Dossier manga - Le Dieselpunk dans les mangas
Sommaire

Publié le Vendredi, 25 January 2019


L’univers uchronique

 
Pour trouver du Dieselpunk dans une œuvre il faut d’abord regarder l’univers de celle-ci. Notamment le cadre spatio-temporel du récit ainsi que son histoire, la situation politique des différentes nations, et les différents visuels qui s’y rattachent comme les mœurs ou la mode vestimentaire. Dans la majorité des cas il est préférable de reprendre notre monde et de le modifier en changeant un évènement historique majeur dans une fourchette de dates pour créer une uchronie Dieselpunk, mais la création originale d’un monde qui se situe technologiquement dans la première moitié du XXe siècle est aussi louable. Ainsi dans notre corpus de séries nous avons une égalité parfaite entre tout d’abord City Hall et Tanya the Evil qui récupèrent notre monde pour le modifier à leur sauce, et ensuite Winged Mermaids et Wizard of the battlefield qui disposent de leur propre univers.
  
  
  
  
City Hall remonte le temps jusqu’au Londres de 1902 ; mais la capitale d’Albion est méconnaissable, d’immenses buildings s’élèvent et font de l’ombre à Big Ben. Ces bâtiments sont d’ailleurs influencés par le mouvement architectural art déco, la ville est traversée par des métros aériens et des zeppelins s’agglutinent dans les cieux. Bien que beaucoup considèrent la série de Lapeyre et de Guérin comme Steampunk par son utilisation des trains à vapeur et du papercut de Jules Verne, véritable meca à vapeur ; beaucoup d’éléments penchent aussi pour le Dieselpunk. En somme City Hall donne un parfait équilibre de ces deux mouvement rétrofuturistes. Malgré tout on reste dans les standards de la Belle-Epoque (période historique s’étendant de la fin du XIXe à 1914) question mode vestimentaire ; les premières automobiles sont prédominantes mais les auteurs ont aussi incorporés une Bugati Type 35, l’une des plus emblématiques voitures de course des années folles. Question politique il y a de l’originalité, on évince le Roi Edward VII et on le remplace par Victoria II.
  
Cette pratique est très courante dans le courant de changer les chefs d’états à un moment précis, ces derniers pouvant prendre une décision complètement différente que le chef d’état originel et donc changer l’Histoire par effet papillon. Egalement la transformation majeure de Paris, la « Ville Lumière » en une cité industrielle jusqu’à la moelle au point de lui cacher le soleil sous une épaisse couche de nuages de pollution est remarquable d’efficacité ; cela a été le cas historiquement pour certaines villes d’Angleterre, mais ici le fait de rendre Paris irrespirable fait écho à notre monde actuel en proie constante à la pollution de l’air mais aussi permet de créer un décalage majeur avec notre vision de la Ville Lumière qui est dans notre cas, privée de cette même lumière.
  
  
   
  
Pour Tanya the Evil, c’est une toute autre histoire. On reste en Europe mais on change de registre en reprenant l’image des nations à l’aube de la Grande Guerre. Notre cynique salaryman dans la peau de Tanya Degurechaff se retrouve dans un pays que l’on nomme « l’Empire » qui n’est pas sans rappeler l’Empire allemand de 1870 à 1918. Déjà l’architecture finement dessinée par Chika Tojô rappelle le Berlin impérial et son style wilhelmien ainsi que l’architecture typique de la campagne allemande, à l’image des villages alsaciens de France. C’est justesse du style architectural de l’époque est accompagnée par une retranscription juste des uniformes militaires, davantage tournée dans le manga sur les uniformes de la Wehrmacht mais on peut tout de suite noter que dans sa version animée, les uniformes militaires de Tanya et de son bataillon sont ceux portés par les uhlans (lanciers) qui pendant la Première Guerre mondiale servait d’uniforme pour les pilotes de la Luftstreiktkräfte (l’aviation allemande) tel le Baron Rouge. Bien évidemment l’auteur a évincé les croix gammées et autre symbole nazi du fait que l’uchronie politique reste impériale. En parlant politique, l’Empire se trouve agrandi que dans la réalité, il a englobé l’Autriche-Hongrie, le Benelux, le Danemark ainsi qu’une partie de la Suède. On retrouve bien évidemment les autres pays européens comme la République Françoise et son non moins célèbre général de Legaut (référence certaine au Général de Gaulle).
  
Dans Winged Mermaids et Wizard of the battlefield nous ne sommes pas dans un monde ressemblant au notre mais bien dans un univers inventé de toute pièce même si les inspirations sur notre histoire restent présentes. Winged Mermaids nous transportent dans un monde parsemée d’îles et de mers intérieures, Remzea. Natif du Royaume d’Aizen, Ishito introduit rapidement l’histoire de la dernière guerre avec Yggländ, un royaume voisin, et comment l’aviation a changée le visage du conflit. L’auteur insiste également sur la grande dimension géopolitique du conflit fratricide entre la Princesse Nadarika et le reste des princes pour le pouvoir d’Aizen. Cela fait écho aux nombreux conflits et luttes de pouvoirs entre différents clans au cours du XXème siècle comme l’assassinat du premier ministre japonais Inukai Tsuyoshi en 1932 et la prise de pouvoir d’une caste de militaires impérialistes.
  
