Food Wars - Actualité manga
Dossier manga - Food Wars
Sommaire

Publié le Vendredi, 16 November 2018


Un cocktail de personnages


L'un des atouts majeurs de Food Wars est sans doute son étonnant casting de personnages, que les auteurs arrivent globalement bien à traiter, sans trop laisser certains d'entre-eux sur la touche. Les personnages de la série se trouvent dispersés en plusieurs catégories : les élèves ordinaire d'une part, sachant que nombre d'entre-eux appartiennent au dortoir où crèche Sôma, le fameux Dortoir de l’Étoile Polaire, ceux qui trônent sur le monde culinaire, qu'il s'agisse du Conseil des Dix Maîtres ou les anciens maîtres qui se sont épanouis dans leurs propres établissements, et les adultes qui assument un regard observateur et font office de grandes figures de la gastronomie que les élèves idéalisent, et ne constituent jamais des images de rivaux. Du beau monde donc, qui apparaît évidemment au fil des chapitres et des tomes, que la série va traiter avec plus ou moins de justesse sur son déroulement. A ce titre, la forme des grands arcs de Food Wars s'avère assez utile. Les tournois et autres compétitions de gastronomie, qui permettent aux élèves de briller au sein de Tôtsuki, voire de passer en classe supérieure, apportent des schémas préconçus efficaces pour mettre en avant, à tour de rôle, ces personnages. Si lors des grandes étapes il semble évident que les personnages importants comme Sôma, l'ambigu Ryô et le charismatique Akira soient en avant, il faut reconnaître que les figures plus secondaires ont droit à de bonnes mises en avant. On ressent notamment ce résultat en terme d'alchimie sur la durée, la série parvenant à rendre totalement crédible ce petit groupe d'adolescent évoluant dans un contexte scolaire et culinaire impitoyable. Le Dortoir de l’Étoile Polaire nous apparaît progressivement comme une véritable famille, excentrique mais soudée, à laquelle se greffe des personnages récurrents comme Alice et Ryô, les frères Aldini et Akira. Un effet réussi car, dans ce type d’œuvre, le lecteur s'attachera forcément à plusieurs de ces personnalités bien marquées, et aura ses chouchous. Alors, quel plus grand plaisir de le voir remis en avant, à un moment donné, et alors que les enjeux se font plus impressionnants ? Dans cette optique, la série se substitue même de son sujet central, la cuisine, l'écriture des personnages devenant l'intérêt majeur.

Et en parallèle à tous ces petits développements, certains prennent plus d'importance au sein d'un arc ambitieux, convenu dans ses codes mais qui permet aux auteurs de nous en apprendre plus sur certains personnages, et de faire aller de l'avant certaines des figures principales de l’œuvre. Le long arc Azami Nakiri est un véritable festival d'intrigues et de développements divers, l'antagoniste amenant à lui seul un développement minutieux de la famille Nakiri mais aussi du passé de Jôichirô Saiba, père de Sôma très étroitement lié à la conspiration de "l'ennemi", mais permet aussi à Erina d'enfin progresser, d'assumer son schéma de tsundere assurément, mais de ne pas rester unidimensionnel. Ce qui rejoint d'ailleurs ce que nous disions que les mécaniques de la série : elles sont classiques, déjà vue dans beaucoup d'autres séries, mais assurent le côté divertissement. Ce classicisme se marie alors assez bien avec les développements des personnages, aussi on retrouve, entre deux compétitions classiques, des révélations attendues et impressionnantes, qui parviennent globalement à donner du relief aux personnages plus secondaires. On s'en rend compte progressivement, Food Wars vire dans le très classique, mais le fait globalement bien.

Au final, chacun pourra y trouver son compte avec cette écriture. Certains apprécieront les petits fulgurances des personnages secondaires qui ont droit à quelques moments de gloire, tandis que d'autres apprécieront les développements dramatiques et ambitieux autour des figures symboliques de l’œuvre, sans compter la relation entre Sôma et Erina qui semble s'assumer en tant que romance au fil des tomes. Il y a tout un schéma générationnel, placé sous le signe du drame, caractérisé par les figures comme Sôma, son père, Azami ou Erina... Soit quelque chose de moins crédible, mais qui a son charme en terme de sensation au sein du récit.



SHOKUGEKI NO SOMA © 2012 by Yuto Tsukuda, Shun Saeki / SHUEISHA Inc.


