L'école emportée - Actualité manga
Dossier manga - L'école emportée

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Sommaire

Publié le Vendredi, 05 September 2014


« C’est fantastique », comme c’est pratique !


On peut en effet faire un gros reproche au manga, si bon soit-il. On a parfois, et même beaucoup trop souvent, l’impression que sous prétexte que le récit est fantastique et donc ancré dans un monde où tout peut arriver, l’auteur se permet d’apporter une foule d’éléments tirés par les cheveux, et surtout très invraisemblables et expéditifs. Car oui, même dans un récit de science-fiction bourré de situations en désaccord complet avec la réalité qui est la nôtre, la vraisemblance reste un élément important. Pourtant, ma critique porte plus ici sur la façon dont certains passages du manga sont introduits plutôt que sur leur contenu. Il est en effet possible de faire n’importe quoi avec un manga de ce style, de mettre en scène les éléments les plus fous et les retournements de situation les plus improbables, mais il faut le faire bien.

Un exemple concret : l’épidémie de peste et la façon dont elle est endiguée. Que nos héros soient suffisamment maudits pour attraper la peste alors qu’ils sont déjà perdus seuls dans un futur dévasté où tout ou presque essai de les tuer, c’est une chose (presque comique quand on regarde les choses avec recul). Seulement, ici, et comme souvent dans L’école emportée, tout va trop vite, et l’introduction comme le dénouement de cette partie parviennent difficilement à être crédibles de par leur côté expéditif, trop brut. C’est souvent comme ça dans l’école emportée, pour ne pas dire tout le temps, chaque élément apportant une solution ou un problème semble sortir de nulle part, jusqu’au final, où par une succession de miracles n’ayant apparemment aucune source, la planète redevient vivable. Il en va de même pour les relations entre les personnages, avec en tête le conflit entre Shô et Ôtomo, qui survient d’abord par des touches successives de violence d’Ôtomo envers Shô, avant de devenir un conflit mortel créant deux clans au sein de l’école (il y aura de nombreux morts suite à leurs altercations) pour finalement se régler en quelques pages avec une explication certes cohérente, mais amenée avec si peu de tact et si brusquement qu’elle est difficilement crédible.

Les exemples ne manquent pas, mais l’œuvre reste en partie excusable de par son ancienneté, les codes narratifs du manga ayant beaucoup évolué depuis la parution de L’école emportée dans les années soixante-dix.
  
  
  
  
  

Les préadultes


Parce qu'un adulte n'est jamais qu'un enfant qui croit qu'il sait. L'école emportée met dans un premier temps en scène des enfants de maternelle et de moyenne section tout à fait ordinaires. Ils sont insouciants, capricieux, et dépendent des adultes. Pourtant, très vite, les « enfants » vont être confrontés à une situation de crise (ce n’est rien de le dire), et vont devoir se montrer matures et indépendants.

Ici, une question se pose quant au postulat d'Umezu. Soit les enfants sont foncièrement insouciants, capricieux et dépendants des adultes (et toutes les autres caractéristiques qu’on leur attribue généralement), et sont forcés de par leur situation d’acquérir des capacités de grandes personnes, capacités qu’ils n’avaient initialement pas. Soit, les enfants ont déjà en eux nombre de facultés qu'on ne leur prête ordinairement pas, et ce bien avant d'avoir atteint l'âge de raison. Dans le second cas, les aptitudes naturelles des enfants seraient bridées par le milieu protecteur dans lequel ils évoluent, dans lequel ils n'éprouvent pas la nécessité de se révéler complètement. Une autre question se pose alors, est-il nécessaire de laisser aux enfants un temps d'insouciance, et ce même s’ils ont les capacités de s'en passer ? Et si oui, quelle doit être sa durée ? Mais je m'égare, et dans tous les cas, impossible de connaître le point de vue d'Umezu, à moins de le lui demander directement.

Toujours est-il que dès le premier volume de la série, les élèves de l'école Yamato deviennent tout aussi débrouillards que le seraient des adultes, voire plus. Et c'est une véritable société en miniature qui se met en place. La survie s'organise, on répertorie les ressources, met en place des tours de garde, lance des expéditions pour explorer les alentours de l'école... Certains occupent des postes bien précis, comme médecin, infirmière ou encore ministre au nouveau gouvernement, et on recréer des similis famille, avec un père et une mère parmi les plus âgés, et des enfants parmi les plus jeunes. Différents partis se forment, on assiste à des guerres de clans et à des coups d'état. En définitive, les enfants recréent le monde qu'ils ont quitté... en reproduisant les mêmes erreurs. Umezu lance plusieurs pistes de réflexion, posant notamment la question de l'influence sociale (est-on forcément amené à reproduire les modèles sociaux que l'on connaît ?), de la fatalité du destin humain (est-on nécessairement amené à perpétuer nos erreurs ?), et de la légitimité de tel ou tel système de gestion de la population (l'école est tantôt gérée par une simili démocratie, tantôt par une dictature autoritaire, et sa population est tantôt unie, tantôt divisée). Sans aller très loin dans ses réflexions, il met en exergue de façon intéressante (pourvut que l'on veuille aller plus loin) un certain nombre de points lié à la vie en communauté.

La société reproduite est similaire à la nôtre sur de nombreux points, dont un absolument essentiel : elle est à la fois responsable et victime de son malheur.
  
  
  

YORYU KYOSHITSU by Kazuo UMEZU © 1998 by Kazuo UMEZU / Shogakukan Inc.

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