Dossier manga - Kekkaishi

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Sommaire

Publié le Jeudi, 05 May 2011


Kekkai


Aux gens qui découvrent la série, cette page vous est dédiée. On y retrouve plus ou moins en résumé les grandes lignes de l’œuvre et ses particularités, sans entrer trop dans les détails. La base, en quelque sorte, qui couvre d’ailleurs surtout les premiers tomes de la série. Si vous ne devez lire qu’une page, lisez au moins celle-ci (même si dans l’idéal, j’aimerais bien que vous alliez jusqu’au bout, évidemment).
 
  
 
 

Lycéens le jour, chasseurs de yôkai la nuit


La base de l’histoire est assez simple. Yoshimori Sumimura est le descendant d’une lignée de kekkaishi, de puissants utilisateurs de pouvoirs qui ont la capacité de manipuler l’espace et officient comme exorcistes. Sa famille est en charge depuis des siècles de protéger un territoire bien précis, le domaine Karasumori, sur lequel ont été construit le collège et le lycée de la ville. Ce dernier a en effet comme particularité d’augmenter de manière drastique la puissance des yôkai, les créatures maléfiques de la nuit dans le folklore japonais. En d’autres termes, il donne la possibilité de voir émerger des créatures redoutables, qui constitueraient une menace ingérable. C’est pourquoi les kekkaishi élus, ceux portant la marque en forme de carré sur leur corps, ne peuvent s’éloigner du domaine, et doivent assurer la garde chaque nuit dans le périmètre de l’école, pour éliminer tout intrus démoniaque avant qu’il n’obtienne une puissance trop grande.
 
Mais Yoshimori n’est pas seul, une autre kekkaishi, Tokine Yukimura, est également présente sur le terrain, investie de la même mission. Elle fait partie d’une autre famille de kekkaishi, et une rivalité séculaire existent entre les deux clans depuis des générations, notamment pour savoir quelle famille est réellement dépositaire de l’héritage du fondateur du style Hazama, la technique des kekkai. Malgré tout, il règne une certaine collaboration, et le dialogue reste plus ou moins cordial entre les deux maisons. Sauf parfois lors de certaines matinées particulièrement animées.
 
De plus, les deux jeunes kekkaishi peuvent compter sur le soutien de deux précieux alliés, soit Madarao et Hakubi, des chiens fantômes au flair particulièrement affuté quand il s’agit de traquer les ayakashi (autre nom pour désigner les yôkai). Chacun d’eux est lié par un pacte à une des familles de kekkaishi, et les aide depuis des siècles à protéger le domaine, en fournissant aides et conseils aux deux jeunots qui sont actuellement en poste.

Une prémisse facile d’accès, donc, et avec laquelle on peut immédiatement se plonger dans l’histoire. Vous pensez que le tout n’est pas très original ? Lecteurs de peu de foi, naïfs enfants, il ne faut pas fier aux apparences. Découvrez pourquoi en poursuivant votre lecture.
 
 
   
  
  

Cubisme


Les techniques dans les shônens de baston ont tendance à tourner un peu en rond, il faut bien le dire, quand on a lu plusieurs titres du genre. Il y a toujours quelqu’un qui maîtrise le feu, ou la foudre, ou bien qui combat avec des techniques de sabre surnaturelles, ou encore possède une force colossale. Certains jouent aussi la carte de la tactique pure et des grandes explications sur les différents pouvoirs, ce qui peut se révéler sympathique, mais pas toujours très crédible en pleine action, et ralentit souvent un peu la narration.
 
Dans Kekkaishi, Yellow Tanabe se permet non seulement de créer un pouvoir original, mais d’y ajouter encore un aspect tactique. Autant le dire, il n’y a pas de place pour les gros bourrins dans la série. Explications.
 
Les techniques de kekkai de l’école Hazama, fondée par Tokimori Hazama, consiste principalement à moduler l’espace. En d’autres termes, un kekkaishi est capable d’agir sur le vide pour le modeler à sa volonté. S’il a atteint un certain niveau de maîtrise, bien sûr.
 
D’un simple geste par exemple, Yoshimori est capable d’enserrer complètement une proie à l’intérieur d’un kekkai, un champ de force, d’abord en délimitant la cible (hôi), puis l’espace (jôso), puis enfin en formant le kekkai proprement dit, soit une sorte de cube (ketsu). Bien sûr, il n’a pas besoin de réciter à chaque fois ces trois mots, et le kekkai peut être dressé très rapidement selon l’expérience du kekkaishi, mais prononcer ces termes est un moyen de mieux répartir l’énergie et de donner plus de puissance au kekkai (un peu à la manière du « Kiai » en karaté). Ensuite, une fois le kekkai stable (plus le kekkai est gros, plus il est difficile de le maintenir suffisamment en forme, la rapidité dépendant encore une fois de l’utilisateur), deux possibilités : Soit relâcher la proie (Kai), soit brutalement compresser l’espace en refermant les parois du kekkai, ce qui a pour effet d’exterminer la cible (metsu).
 
