Dossier manga - Kekkaishi

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Sommaire

Publié le Jeudi, 05 May 2011


Shinkai


Et enfin, ma technique secrète, celle qui fait apparaître les choses invisibles, les qualités cachées. En d’autres termes, tous ces petits détails auxquels on ne prête pas particulièrement attention à notre première lecture, mais qui jouent un rôle prépondérant dans notre appréciation du titre.
 
 
  
 
 

Construire ses personnages

 
Maintenant que les fondations sont bien posées, et que les murs sont à peu près dressés, il est en temps de finaliser la construction du grand château qu’est Kekkaishi. Et comment ne pas s’attarder un peu sur Yoshimori, son architecte officiel, ou Tokine, sa muse et conseillère, à ses côtés en toutes circonstances, ou bien encore Masamori, son fournisseur attitré en intrigues de tout genre.

Ce qui est bien dans Kekkaishi, c’est que les protagonistes recrutés pour l’occasion ont toujours beaucoup de personnalité, ce qui se ressent dans la construction de l’édifice. Par exemple, notre ami Yoshimori a une passion tout à fait valable et noble, la pâtisserie, et il s’y exerce avec passion en dehors des heures de travail. Il aime aussi le café au lait et la sieste, et il est très doué pour les travaux manuels (beaucoup moins pour les maths, par contre, un point que nous avons en commun, même si c’est un peu dommage pour un architecte). Il a des amis également tout ce qu’il y a de plus normaux, une jeune fille qui en pince pour lui l’air de rien et essaye régulièrement de trouver une occasion de lui adresser la parole, tandis que lui ne se doute de rien… Bref, des choses parfaitement normales pour un jeune garçon de 14 ans.

Ainsi, Yoshimori n’a pas vraiment l’étoffe d’un bâtisseur dans le sens où on l’entend d’abord, il faut bien le dire. La chef Tanabe l’a dit elle-même, il n’a pas particulièrement la classe. Cependant, il n’a pas non plus la grosse tête, il ne se croit pas capable de faire de grandes choses, et son ambition la plus grande est d’enfin pouvoir avouer ses sentiments à Tokine, sa conseillère, plus discrète mais toujours à ses côtés et qui a un rôle indispensable (et qui pourrait peut-être lui donner des leçons de math afin que Yoshi soit un peu plus en mesure d’assurer son rôle). De cette façon, Yoshimori est infiniment plus sympathique que ceux qui essayent de construire une histoire à coup de buildings classes, mais vides et bancals, et qui sonnent parfois en carton-pâte. L’immeuble Kekkaishi, au contraire, est solide comme un roc, fait pour durer, et surtout à dimension humaine, ce qui le rend bien plus admirable à mes yeux.

Il faut dire aussi que si l’enthousiasme et l’authenticité y sont, c’est parce qu’on trouve une bonne dose d’amour et de passion, soit les sentiments de Yoshimori envers Tokine. Attention, il ne s’agit pas du genre d’émotions qu’on trouve pour pas chère à la quincaillerie shônen du coin, le genre cheap juste là pour faire rire. Non, il s’agit bel et bien de sentiments plus vrais, assez purs étant donné que c’est Yoshimori dont on parle, et très réalistes dans le fond. D’autant plus que Tokine n’est pas une cruche derrière laquelle il faut être en permanence, loin de là. Elle est belle, intelligente, capable de résoudre ses problèmes par elle-même, adorable, mais a aussi son caractère, et a parfois des mots durs avec son collègue. Elle sait se mettre en colère quand il le faut, comme lors de la construction du treizième étage, quand Yoshimori a pris un peu trop de risques et à essayer de griller des étapes qui auraient pu lui coûter la vie. Et en même temps, elle sait aussi lui montrer toute son affection et l’importance qu’elle accorde à leur relation, pour l’instant amicale, comme après son coup de colère à l’étage 13. Mention spéciale aussi lors de la construction de l’étage 23, où la relation entre Yoshimori et Tokine prend un nouveau tournant, léger certes, mais important pour la suite, et qui montre bien qu’une volonté divine essaie de faire évoluer ses sujets de la manière la plus naturelle possible. Et pas de fan-service, rien du tout, bien entendu, c’est pas le genre de la maison, car elle sait rester classe et subtile en toute circonstance. Le point de focus reste bien sûr la construction du tout, mais ces petits-à côté donnent énormément de personnalité à l’ensemble, sans jamais le parasiter. Une forme osmose, en d’autres termes.

Et on peut poursuivre longtemps ainsi dans les relations et les liens qui unissent les personnages dans ce chef-d’œuvre. On pense notamment à la relation entre Yoshimori et Masamori, où les deux frères montrent bien à plusieurs reprises à quel point ils sont différents dans leur façon de penser, mais aussi combien ils tiennent l’un à l’autre, le mieux ils apprennent à se connaître. De nouveaux ouvriers de la Guilde ou de la firme yôkai viennent aussi régulièrement travailler à l’édifice, et tous apportent avec eux leur patte unique, et permettent de construire une œuvre vraiment cohérente et solide, tout en étant unique et magnifique, même si pas gigantesque en taille, ni en faste. Une vraie œuvre d’art, quand on y pense, et qu’on ne se lasse ni d’admirer, ni de discuter de ses qualités, pour peu qu’on apprécie le style simple et la beauté naturelle.
 
