Les Fleurs du Mal - partie 1 - Actualité manga
Dossier manga - Les Fleurs du Mal - partie 1

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Sommaire

Publié le Vendredi, 28 September 2018


Briser la norme ne se fait pas sans heurts...


Sawa et Takao ne demandent qu'à se sortir de cette ville étouffante, de cette société qui annihile leur vrai « moi » et qui cherche à leur faire garder un masque afin qu'ils se fondent parfaitement en elle. Leur volonté à tous les deux est on ne peut plus humaine, et nous sommes sûrement nombreux à avoir déjà ressentir, profondément la même chose. Mais forcément, leurs actes ne peuvent pas influer uniquement sur eux deux et sur le bonheur qu'ils veulent. Qu'ils le veulent ou non, ils vivent dans un société. Et la société, toujours, finit par les rattraper, parfois très douloureusement...
  
  
  
  
  
Inévitablement, les actes de Sawa ont un impact sur Takao, puis ceux de Takao ont un impact sur d'autres personnes. On commence à le ressentir dès le tome 2 : alors qu'une évolution concrète naît entre Takao et Nanako, l'évolution est aussi palpable entre Takao et Sawa. Oshimi peut alors jouer habilement sur le parallèle de ces deux relations. Car que ce soit Nanako ou Sawa, toutes deux affirment voir au-delà des apparences concernant Takao, mais ne voient peut-être pas toutes les deux la même chose en lui. Et à toutes les deux, Takao est censé ne rien cacher... pour une situation devenant de plus en plus délicate pour l'esprit du garçon.
Takao pourra-t-il garder l'image pure qu'il souhaite de Nanako ? Pas facile, quand Sawa ne cesse d'immiscer en lui des pensées parfois obscènes, ou de le pousser à connaître les véritables sentiments de Nanako, ce qu'elle pense de lui. L'image d'ange pur de Nanako pourrait se pervertir à tout moment...
En face, Nanako est un personnage qui sait devenir beaucoup plus intéressant, car s'écartant elle-même de l'image qu'elle renvoie. Takao a un impact sur elle, et elle finit alors ar se dévoile rà lui. Elle se trouve faible alors qu'on la trouve mature, mais peut-être n'est-elle pas la vraie elle face aux autres ?

Reste que, poussé par Sawa, Takao voit peu à peu son masque s'effriter et son "moi" profond se mettre à nu, alors même qu'il commençait à sortir avec Nanako. Mais du coup, il a du mal à supporter cette situation, car il se sent coupable envers Nanako et est incapable de se dénoncer.  

Quand vient l'heure de la fuite de Takao et de Sawa au-delà de la montagne, cela provoque forcément la profonde inquiétude de celles et ceux que le jeune garçon laisse derrière lui : une mère affolée, et une Nanako désemparée...
Dans leur désir de dépasser les interdits, de briser eux-mêmes les barrières de la norme imposée par la société en s'enfuyant au-delà des montagnes enserrant leur ville comme une prison, Takao et Sawa ne peuvent alors pas aller au bout de leur projet de passer de l'autre côté. Une Nanako désespérée les rattrape en implorant Takao de revenir vers elle, puis la police ne tarde pas à débarquer à son tour en ramenant tout le monde chez soi. En rentrant chez lui, Takao doit se confronter aux habituelles contraintes de la société : l'inquiétude d'un père, une mère qui se désespère en pensant avoir raté l'éducation de son fils, des excuses... Et au collège, tandis qu'il préfère ignorer Nanako, il est incapable de se réconcilier avec Sawa qui lui reproche ce qu'il a dit à la fin de leur fuite. Ai, meilleure amie de Nanako, lui reproche son comportement. Quant à ses "amis" Ken et Masakazu, ils sont devenus plus distants.

Plus tard, après l'affaire de la cabane brûlée, le sixième volume des Fleurs du Mal s'ouvre sur l'inévitable : la police frappe à la porte du domicile des Kasuga, pour interroger Takao. Les yeux de l'inspecteur de police ont beau exercer une pression dont on ne peut s'échapper, Takao nie... mais cette opposition aux forces de l'ordre n'est que la première confrontation du jeune garçon aux autres dans ce tome.
Il y a le regard que ses autres camarades de classe portent désormais sur lui, que ce soit ses anciens amis qui s'éloignent, les filles qu'il dégoûte, et Ai qui lui en veut profondément pour ce qu'il a fait à Nanako.
Puis il y a le regard que posent sur lui le directeur du collège et le prof : un regard d'adultes qui les prennent de haut, Sawa et lui, et qui pensent tout savoir alors que ce n'est pas le cas.
Enfin, il y a surtout la réaction des parents du jeune garçon. Des parents qui avaient choisi de lui faire confiance après ses précédentes frasques, et qui désormais ne savent plus quoi faire. Sa mère est effondrée, pensant avoir raté l'éducation de son enfant, et le père tente de prendre des décisions radicales. Ils ne comprennent pas, ils souffrent à cause de l'enfant qu'ils aiment pourtant... mais Takao souffre aussi, encore et toujours, car il est plus que jamais ligoté par l'amour de ses proches, et par cette société qui le rattrape constamment pour l'étouffer.
  
