KILL la KILL - Actualité manga
Dossier manga - KILL la KILL
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Publié le Vendredi, 24 June 2016


Entre uniformes et dérision


Saint Seiya a les armures divines, Kill La Kill a… les uniformes scolaires, et plus largement les vêtements. Dans la série du studio Trigger, les vêtements à pouvoirs, dits uniformes Goku, sont classés par leur nombre d’étoiles symbolisant un rang de puissance conféré au porteur. Les plus prestigieux habits confèrent d’étonnant pouvoirs mais sont à double-tranchant puisque nécessitent le sang du porteur pour se restaurer en énergie. Difficile d’imaginer un concept plus farfelu en ce qui concerne des vêtements, qui plus est des uniformes que tous les collégiens et lycéens japonais sont amenés à porter au cour de leur vie, créant un réel décalage pour ceux qui ont évolué au sein de la culture nippone. Et c’est bien ce qui marque Kill La Kill, son autodérision assumée marquée par un second degré qui frappe l’œuvre d’un bout à l’autre.

L’aspect surenchère de l’œuvre en est un premier point dans le sens où, pour rendre crédible pour les pirouettes scénaristiques liées à la montée en puissance des personnages, la série use d’explications et d’idées saugrenues mais justifier l’injustifiable. Si d’un côté en termes de nekketsu la série est une réussite, difficile de ne pas y voir une certaine moquerie à l’égard de ces centaines de shônen qui tentent de recycler la même recette en tentant d’apporter des concepts novateurs mais parfois ridicules. C’est dans cette idée qu’interviennent les vêtements, objets ordinaires du quotidien mais qui, ici, sont synonymes de superpouvoirs et pourraient même engendrer le déclin de l’humanité. Absurde, n’est-il pas ? L’idée est d’autant plus ingénieuse qu’elle permet de questionner sur notre propre société, comme nous l’avons vu dans la partie précédente, tout en se moquant gentiment de ces nekketsu qui continuent de foisonner, notamment dans le manga. Le comble de cette dénonciation sur le registre de l’hilarité revient aux réactions des personnages, trouvant bien souvent très crédible la succession de situation alambiquées.

D’une manière générale, nombre de personnages sont des caricatures, une démarche volontaire des créateurs lors de la conception des protagonistes. Mako Mankanshoku en est un excellent exemple puisqu’elle incarne le modèle de la fille guillerette et excentrique mais poussé à son paroxysme, au point que ses propos n’aient souvent aucun sens. Mais sur un autre plan, ces différents personnages prennent à contrepied les clichés qu’ils représentent lorsque dans leur écriture, ils transcendent la caricature qu’ils sont, montrant qu’un cliché sur patte peut avoir un traitement intéressant et maîtrisé. Satsuki en est un bon exemple même si là aussi, nous n’en diront pas tellement davantage pour ne pas spoiler. Néanmoins, ce serait une belle erreur de la limiter à son rôle de tsundere, autrement dit de figure sévère et moralisatrice comme on en trouve tant dans les œuvres nippones…





L’idée du fan-service est aussi importante dans cette volonté de rire de l’improbabilité de certaines œuvres. Dans l’animation, peut-être plus que dans le manga bien que Fairy Tail ait atteint des sommets à ce niveau, il est très courant de voir des héroïnes dévêtues par bien des prétextes, ce qui va de la simple petite culotte à montrer la demoiselle intégralement nue, en cachant bien souvent simplement les parties génitales. Du côté de la gente-masculine, l’animation aime montrer des personnages jeunes, beaux et souvent bien bâtis. Dans tous les cas, il convient de dévoiler toutes ces plastiques éloignées de la réalité. Alors, comment ne pas rire des Uniformes Goku de Kill La Kill qui, loin de protéger le corps, dévoiles ses plus beaux atouts ? L’intention ici est de faire un pied de nez aux œuvres qui usent et abusent du fan-service en le ridiculisant, en pointant du droit le non-sens de montrer des fasses, des torses et des seins à tout va. L’idée est alors d’autant plus forte qu’à plusieurs reprises, les personnages entourant Ryuko lui demandent si elle compte tourner dans un porno.


Sur les traces de Gurren Lagann


Kill La Kill, par son esthétique, est une série qui rappelle assez rapidement un certain anime du studio Gainax : Gurren Lagann. Cela n’a rien d’un hasard puisque Hiroyuki Imaishi et Kazuki Nakashima sont respectivement réalisateur et scénariste des deux séries tandis que le character-designer, Sushio, était animateur sur la série de mécha. Un staff très similaire sur les deux œuvres donc, et deux séries nées avec des intentions peut-être similaires. Car dans l’une comme dans l’autre, nous avons affaire à du pur divertissement qui prêche par une action démesurée portée par des personnages au sang bouillonnant en permanence.

Le style visuel des deux séries présente donc certaines similitudes, mais bien autre éléments narratifs nous permettent de les rapprocher, à commencer par son schéma. Gurren Lagann avait la particularité de se construire autour de deux arcs bien distingués, un peu à la manière de Kill La Kill bien que cette dernière représente davantage un tout alors que la série de Gainax aurait éventuellement pu s’achever sur la défaite de Lord Genome. Mais dans les deux cas, une certaine montée en puissance est effectuée et atteint une intensité hors norme sur les derniers épisodes. Une patte très farfelue marque les débuts de chaque œuvre qui s’oriente ensuite vers une ambiance plus grave et surtout plus épique. On pourrait pousser la comparaison jusqu’à faire un parallèle des deux derniers épisodes qui utilisent un schéma similaire voire des concepts presque identiques afin de justifier un ultime power-up et surtout les confrontations finales entre les héros et leurs adversaires.





Le côté autodérision présenté par Kill La Kill était aussi particulièrement prisé par Gurren Lagann qui, jouant avec les codes du Super Robot, en est un représentant qui part volontairement dans l’excès pour avoir un rendu improbable, jouant avec des concepts saugrenus né de l’imagination délirante de Kazuki Nakashima. Dans les deux séries, toutes les mécaniques sont appuyées par des rebondissements capillotractés, sans véritable sens, servant à entretenir le délire de chaque série.

Mais Kill La Kill serait donc une redite de Gurren Lagann, sans les méchas ? Clairement, non. Ce que Imaishi et Nakashima ont repris est finalement mineur, il ne s’agit que d’inscrire l’œuvre dans une ambiance, un ton assez unique jonglant entre décalage et surenchère, mais la série du studio Trigger apporte suffisamment d’éléments nouveaux et de thèmes à part pour n’être qu’une série jouant avec un style mais qui aurait pu exister sans l’œuvre précédente. On peut ainsi totalement adhérer à Kill La Kill sans avoir aimé Gurren Lagann (quoique… est-ce vraiment possible ?) et vice versa. Kill La Kill se place dans l’héritage de la série du studio Gainax, mais elle n’en est pas une copie.
  
  
  


© TRIGGER,Kazuki Nakashima/Kill la Kill Partnership

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