S’agissant de Wizard of the battlefield, Daisuke Hiyama propose un conflit industriel entre le Grand Empire Bandchou et la République de Lordland ; celle-ci ressemble en tout point à la Première Guerre mondiale par son utilisation massive de l’artillerie, des offensives à outrances, des systèmes de tranchées et des tactiques d’infiltration héritées des Sturmtruppen (unité d’assaut d’élite de l’Empire allemand). En cela Wizard of the battlefield propose un récit similaire à Tanya the Evil de part la ressemblance du conflit ; mais là où Tanya the Evil se concentre sur les unités aériennes et la dimension stratégique et géopolitique des batailles, Wizard of the battlefield propose le suivi d’une escouade d’éléments disparates d’anciens régiments d’élites dans  une mission suicide en territoire ennemi tout en donnant le point de vue de l’ennemi, dans cette situation on privilégie les relations entre les soldats qui fraternisent en tant que camarades du champ de bataille.
  
  
  
  

Des objets qui s’y rattachent

  
Bien évidemment les œuvres citées ne se limitent pas à la création d’un univers uchronique, au contraire, leurs auteurs nourrissent ces derniers d’objets ayant un rapport direct avec la période du courant rétrofuturiste. Parfois c’est même une référence subtile à une œuvre Dieselpunk majeure, à l’image de l’easter egg dans le volume 3 de City Hall du casque et du jet pack de Rocketeer. C’est principalement les armes et l’équipement militaire qui est mis en avant, notamment dans Tanya the Evil et Wizard of the battlefield avec un catalogue bien garni d’armes d’infanterie : les pistolets Luger P08 et Mauser C96, le fusil de précision Gewehr 43, la mitrailleuse MG34 ainsi que le pistolet-mitrailleur MP28. Question blindé on retrouve une automitrailleuse Rolls-Royce de 1914 ainsi qu’un Renault FT-17 dans Wizard of the battlefield. Ils devraient bientôt arriver dans la version française de Tanya the Evil, cependant le compte twitter de Chika Tojô (@yooochika) partage les conceptions de certaines planches où apparaissent des panzers allemands grâce à des maquettes et des livres universitaires sur la vie de soldat durant la Seconde Guerre mondiale. Egalement la puissance militaire est représentée à travers l’artillerie avec la fameuse Grosse Bertha dans Wizard of the battlefield, des monomoteurs Hurricane dans City Hall (qui n’est pas sans rappeler la scène mythique de King Kong) ou bien un cuirassé dreadnought dans Winged Mermaids.
  
  
  
  

L’originalité de designs

  
Ici c’est davantage la création originale qui est mis au premier plan. Les mangakas ont inventés des objets en s’inspirant des standards d’une époque révolue ou d’œuvres faisant clairement référence au mouvement Dieselpunk. Je prends pour exemple le character design de White Hawk qui apparait dans City Hall, il est similaire au design original de Rocketeer par son costume d’une part et par ses postures, d’autres pourront y voir le character design du Spiderman-Noir. En se focalisant sur City Hall il est utile d’apprécier le design de l’automobile de Jules ainsi que la moto d’Amélia, tout en démesure, ces designs rappellent à bien des égards des vues d’artistes industriels des années 40 et 50 sur leurs visions de « la voiture de demain ». Les mechas d’Edison apportent également une touche d’ingénierie qui fait référence aux nombreux travaux d’illustrateurs sur les fameuses armures mécaniques et autre automates, le cas par exemple de Jakub Różalski, l’artiste à l’origine des mechas du jeu indépendant Iron Harvest.
  
Mais c’est principalement les aéronefs présents dans Winged Mermaids qui remportent la palme d’or de l’originalité ici car l’auteur ne nous propose par un, mais une dizaine d’avions différents. Chacun ayant ses caractéristiques techniques et une fonction bien distincte. La totalité de ces derniers étant des hydravions apportent les contraintes techniques d’une cellule lourde difficilement manœuvrable et des moteurs majoritairement à découvert. Les Lapins-bleus, le biplan monomoteur d’Ishito et de sa sœur ayant une grande agilité ou l’aéronef d’Agumi qui ressemble pour certains traits au Catalina américain sont ceux mis en avant par le récit. On remarque cependant la majorité des avions ennemis, que ce soit des biplans lourds au double empennage ou bien des monoplans se rapprochant d’avantage de l’aile volante, on peut sincèrement comprendre le travail de pré-production de l’auteur qui a dû procéder à un conséquent travail de documentation pour produire ces aéronefs. Mais le résultat en est que meilleur puisque chaque planche présente ces aéronefs sous tous les angles possibles, renforçant ainsi leur réalisme et leur puissance de feu.
  
  


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