  
  
  
  
Mais s'il y a un seul personnage qui cristallise parfaitement tout l'impact que Sawa et Takao ont pu avoir sur leur entourage avec leurs différentes frasques, il s'agit bien de Nanako, au départ si douce, et qui va complètement changer, se révéler, mais aussi passer plusieurs fois par le désespoir.
  
Dès le tome 3, l'opposition entre Sawa et Nanako est excellente et symbolique, car face à Takao se présentent alors deux choix : partir avec Sawa au-delà de cette ville et de cette société étriquée où il ne se sent pas à sa place, ou revenir en arrière avec Nanako. A partir de cet instant, Nanako est un personnage qui gagne énormément en importance et qui a beaucoup de choses à dire. Dès le début du volume 3, on sent symboliquement que son rôle va grandir, quand elle est au milieu de la fleur peinte sur le sol de la classe, comme prisonnière d'elle... en attendant que sa "Fleur du mal" éclose à son tour ? Précédemment on avait déjà pu cerner qu'elle n'était sans doute pas la vraie elle face aux autres, qu'elle aussi se sentait peut-être à l'étroit dans cet univers normalisé... Ses réactions par la suite sont alors autant de témoins mystérieux de ce qu'elle peut ressentir : sa réponse à Takao quand elle apprend la vérité sur lui, sa poursuite sur les routes sous la pluie, ce qu'elle affirme d'elle... On découvre une adolescente qui, sous ses allures classiques, renfermait elle aussi des douleurs dans son quotidien étouffant, et qui grâce à Takao a enfin l'impression de sortir du lot.
  
Alors, quand Takao se détourne d'elle, sa réaction ne peut être que terrible, autant pour elle-même que pour son entourage. Et c'est particulièrement le cas dans le tome 5, ou la jeune fille n'est plus dupe. Elle le comprend très vite : les seules personnes ayant pu voler les culottes sont Takao et Sawa, qui les ont installées en trophée dans leur cabane. Et pour elle, les questions se bousculent alors. Pourquoi sa culotte est-elle la seule qui n'a pas été prise ? Que font Takao et Sawa ensemble ? S'aiment-ils ? Voire ont-ils couché ensemble ? Ces interrogations, elle ne peut les supporter, car tout comme Sawa a ouvert de nouvelles libertés à Takao au point de devenir indispensable pour lui, notre héros a, à son tour, eu le même impact sur celle qui, il y a encore peu de temps, a été sa petite amie.
  
A ses côtés, le rôle de son amie Ai grandit un peu, lui aussi, et rappelle certaines choses. Il y a encore peu de temps, Nanako représentait pour Takao l'autre choix, celui opposé à Sawa, celui qui pouvait encore rattacher le jeune garçon à la "société normale". Ici, c'est au tour d'Ai de représenter ce deuxième choix, mais pour Nanako, et face à Takao. Ai, jeune fille restant dans le moule de la société, prend simplement Takao et Sawa pour des cinglés en découvrant la cabane avec son amie, et elle conseille à Nanako d'aller avertir la police. Mais Nanako n'en fera rien, car les règles qu'elle a toujours suivies, en elle aussi, se sont déjà fissurées...
  
Si l'on suit avec attachement Sawa et Takao, il en est donc tout autant d'une Nanako qui chute et dont l'ombre n'est jamais loin de ses deux camarades, qu'elle ne cesse plus de guetter jusqu'à en être obsédée. Et plus que jamais, Nanako, alors qu'elle perd pied, apparaît très juste tant elle se livre désormais sans fards. On découvre plus en profondeur ce qui a fasciné la demoiselle en Takao dès leur première sortie ensemble pour aller voir les livres : sa manière d'affirmer ses goûts, chose qu'elle n'avait jamais vue. Dès lors, elle aussi a commencé à se libérer des contraintes et à vouloir sortir du rang et des règles que son entourage lui a toujours directement ou indirectement imposées. Elle aussi a voulu aimer des choses par elle-même, et ne plus aimer que ce que son entourage veut qu'elle aime. Takao fut celui qui la regarda pour la première fois d’un œil véritable et sincère, et non avec un masque. Oshimi dépeint avec une justesse inouïe le ressenti sincère de la jeune fille, et tout comme pour Takao et Sawa, il est alors impossible de ne pas ressentir quoi que ce soit devant elle, en la voyant ainsi.
  
