Dossier manga - GTO Shonan 14 Days

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Sommaire

Publié le Jeudi, 07 Febuary 2013


La volonté d'un récit-choc

 
 
Pour marquer en profondeur les choses, Tôru Fujisawa conserve son goût pour les événements-choc. Ici la jeune Miki se retrouve kidnappée, là le froid Seiya montre une certaine détermination à tuer son propre père en se rapprochant des yakuza... Pourtant, Seiya n'est pas encore le personnage le plus touchant lors de ce passage, car via la relation que peuvent entretenir parents et enfants, Fujisawa en profite, le temps de quelques pages, pour dévoiler le passé douloureux, cruel et touchant d'une autre élève : Ikuko Ôgaki.  On appréciera à quelques reprises cette bonne gestion de l'histoire, l'auteur ne se contentant pas de développer les personnages un par un, mais en profitant bel et bien pour créer des liens d'opposition entre eux, ici dans leur relation respective avec leurs parents, et dans leur façon de considérer ces derniers malgré ce qu'ils leur ont fait subir. Dommage que ce ne soit pas toujours le cas.

Dans la fin de la série, cette même Ikuko s'avère terriblement touchante tant ce qui lui arrive est horrible et choquant. Le petit focus sur la façon dont elle voyait les choses quand elle était petite sonne juste, son souhait de repartir de l'avant avec sa mère et sa volonté de désormais assumer son corps meurtri présentent une jeune fille courageuse et attachante. La chute n'en sera alors que plus marquante et cruelle pour la fillette, notamment au détour de l'avant-dernière page du volume 8, qui est sans doute l'une des plus fortes de toute la série.

Mais le plus bel exemple de la puissance que peut parfois avoir la série concerne les horreurs subies par la jeune Sakurako. En quelques pages, Tôru Fujisawa parvient à faire tomber les unes après les autres des révélations fracassantes enfonçant toujours plus l'ambiance dans un registre dramatique. L'enfance douloureuse de Sakurako marque facilement, et son père devient vite détestable, tandis que l'auteur met en exergue un sujet extrêmement grave et loin d'être facile à aborder. Pour ce faire, on a d'abord droit à un Fujisawa au meilleur de sa forme, qui évite le voyeurisme facile et préfère faire passer les moments les plus marquants en se centrant sur les réactions de ses personnages. Ainsi, le choc passe surtout par quelques pages montrant bien la panique et la soumission aussi effrayantes que touchantes de la pauvre Sakurako. L'ensemble sonne plutôt juste, d'autant que l'exagération autour des prouesses d'Onizuka est absente. On n'a pas là un sommet scénaristique, mais les pires défauts de l'auteur sont évités, et l'essentiel est passé : la douleur et les craintes de la touchante Sakurako marquent facilement, l'horreur de l'abus sexuel sur mineur bel et bien soulevé.

Dans cette volonté, il reste également marquant de voir Onizuka rentrer à quelques reprises dans ses si typiques explosions quand il se retrouve face à des parents incompétents ou face à des êtres aussi égoïstes que le maire de Shonan. Si le tout est souvent facile, on retient pourtant constamment la verve de notre Great Teacher, balançant des répliques fortes sur l'état du pays où il vit et où les relations entre parents et enfants peuvent être affligeantes. C'est toujours basique, mais c'est efficace car crié avec sincérité, c'est du Onizuka tout craché.
 
 
  
 
 

Les limites de l'extrême

 
 
Quand il s'agit de faire dans les instants-choc et la petite montée d'adrénaline via de l'action intense, on ne peut pas reprocher grand chose à Töru Fujisawa : cet aspect-là est plutôt bien rempli. Mais à force de vouloir aller là-dedans, le mangaka en arriver souvent à dépasser les limites au point de tomber dans la surenchère indigeste et la facilité.

On retrouve un Onizuka destiné à en baver, mais là où, dans GTO, les pièges tendus par les élèves et les façons de s'en sortir d'Onizuka pouvaient se montrer assez imaginatives et fun, les coups bas envers notre héros se résument ici souvent à la même chose: des gros durs débarquent et tentent de casser la gueule à Onizuka ou de l'arrêter, mais notre héros, super costaud, se relève toujours. Un aspect parfois déjà présent dans GTO et qui était loin d'offrir les plus grands moments de la série, et il est donc évident qu'étirer cette recette dans GTO Shonan 14 Days paraît régulièrement indigeste et donne l'impression d'avoir affaire à un mauvais shônen d'action (un peu comme quasiment tout ce qu'a fait Fujisawa entre GTO et GTO Shonan 14 Days).

Cette impression, on la retrouve régulièrement en voyant un Onizuka enchaînant les frasques délirantes et survoltées, rappelant le Eikichi surhumain des derniers tomes de GTO, qui étaient loin d'être les plus convaincants. Sur les premiers volumes de Shonan 14 Days, il est appréciable de voir que Tôru Fujisawa, s'il utilise encore et toujours cette recette, ne la rallonge pas trop, mais plus la série avance, plus on doit constater que ces exagérations sont de plus en plus présentes et de plus en plus longues, que cet aspect "too much" prend trop le dessus, le summum étant atteint dans le dernier volume, sur lequel nous allons revenir un peu plus bas.