Cependant, cette technique de base ne se résume pas qu’à la destruction. Le kekkaishi peut aussi s’en servir pour protéger, en dressant un kekkai autour de lui ou bien autour d’une tierce personne. Un kekkai peut également servir de mur pour bloquer la fuite d’un ennemi, ou bien être utilisé de manière plus dynamique, par exemple pour assommer les ennemis ou détruire les structures. Un utilisateur aguerri peut aussi rendre son kekkai plus souple, afin de faire rebondir les attaques ennemies ou créer une triple couche qui en augmentera la puissance. Il a même la possibilité de s’en servir comme plateforme, afin de s’élever dans les airs et poursuivre les ennemis toujours plus loin. Voyez comme avec un simple cube, l’auteure a réussi à combiner tactique et puissance, ainsi qu’adaptabilité et originalité.
 
Et s’il n’y avait que ça… Grâce à leurs pouvoirs spirituels, les kekkaishi sont en mesure d’invoquer des shikigami, des serviteurs de papier, qui peuvent être utilisés pour la reconnaissance, la communication, ou bien encore la réparation des dégâts physiques infligés à l’environnement et aux objets alentours. Ils peuvent aussi utiliser des nenshi, des fils spirituels aux multiples usages, ou bien encore étendre leur aura afin de détecter les mouvements sur une certaine distance. Les kekkaishi les plus puissants ont également le pouvoir de s’entourer d’une aura qui protège et annihile tout ce qui entre en contact avec la sphère, ou bien d’ouvrir des portails entre les dimensions. Il est même dit que certains disposent d’un pouvoir de création. Faut-il encore poursuivre ? Parce qu’il y a encore beaucoup à dire, et encore des techniques à découvrir.
 
Ainsi, derrière des airs simples, la technique des kekkaishi est une mine d’inventivité et d’originalité, qui ne peut que vous fasciner si vous prenez la peine de vous y pencher. Sans aucun doute un des pouvoirs les plus adaptables et les plus puissants de l’univers manga, rien que ça.
  
 
  
 
 

Des personnages vivants et authentiques


Dans la plupart des séries, les héros sont avant tout au service de l’histoire et du scénario. Certains auteurs avouent même qu’ils créent des personnages pour se faciliter la vie dans la construction du scénario. Pour cette raison, ils ont rarement une vie propre en dehors des murs du fil conducteur, et leur vie s’achève virtuellement, une fois la dernière page tournée.
 
Dans Kekkaishi, le cas de figure est légèrement différent. Yoshimori et Tokine mènent leur petit bout de chemin en dehors des combats et des intrigues qui les assaillent. Par exemple, on les voit régulièrement suivre les cours à l’école, ou se prendre la tête avec leurs professeurs et leurs amis, entre autres. Tokine s’interroge aussi pas mal sur la nature de sa relation avec Yoshimori, ni simplement amicale, ni simplement professionnelle, ni simplement familiale,… Un lien plus profond et différent, un peu difficile à mettre en mots. Ils ont même des hobbys. Yoshimori par exemple s’adonne à la pâtisserie. Et il faut voir la passion avec laquelle il en parle, l’énergie qu’il déploie pour atteindre son rêve de construire un château en gâteau. Autrement dit, le soin apporté à la psychologie et au développement des personnages a quelque chose d’impressionnant, de naturel, de cohérent, d’authentique, de vrai. Ce dernier adjectif étant peut-être la meilleure façon de décrire les relations et les personnages dans Kekkaishi. Et ce n’est pas uniquement dans les premiers tomes, histoire de faire démarrer l’histoire, toute la série est entrecoupée de ce genre de moments, jusqu’à la toute fin. Un bel exemple de fidélité et de respect envers son lectorat et ses personnages.
 
De plus, chacun des deux jeunes kekkaishi a une famille, plus ou moins normale, dans la mesure du possible pour une famille de modulateurs d’espace par la volonté. Rien d’inhabituel jusque là, mais ce qui l’est davantage, c’est qu’on est témoin de leurs interactions dans le titre. Mine de rien, ça fait toute la différence. On les voit interagir, se soutenir, se disputer, manger ensemble, et ce, régulièrement… Des petits détails qui n’ont l’air de rien, mais qui contribuent énormément à l’impression de vie palpable qui se dégage du manga. Une impression d’authenticité et de perfectionnisme qui manque grandement au genre, se concentrant généralement sur le spectaculaire et l’action afin de pallier les faiblesses de scénario ou le manque de développement des personnages. Ce qui n’enlève en rien la qualité de certaines histoires, mais qui résulte en une forme de manque et de problème de balance par moment. La série de Yellow Tanabe faisant figure de précurseurs en quelque sorte dans le genre, par ce mélange de vie quotidienne et de combats opposés à de dangereux adversaires. Et qui fonctionne à merveille.
 