Mais Nanako ne sait plus comment posséder Takao, comment l'empêcher de s'éloigner, comment le reprendre à Sawa. Et en cela, la voie qu'elle prend dans la dernière partie du volume 5 est terrible, car elle implique quelque chose de beaucoup plus grave que tout ce qui s'est déroulé avant. Un acte qui est parfaitement mis en scène par l'auteur sous des allures noires, froides et brutales. La fleur du mal de Nanako est désormais éclose, autant psychologiquement que physiquement. Mais elle a pris une dimension bien différente de celle de Takao, et notre héros, en agissant comme il l'a fait depuis le début de la série, n'avait sans doute pas conscience du mal qu'il serait amené à faire à cette jeune fille mais aussi du mal qu'elle lui ferait...
  
  
  
  
  
Non, décidément, briser les règles de cette "normalité" imposée par la société ne peut se faire sans conséquences. Comme si on ne pouvait se débarrasser de ça, et qu'on était contraint de s'y acclimater...


Les principales influences d'Oshimi


Les Fleurs du Mal voit Shuzo Oshimi se baser sur plusieurs influences fortes, en voici quelques-unes parmi les principales.

Tout d'abord, si la série d'Oshimi se nomme Les Fleurs du Mal, c'est évidemment parce qu'elle est imprégnée de l'oeuvre éponyme de Charles Baudelaire. Un livre de chevet pour Takao, un livre que le mangaka avoue lui-même avoir lu avec passion au collège, un livre qui fut particulièrement controversé à l'époque de sa sortie pour sa manière de briser les tabous : spleen, masochisme, souffrance dans le monde d'en-bas, vanité humaine, dégoût de soi... sont quelques-unes des thématiques de l'oeuvre de Baudelaire que l'on retrouve dans celle d'Oshimi. Et à l'instar du recueil français, l'histoire de Sawa et Takao est vouée à une tentative de briser les barrières de la norme, de dépasser les interdits.

Les Fleurs du Mal est également un tire en partie autobiographique, où l'auteur s'inspire de lui-même. Shûzô Oshimi ne cache pas du tout que Takao est beaucoup basé sur lui-même (par exemple, comme Takao, il lisait énormément pendant ses années de collège, et le recueil de Baudelaire était l'un de ses livres de chevet), et qu'il y a énormément d'autres inspirations : de  la ville où il a grandi dans la préfecture de Gunma, de son ancien collège, de ses anciens copains du collège, de la rivière coulant près de chez ses parents... sans oublier le personnage de Sawa lui-même, qui se base par certains aspect sur une personne réelle qui l'a déjà insulté de tous les noms, à savoir sa propre femme.

Ensuite, notons que, comme pour réellement faire surgir les "fleurs du mal", Oshimi dessine régulièrement ce qui sera un réel symbole de son manga : des fleurs noires avec un oeil. Présent sur la couverture de l'édition japonaise des Fleurs du Mal (le recueil de Baudelaire), ce motif provient d'une oeuvre du peintre français Odilon Redon qui a lui-même offert à travers elle une interprétation de l'oeuvre de Baudelaire. Il s'agit par ailleurs du peintre préféré d'Oshimi.

Mais Rédon est loin d'être le seul peintre à avoir marqué le mangaka. Entre autres, Oshimi avoue apprécier Francisco Goya, ainsi que la peinture symboliste entre autres. Il adore également des artistes surréalistes comme Max Ernst, André Breton ou Paul Delvaux, et cela se ressent assez dans son œuvre.
  
  
  
  
  
Oshimi est aussi un auteur qui aime assez se livrer dans ses textes entre les chapitres, entre autres. On peut notamment y apprendre le nom de certains mangas qui l'ont influencé : "Sakura no Uta" de Tetsu Adachi, "Gekkô no sasayaki" de Masahiko Kikuni, ou encore "Inu" de Haruko Kashiwagi.
  
  

AKU NO HANA © Shuzo OSHIMI / Kodansha Ltd.

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