 
  
  

Une recette équilibrée et savoureuse

 
Compte tenu du passe-temps de Yoshimori, Kekkaishi est aussi une création pâtissière, qui repose donc sur un équilibre délicat des composants.

On l’a vu, la balance entre les ingrédients « action » et « quotidien » est parfaitement répartie, si bien qu’on ressent d’entrée la douceur de vivre dès la première bouchée. Mais il y a tellement d’autres saveurs à apprécier. Par exemple, chaque chose a son contraire, ou son opposé. Les deux familles aux cuisines, par exemple, aux uniformes opposés, l’un blanc et l’autre bleu nuit, chacun avec un compagnon canin aux caractères complètement différents, même au niveau des préférences amoureuses. L’opposition entre la préparation du zekkai des deux frères Sumimura aussi est aux antipodes l’un de l’autre, l’un blanc et lumineux, l’autre sombre et annihilateur… Et on peut continuer longtemps ainsi. Des petits arrangements qui à nouveau, font la différence et qu’on prend plaisir à remarquer lorsqu’on en reprend un morceau.

De plus, les tâches sont parfaitement réparties. Contrairement à d’autres cuisiniers en herbe venant de diverses cuisines plus populaires, Yoshimori n’a pas la prétention de pouvoir résoudre seul tout les problèmes qui viennent à lui. Normal, il est encore jeune, inexpérimenté, et ne peut pas s’éloigner trop de sa cuisine. D’une certaine façon, on peut dire qu’il n’y a pas de figures centrales incontestables dans Kekkaishi, personne qui pourrait clamer haut et fort le titre de pâtissier suprême, sur lequel repose toute la préparation. Et c’est peut-être ça qui provoque ce mélange de saveurs phénoménal et vraiment original. Et cette cohérence de goût. De plus, le nombre de pâtissier en charge de construire ce fameux château en gâteau est somme toute bien plus limitée que dans bien des cuisines, permettant ainsi de mieux saisir la personnalité de chacun, et ce qu’il a apporté. Un plus très appréciable, et qui permet de ne pas disperser les saveurs, et qui conserve au final tout l’arôme de l’œuvre.

Sans oublier cette petite touche d’émotion qui relève le tout, indispensable pour nous captiver en toute circonstance, notamment dans la recette 3 lors de la rencontre entre Koya et Madarao, ou bien dans la recette 18, lors de la discussion entre les deux frères et la réalisation de Masamori concernant l’affection profonde qu’il a pour son jeune frère, et où la jalousie a laissé place à la reconnaissance de sa valeur réelle.

Au final, Kekkaishi, sous ses airs de préparation peu impressionnante, se révèle plein de surprises, plein de cohérence et d’originalité à la fois, et on redemande toujours plus, sans se lasser, car à chaque fois qu’on en recommande, on a le plaisir de le redécouvrir sous un nouveau jour, ou tout simplement de nous rappeler pourquoi on l’a tant apprécié la première fois, sans jamais se lasser, pas une fois.
 
 
  
 
 

Humour tip-top

 
Oh, tip-top ! La petite Kiyoko apparue dans le tip-top volume 13 pour un temps est revenue nous hanter pour nous apporter sa tip-top vérité ! Ou du moins pour nous la tip-top imposer par tip-top messages subliminaux ! Ca va être tip-top galère de continuer, mais je vais tip-top essayer. Heureusement (ou dommage) qu’elle n’est pas tip-top restée plus longtemps.

Bien, donc je disais tip-top (ça commence à bien faire !) que l’humour tip-top fait partie intégrante de la tip-top série Kekkaishi. Que ce soit dans la tip-top vie quotidienne, lors de tip-top interactions avec le tip-top professeur Kurosu, ou la tip-top Yuri, Yoshimori et compagnie savent nous faire tip-top rire, chacun à leur tip-top manière, et ce sans en faire tip-top trop. Des petits tip-top moments tout simples, mais tip-top grâce aux naturels des personnages et leur tip-top personnalité. Car que serait la tip-top vie sans une bonne tip-top tranche de rire de temps à autre, tip-top ? Et je ne vous tip-top parle pas des tip-top mimiques des personnages quand ils sont tip-top en situations inconfortables, tip-top. Et si on ajoute les tip-top personnages qui viennent parfois frapper à la tip-top de Yoshimori, on obtient un tip-top effet. Mention spéciale aux tip-top Karasu-Tengu, les pauvres souffre-douleurs du tip-top Grand Tengu. Sans compter les tip-top bonus de la tip-top mangaka, Yellow tip-top Tanabe, vraiment tip-top hilarant par leur naturel tip-top et leur bon tip-top sens.