Ainsi, Kekkaishi nous propose des héros vrais et vivants, de ceux qu’une fois la dernière page tournée, on se dira qu’ils continuent leur petit bonhomme de chemin, à faire de la pâtisserie, à aller à l’université, se marier, avoir des enfants,… à vivre, tout simplement.
   
 
  
 
 

Narration carrée


On reproche régulièrement au genre shônen de n’être qu’une succession décérébrée de combats. Oui et non, il faut savoir replacer les choses dans leur contexte. Le shônen est et doit rester un divertissement. Les combats font partie du genre, et certains sont excellents dans leurs domaines, car ils assument pleinement leur statut. Ainsi, comme expliqué plus haut, les combats dans Kekkaishi sont originaux de par la nature du pouvoir des kekkai, à la fois tactique (il faut capturer la proie) et rapide (l’auteure ne perd pas de temps en explications inutiles, puisque le principe est simple et facile à saisir). Ainsi, un combat ne prend jamais plus d’un volume avant de se terminer. Idéal pour ceux qui sont blasés des affrontements qui s’éternisent pour pas grand-chose, histoire d’allonger la sauce.
 
Cependant, Yellow Tanabe a opté de surcroît pour une voie particulière, différente à bien des égards. Tout d’abord, les personnages principaux sont liés au domaine Karasumori, et ne peuvent s’en éloigner plus d’une journée ou deux, maximum. Pas de grands voyages ou de brusques changements de décors, les personnages évoluent dans le même environnement. Un élément qui a son importance, puisque la narration s’en trouve évidemment changée. On pourrait croire qu’on se retrouverait rapidement dans un schéma type « monstre de la semaine », mais en réalité, pas du tout. Rapidement, des questions sur la nature du domaine Karasumori entrent en jeu, des facteurs extérieurs, une organisation qui a des vues sur le domaine… Même si nos deux jeunes gardiens ne peuvent pas participer directement à certains événements, la situation évolue malgré tout. Comme dans la vraie vie, en quelque sorte.
 
De plus, patiemment, subtilement, le fil rouge apparaît, les choses changent, on s’attarde davantage sur des personnages qui vivent les événements loin de Karasumori, comme Masamori, et tout l’univers de Kekkaishi reste toujours en mouvement, vers le dénouement de l’intrigue, et les révélations sur la nature profonde de Karasumori.
 
Ajouté à cette balance classique d’intrigues et de combat, La mangaka a su ajouter de sa personnalité, en installant de surcroît une balance exemplaire entre les phases d’action et les phases de vie quotidienne, autrement dit les phases de scénario et les phases plus légères. Après chaque grand moment de tension, il s’en suit toujours des moments d’humour, d’émotion, de vie, de repos, de mise au point. Le combat n’est ainsi pas prédominant, loin de là, et le lecteur a la possibilité d’en découvrir un peu plus sur les personnages, renforçant encore notre empathie pour la série. Parfait pour ceux ou celles qui ne veulent pas voir qu’une longue série de combats avec quelques petites explications de scénario.
 
Sans compter que, tout du long, Kekkaishi reste fidèle à ses principes de base : protection du domaine et questionnements sur sa nature, personnages vrais et qui interagissent de manière cohérente et authentique, combats intelligents, situations banales pour alléger l’atmosphère, scénario accrocheur et passionnant… Toujours, même après plus de vingt tomes. Sans doute un des mangas au rythme le plus maîtrisé et cohérent avec l’esprit de ses débuts qui soit.
  
 




Techniques de création


Le dessin est également un facteur important dans l’appréciation d’une œuvre, il faut être honnête. Mais pas de soucis de ce côté non plus, le trait de Yellow Tanabe est vraiment très agréable (il vous suffit de regarder les différentes illustrations du dossier pour vous en convaincre). Très clair, très lisible, les planches ne sont jamais trop encombrées et on ne s’y perd jamais dans les scènes d’action. Un plus pour ceux et celles qui ont parfois du mal à s’y retrouver dans les combats.
 
Chaque page est aussi très bien pensée, parfois bourrée de petits détails, notamment dans les arrières plans, qui sont souvent juste savoureux, et le soin apporté aux paysages est à saluer également pour leur esthétisme. Sans oublier que certaines planches doubles sont simplement de toute beauté, vraiment magnifiques.
 
Notons aussi un découpage dynamique et des angles toujours bien choisis, afin de faire ressortir au mieux les émotions des personnages, et on se retrouve sans aucun doute face à une œuvre maîtrisée de bout en bout dans sa mise en scène et dans son déroulement.



KEKKAISHI © YELLOW TANABE / SHOGAKUKAN INC.

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