Dossier manga - Le Dieselpunk dans les mangas
Sommaire

Publié le Vendredi, 25 January 2019


L’univers Dieselpunk immersif

  
Sur ce point Winged Mermaids faillit puisque son univers est bien moins travaillé en termes d’immersion du fait que l’intrigue se concentre principalement sur les protagonistes et leur course au pouvoir. A coté de cela on peut séparer les œuvres restantes en deux visions, la première soutenue par City Hall est essentiellement cosmétique et on gagne en immersion que d’apparence ; la seconde est galvanisée par Tanya the Evil et Wizard of the battlefield qui apporte un regard réaliste sur la guerre au sens industriel.
  
  

Une immersion d’arrière-plan

  
A quel point on s’immerge dans l’univers d’un manga et par quels moyens ? Déjà par une bonne présentation de ce dernier avec des indications temporelles et des indices quant à son histoire. En prenant City Hall sous ce prisme on découvre d’une part que le duo Lapeyre-Guérin présente efficacement leur univers par son cadre spatio-temporel, dés les premières pages du premier volume on découvre ce Londres rétrofuturiste et sa société gouverné par le progrès technologique mais l’enracinement dans un style désuet. Et lors de moments critiques on en apprend davantage sur l’histoire cet univers ainsi que certains rouages de la société. Déjà la place importante du papier qui a été interdit pour éviter, par crainte, de voir les papercut réduire l’humanité à néant. Cette prohibition amène alors logiquement un marché noir dirigé par des groupuscules mafieux, ce que la série n’omet pas de montrer tôt dans le récit en dévoilant le passé d’Amélia et son altercation avec Al Capone.
  
 
   
  
On peut saluer aussi la création méticuleuse de toutes les sphères de la société de l’univers dans City Hall. Les différentes planches de vue d’ensemble d’une rue londonienne ou parisienne montre la vie grouillante de la société, chapeaux haut-de-forme et melon, les différentes automobiles circulant sur les artères principales nous donnent déjà une belle image de l’univers. Mais à chaque volume les auteurs rajoutent une couche d’arrière-plan ; l’arrivée du jeune reporter George Orwell rappelle ces œuvres de polar où la presse fouine un dossier noir de politiciens ou simplement la bonne affaire ; ce qui fait écho d’ailleurs avec la mise en place de Big Eye par le maire Malcom, véritable essaim de drones. Les différents corps de police, la royauté ou bien l’effervescence parisienne rajoute du menu détail au profit de l’immersion.
  
L’introduction du concept d’Exposition universelle, grands évènements du XIXe siècle et vecteur de soft-power technologique, est fort bien utilisé au cours des deuxièmes et troisièmes volumes de la série tant par la narration qui s’y déroule que par l’éventail de ce que cela permet en terme de dessin. Guillaume Lapeyre ne cache pas de nombreux easter eggs à la Pop culture ainsi que de l’histoire, l’un des projets originaux de la Tour Eiffel et une reconstitution du Grand-Palais sont les plus évocateurs. Tous ces éléments disparates participent alors à la construction d’un univers cohérent qui se fait écho à lui même et donne vie au cadre dans lequel évolue ses personnages.
  
  
  
  

La représentation d’une guerre industrielle

  
Il n’est jamais facile de présenter tous les pans d’une guerre telle que nous la connaissons depuis 1914, entre la difficile représentation de l’horreur de celle-ci ou bien de garder à l’esprit que toute la société était encadrée autour de la propagande militaire d’une nation. Pourtant Tanya the Evil et Wizard of the battlefield parviennent à un résultat satisfaisant quant à leurs propos. Les deux séries présentent un monde en guerre au format de celle qui a terrassé l’Europe entre 1914 et 1918. Le premier conflit où l’humain est devenu un simple chiffre sur des rapports d’états-majors ; vision d’ailleurs adoptée par le personnage de Rerugen dans Tanya the Evil qui voit venir la folie destructrice d’une caste militariste sur l’ensemble de la société. Chika Tojô et Daisuke Hiyama insistent sur la différence subtile entre les décisions prisent par les officiers généraux et la situation au front. Zettour, Rudersdorf ou le général Masaomi Hyakutake prennent peut-être des décisions utiles pour la nation mais c’est davantage pour précipiter leurs avancements dans la hiérarchie et le pouvoir. Ils ne s’apitoient  pas du sort de la simple recrue, qui devient un chiffre, tout en gardant un regard détaché par la protection que confère l’Etat-major, pour eux les pertes sont monnaie courante, il leur suffit de les limiter au possible pour ne pas déclencher la colère du peuple. Pour le coup c’est similaire à notre réalité, cette image du général imbu de sa personne qui se moque des pertes humaines a été massivement relayée après les déboires de nombreux généraux français lors de la Grande Guerre et ses « offensives à outrance ».
  
  
  
  
Visuellement, Tanya the Evil et Wizard of the battlefield nous donnent une vision réaliste d’un conflit armé, ou en tout cas une version acceptable sur le plan historique. Déjà l’horreur de la guerre de tranchée marqué par les barrages d’artillerie incessant qui causent la majeure partie des pertes est retranscrit dans toute sa violence. L’image de Visha haletant d’épuisement après son baptême du feu sur le front du Rhin est une belle image des contraintes physiques d’un tel combat. Les réseaux de tranchées sont également bien représentés et lorsque s’ajoute à cela les charges d’infanterie le choc qui va sans suivre démontre la hargne des belligérants. Etre assaillit de toute part par les différentes idéologies en présence nous permet alors de cerner les buts de chaque camp ; que ce soit le zèle religieux opéré, ‘involontairement’ par Tanya, la simple conquête pour satisfaire un ego politique ou tout simplement la survie du fléau de la guerre quand ce n’est pas une vengeance personnelle pour Haru dans Wizard of the battlefield.
  
Enfin dans ces deux œuvres on insiste parfois sur la technologie qui va « changer le visage de la guerre moderne », notion bien présente dans les œuvres Dieselpunk, les auteurs ne manquent pas à cet appel et propose chacun les nouvelles armes qui devront apporter la victoire à leur pays ; l’Elenium 95 chez Tanya the Evil et l’automitrailleuse ainsi que le char d’assaut pour Wizard of the battlefield. Que ce soit de la bouche de leur inventeur qui ne manque pas de glorifier celle-ci comme le Saint-Graal, ou bien par son utilisation qui pour le coup donne un élan à la résolution de certaines intrigues tant la puissance de l’arme permet de balayer toute concurrence ; on divulgue au lecteur les caractéristiques techniques et les possibilités en combat de l’arme présentée. Ainsi nous sommes préparés à voir l’utilisation de l’arme en situation réelle et on attend de voir à quel point celle-ci sera efficace.
  
  
  
  


Suivre les commentaires du dossier

Ajouter un commentaire

*


Le code HTML est interprété comme du texte et les adresses web sont automatiquement transformées.

Si vous voulez créer un compte, c'est ICI et c'est gratuit!

> Conditions d'utilisation
MN Actus
Dernières news News populaires News les plus commentées Fermer

Dernières News