A force de vouloir faire dans l'action too much, le mangaka nous amène des rebondissements sortis de nulle part, qui débarquent comme un cheveu sur la soupe, qui sont juste là pour assurer un quota d'action extrême qui, pour le coup, fait totalement dans la surenchère. Ainsi, par exemple, l'arc centré sur Miki prend-il une drôle de tournure quand l'auteur décide d'emprunter la voie de l'action via un rebondissement qui arrive pile poil au bon moment, comme un cheveu sur la soupe, mais qui assure indéniablement la dynamique du volume : alors qu'elle décide de s'éloigner de tout le monde, la jeune fille est kidnappée par des individus aux motivations bien peu glorieuses, ce qui sera l'occasion pour Eikichi et ses potes d'aller voler à son secours de façon totalement exagérée.

En fait, de manière malheureusement trop régulière, Tôru Fujisawa en fait des tonnes. Par exemple, voir Onizuka dégommer à lui seul toute une bande de yakuzas ou rattraper une moto à pieds pourra rebuter ceux qui n'aimaient pas les instants les plus surréalistes de GTO, et séduire ceux qui veulent voir un Onizuka toujours plus cool, toujours plus fort, toujours plus inhumain... toujours plus "too much".

Surenchère encore dans le tome 5, quand Fujisawa remet sur le devant de la scène Miki, via un rebondissement assez gros : la création d'un groupe d'enfants délaissés par leurs parents, qui n'attendent plus rien des adultes, et où l'on retrouve les deux chères jumelles Riko et Miko qui n'ont pas fini d'en faire voir à celles et ceux qui oseraient les "trahir", le tout finissant par amener un drôle de moment : hop, et si, histoire d'apporter facilement un peu de piment, on transformait soudainement la belle et prude Shiratori en redoutable cogneuse ? Euh ? WTF ?

Mais le principal problème est encore à venir, et concerne la tendance de l'auteur a étirer beaucoup trop les choses, au risque de tomber toujours plus dans l'exagération.
Quand, par exemple, on pense l'histoire autour de Seiya bientôt terminée, le mangaka tire les choses en longueur en amenant de nouveaux rebondissements comme un cheveu sur la soupe. Ainsi, si les menaces de ceux qui ont prêté une arme à Seiya sont logiques et sont une bonne raison d'entretenir le danger autour du jeune garçon, on reste un peu dubitatif face à l'arrivée des deux jumelles, Riko et Miko, clichés sur pattes dont l'aspect totalement "too much" ne fera que se confirmer au fil des tomes. Jusque dans le spin-off venant remplir le dernier volume de la série.
Justement, dans le même ordre d'idée, palrons un peu plus de ces fameuses jumelles, sans doute les personnages les plus "too much" de la série. Si Riko préfère finalement se calmer au bout d'un moment, elle ne peut qu'observer sa soeur jumelle s'enfoncer toujours plus dans la violence et se recroqueviller sur elle-même. Son nouveau projet : tuer Ayame et brûler le White Swan... Tout dans l'excès : c'est alors plus que jamais le credo de Fujisawa, et l'auteur enchaîne avec une facilité déconcertante les plus grosses ficelles possibles pour aller dans le too much, ce too much qui avait tant divisé les foules sur les derniers tomes du GTO original. Ici, il faudra donc faire avec une Miko toujours plus extrême, et avec des rebondissements cousus de fil blanc, qui n'ont d'autre but que d'en mettre plein la vue, à l'image de la course en voiture effrénée d'Onizuka sur les rails de train, ou de l'ultime plan fomenté avec Kanzaki et Kikuchi pour contrer définitivement la jumelle rebelle.
Alors certes, le grain de folie d'un Onizuka prêt à tout pour y arriver, c'est aussi ce que l'on aime chez ce personnage, mais à force d'en faire trop, Fujisawa se caricature une nouvelle fois, et il manque ici les belles paroles jetées à la gueule dont est si souvent capable le Great Teacher.

Mais au final, la plus belle surenchère décevante de la série se trouve dans les événements du dernier volume. En exploitant bien ses différentes pistes et en se montrant à quelques reprises aussi choquant que touchant, le huitième volume laissait sur une excellente impression, et laissait envisager une fin de série à la hauteur. C'est donc une grande déception qui domine en assistant au grand final contre le maire, où Tôru Fujisawa retombe dans ses pires travers, privilégiant l'action de rebondissements too much (le maire qui s'envole en jet pack...), au risque de laisser voir de nombreuses facilités (l'adjoint du maire qui change de camp un peu soudainement... et mieux vaut ne pas se demander comment Onizuka et ses compagnons motards ont eu le temps d'aller chercher des masques) qui font parfois dans le plus pur cliché et ne sont qu'un bon gros prétexte pour vite boucler les choses (le maire, gros pourri au point de se payer du bon temps sur son travail, ce qui provoquera vite fait bien fait sa chute...).

Le principal souci de Shonan 14 Days, c'est que Tôru Fujisawa veut souvent un peu trop faire du GTO et tombe dans sa propre caricature. L'overdose guette, mais il reste ce mélange d'action et d'humour en-dessous de la ceinture, et le charisme d'Onizuka.
  
 

GTO SHONAN 14 DAYS © Tôru FUJISAWA / Kodansha Ltd.

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