Dossier manga - La Colline aux coquelicots

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Publié le Jeudi, 28 November 2013


La revanche d’un fils

 
 
On a déjà vu que l’ambiance était assez tendue entre les Miyazaki père et fils, surtout durant les Contes de Terremer. Hayao jugeait que son fils n’était pas prêt pour se lancer, et pour la Colline aux coquelicots le père écrit le scénario afin de laisser à son fils la seule réalisation du film. Il peut ainsi s’assurer que l’histoire puisse correspondre aux valeurs du studio, tout en surveillant son travail. Et même si le fils s’éloigne beaucoup du style de son père, il s’inscrit malgré tout dans les œuvres de Ghibli. Plusieurs points en sont le témoin, notamment les flash backs des personnages principaux, les personnages secondaires très humoristiques, le courage de la figure féminine mais surtout l’attachement au quotidien. Cet ancrage dans la vie de tous les jours est caractéristique de ce studio d’animation, et le film n’y échappe pas. On retrouve les moments de cuisine et de repas où les plats sont détaillés, appétissants, copieux, souvent traditionnellement japonais … Umi en cuisine, c’est tout l’art de la table japonais qui entre en mouvement, avec la conservation des aliments sous le plancher, le cuiseur à riz traditionnel, les plats typiquement conviviaux comme le curry … Elle nous fait saliver et on attache beaucoup d’importance à la mise en valeur de la nourriture dans tous les films signés Ghibli. Pourtant, le ménage, le linge ou les courses ne sont pas en reste et c’est vraiment ce rapport aux tâches quotidiennes et aux rituels tout simples que chaque spectateur connait qui nous rapproche des autres films du studio. De plus, cela nous permet de nous approprier les protagonistes créés par Goro.
 
 
  
 
 
En se plongeant dans le passé récent du Japon, dans une aventure amoureuse entre jeunes gens et la vie au lycée, Goo Miyazaki s’éloigne vraiment des frasques de son père et de sa propension au fantastique et aux merveilles. Il décide de rester les pieds sur terre, faisant d’Umi une parfaite image de la japonaise de cette époque, sans lui conférer d’aspect décalé ou magique. Peu à peu, le fils trouve sa voix en se détachant de l’influence de son père qui était fortement présente dans son premier long métrage. D’ailleurs, il est à noter que l’on peut aisément associer l’hésitation de ces personnages aux propres sentiments du réalisateur. Lorsque Umi ou Shun veulent se détacher du passé et avancer vers l’avenir et la modernité, ils incarnent clairement, dans leur vivacité, son désir de s’émanciper de son père. Toutefois, nos héros respectent les traditions, l’histoire qui les a amenés ici, ainsi que leurs aïeuls. Et en ça, on voit que Goro décide de se réconcilier avec son père. Il ne rejette plus son passé et l’œuvre de son père, comme il le faisait auparavant pour tenter de le surpasser et de le remplacer. Il aura compris qu’ils peuvent exister différemment l’un de l’autre, et que l’avenir peut cohabiter avec les traditions les plus sages.
 
 
  
 
 
Malgré tout, et si Goro Miyazaki a réalisé ici un bien meilleur travail qu’auparavant, il n’est pas encore possible d’affirmer que la relève est assurée. En effet, son père a toujours su détacher des moments inoubliables, des épisodes clés dans chacun de ses films. Ici, il manque cet aspect-là, ce moment unique qui nous aurait fait nous souvenir à jamais du film. Il préfère la régularité et l’uniformité de son travail, au détriment d’un passage moteur qui aurait fait de son film un véritable chef d’œuvre. Les scènes amusantes, plaisantes, séduisantes se succèdent sans réellement de surprise ou d’imprévu. A noter également que, pour les biens du film et surtout de son public, le réalisateur a décidé en accord avec son père, de changer  certaines choses par rapport au manga. Les motifs de la révolution des étudiants sont plus nobles que dans le manga où tout partait d’une dette de jeunes garçons ayant utilisé l’argent de leur club pour aller voir une geisha. Ici les motivations sont plus plaisantes et pleines de valeurs. On notera que le Quartier Latin est une création du film, une agréable surprise qui visuellement est d’ailleurs une très bonne surprise.
Sur les points négatifs, Umi est moins développée sentimentalement parlant que dans le manga où elle avait eu un premier amour, ce qui donnait du relief à son attachement pour Shun, et lui conférait une histoire plus creusée. Mais Miyazaki l’a voulue plus pure et désintéressée de l’amour en début de film, trop concentrée qu’elle est sur la gestion de la pension au quotidien. Du coup, malheureusement, son évolution sentimentale est très lisse. Chez le père, l’amour entre ses protagonistes est masqué par une quête épique ou un but bien supérieur, mais ici, au cœur du quotidien, il n’y a rien pour masquer cette pauvreté dans le traité des sentiments. C’est un détail qui ne se ressent pas forcément facilement au visionnage du film, et pourtant les choses sont un peu faciles, Umi est maladroite dans ses émotions. Dans la même veine, il manque des personnages secondaires réellement charismatiques et présents. On attendait une ou deux figures qui se démarque davantage, qui nous choque autant qu’elle nous amuse. Le représentant du club de philosophie, l’ami de Shun, la sœur d’Umi sont autant de figurants qui ont un rôle trop secondaire par rapport à l’importance qu’ils auraient pu avoir.
 
 

© 2011 Chizuru Takahashi · Tetsuro Sayama · GNDHDDT

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