Mais attention, (c’est bientôt tip-top fini, oui ?!) tip-top, la série reste tip-top sérieuse quand c’est tip-top nécessaire, et tip-top drôle quand il le faut, tip-top. Ce qui fait qu’on ne ressent tip-top jamais de tip-top déséquilibre dans la tip-top ambiance de l’histoire, et qu’on sait faire la part des choses. Bref, non content d’être une série aux thèmes bien exploités et profonds, rondement menée au niveau de l’action, du développement des personnages et de leur psychologie, et capable d’éviter tout cliché, Kekkaishi est une des séries les plus drôles que j’aie eu le plaisir de lire. Y-a-t’il quelque chose que ce titre ne sache pas faire ?

Eh, le sort de la petite Kiyoko est rompu ! Je peux enfin arrêter de placer ces irritants tip-top dans chacune de mes phrases ! Ouf !

(Kiyoko : « Cette semaine, la raie trois-quarts fait un malheur ! »)

Noooon, s’il vous plaît, pas la raie trois-quarts ! Enfin, c’est moins soûlant que sa manie de mettre des tip-top dans chaque phrase. J’aurai qu’à pas sortir de chez moi pendant un moment, c’est tout. Heureusement qu’elle ne me fait pas boire de café au lait. Bon, reprenons…
  
 
  
 
 

La vie est un combat

 
Kekkaishi est dans le fond un titre simple, une œuvre sans doute plus personnelle, sans fanfare ni trompettes ou effets de paillettes. Pour cette raison, il sera peut-être mal compris et mal aimés par ceux qui recherchent de l’évasion et de l’aventure avec un grand A. Car le titre nous propose une expérience différente, plus proche de nous, plus quotidienne. C’est pourquoi les scènes de la vie de tous les jours ont une place si importante dans la série, et constituent une partie majeure de l’essence du titre. Le mélange est délicat, subtil, mais il fonctionne à merveille. Le tout est de ne pas lui demander d’être ce qu’il n’est pas, car Kekkaishi est très bien comme il est.

Pourquoi voyager à travers les océans et les dimensions en permanence alors que bien souvent, l’aventure se trouve juste à notre porte, et que la vie en soi est déjà une lutte de tous les instants ?
Si on s’attache autant au titre, c’est parce que les personnages sont humains. Humain dans le sens « proche de nous ». Le genre de personnes qu’on voudrait avoir pour amis, qu’on pourrait rencontrer à l’école, ou au travail. D’autant plus que le titre évite la plupart des clichés propres au shônen, tels les grands discours sur l’amitié et le courage. Les personnages dans Kekkaishi parlent normalement, ont des réactions naturelles aux événements, et chacun d’eux agit à son échelle. Ici, pas de clichés, pas de héros, seulement des personnes qui vivent une vie un peu mouvementé et qui ont des responsabilités différentes, et certes plus dangereuses que la moyenne. Rien que le fait par exemple que les femmes sont les kekkaishi les plus puissants en moyenne constitue déjà une preuve que personne n’est enfermé dans un rôle figé et prédéfini. Il suffit de voir que c’est le père de la famille Sumimura qui s’acquitte de toutes les tâches ménagères de la maison pour s’en convaincre.

Le casting de Kekkaishi est aussi plutôt limité en fin de compte. De nouveaux personnages n’arrivent pas sans cesse juste pour relancer l’action, et chaque apparition a sa raison d’être, son impact, mais jamais il ne donne l’impression d’être inutile ou encombrant. D’ailleurs, aucun personnage, même très secondaire, n’est jamais oublié, même la vingtaine de tomes passée. Le père de Yoshimori par exemple, qui n’a aucun pouvoir ou rôle important, a droit à plusieurs scènes de temps à autres, et prouve ainsi qu’il fait bien partie de la vie de Yoshimori. Et il en va de même pour la mère de Tokine et le cadet Sumimura. J’aime beaucoup le fait que Tanabe considère tous ses personnages comme suffisamment importants dans l’histoire, de façon à ce qu’ils ne disparaissent jamais complètement, rendant le tableau encore plus vivant que jamais.

Rythme différent, ambiance différente, personnages différents,… Kekkaishi a de quoi déboussoler celui qui n’attendrait pas d’un shônen qu’il tienne ce genre de propos ou propose ce type de contenu, ou qu’il bénéficie de ce genre d’ambiance et de traitement. De fait, le titre s’adresse à tous, même à ceux qui n’apprécient pas particulièrement le genre, parce qu’il a su transcender la barrière des styles pour trouver une personnalité propre. Il ne tient qu’à vous de découvrir si vous êtes sensibles à ce genre de changements ou pas, et de prendre le risque d’essayer quelque chose de différent.
 
 

KEKKAISHI © YELLOW TANABE / SHOGAKUKAN INC.

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