants et sur leurs changements, son film serait probablement devenu une longue fresque de plusieurs heures passablement ennuyeuse.
Cette narration elliptique  tend à faire perdre au récit une notion claire du temps, sans pour autant l'oublier, ce qui est franchement appréciable.
Pour se repérer, il y a donc des éléments tout naturels. Le rythme des saisons, tout simplement, celles-ci revenant les unes après les autres de façon plus ou moins marquée. Puis il y a, bien sûr, le physique des deux enfants, qui grandit au fil du temps qui passe, leur voix étant aussi amenée à muer.
En somme, montrer le temps qui passe via les enfants qui grandissent et les saisons qui défilent, voici une belle réussite du film, encore ponctuée par quelques belles trouvailles visuelles, à l'image du passage de quelques dizaines de secondes où, dans le couloir de l'école, on saute de classe en classe au gré des années scolaires.
 
Rares sont les films qui prennent le risque de s'étaler sur une si longue période, et parmi ceux-là, plus rares encore sont ceux qui parviennent à nous faire comprendre sans surenchère le temps qui passe, tout en faisant évoluer les personnages sans lassitude. Mamoru Hosoda a réussi tout ça.
 
 

© 2012 "WOLF CHILDREN" FILM PARTNERS

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