Une patte graphique qui donne faim


Food Wars doit son succès à sa recette d'une part, mais aussi à son aspect graphique impressionnant. Très rapidement, le dessin de Shun Saeki surprend par sa finesse et son détail. Les personnages sont beaux sur le papier et rendus particulièrement vivants, ancrés dans un surréalisme digne des œuvres du Jump, que ce soit par l'omniprésence de jolies filles ou de beaux éphèbes, ou par les atouts corporels des différents personnages. Les garçons sont globalement bien bâtis et musclés, là où les demoiselles sont fines et présentent très souvent des poitrines avantageuses. Un côté graphique racoleur plus qu'évident, mais pas surprenant quand on s'intéresse aux œuvres passées du dessinateur qui s'est spécialisé dans le hentai avant d'intégrer l'écurie Shûeisha.

La patte aguicheuse de Shun Saeki se mêle habilement avec les intentions du récit, d'ailleurs. On l'a évoqué précédemment, les différents duels culinaires de Food Wars s'achèvent souvent par une véritable apothéose, où les goûteurs subissent un orgasmes culinaire en terminant, dans leur inconscient, dénudés et dans des situations aussi loufoques que hilarantes. L'art du dessinateur pour proposer de généreuses poitrines et de chaleureuses musculatures entre alors en scène pour ravir lectrices et lecteurs, même si c'est plus souvent le lectorat masculin qui est privilégié avec des jouissances de demoiselles, dans une mise en scène très inspirée de l'imagerie du hentai. Rien de vulgaire toutefois puisque cette même imagerie est mis en parallèle avec différentes situations, totalement alambiquées bien souvent qui créer un décalage délirant.

Un excellent équilibre entre humour et patte coquine, donc. Mais on ne peut nier que le style du dessinateur cherche aussi à provoquer l'attachement aux personnages, aux demoiselles surtout, pour leurs attributs corporels. Alice et Erina seraient-elles aussi populaires avec des poitrines et des courbes plus modérées ? Car c'est aussi pour ça que les lecteurs aiment les voir dans le récit. Cette démesure des corps a donc un impact sur le lecteur, une démesure qu'on pourrait aussi étendre à certains personnages masculins. Le chef Dôjima est un excellent exemple, sa carrure bodybuildée donnant vite au personnage une prestance qui s'associe très bien avec sa sagesse. Et toujours dans la volonté de faire de l'humour, ces musculatures masculines deviennent un délire à part entière au sein de la série, quand il s'agit de présenter la capacité du proviseur à se dénuder proportionnellement à la qualité du plat. Les auteurs, et sans doute les éditeurs, l'ont bien compris : La patte de Shun Saeki mais aussi sa manière d'apporter du décalage avec ce côté racoleur créent un charme indéniable dans la série, le dessin se mettant parfaitement au service du récit.

Mais Food Wars parle bien de cuisine, aussi cet impact visuel devait être aussi impressionnant sur les plats que nos héros préparent puis dégustent. Shun Saeki parvient à créer une véritable aura autour des différents mets préparer. Les ingrédients sont toujours présentés de manière à susciter l’appétit ou nous donner envie de nous mettre aux fourneaux, tandis que les plats finalisés sont de véritables délices visuels. Là aussi, il y a un surréalisme dans la présentation de la nourriture. Celle-ci brille souvent de mille feux et s'apparente plus à une œuvre d'art qu'à un plat à savourer, si bien qu'on s'imagine mal toucher à de tels plats. Mais paradoxalement, cette représentation visuelle réveillent l'estomac, aussi il est fortement déconseillé de lire Food Wars alors que la faim guette déjà le lecteur. Il serait même amuser de compter le nombre de lecteurs et lectrices qui se sont surpris à entendre leur ventre gargouiller en pleine lecture, tant les mets présenter font saliver sans soucis.



SHOKUGEKI NO SOMA © 2012 by Yuto Tsukuda, Shun Saeki / SHUEISHA Inc.


Adaptation française


Food Wars est publié en France depuis septembre 2014 par les éditions Tonkam, avant qu'elles ne fusionnent avec Delcourt pour devenir Delcourt / Tonkam, un changement qui impactera d'ailleurs la série.

Le shônen culinaire jouit d'un certain succès, non sans lien avec l'adaptation animée qui arrivera quelques mois plus tard, permettant à l'éditeur d'entretenir un rythme de parution soutenu, et même d'éditer le spin-off Food Wars - L’Étoile à partir de septembre 2016. Aujourd'hui, on peut affirmer que Food Wars est un shônen phare de l'éditeur, il n'est donc pas étonnant de voir plusieurs goodies à l'effigie de la série sur le stand de l'éditeur, lors des grands salons comme Japan Expo.

En terme de qualité d'édition, Food Wars bénéficie d'ouvrages bien confectionnés : un papier de bonne qualité, et une traduction bien vivante que l'on doit à Lilian Lebrun, qui rend particulièrement bien le caractère des personnages. On notera un seul bémol éditorial, qui a d'ailleurs fait parler de lui au moment de la fusion entre Delcourt et Tonkam : le léger changement de format opéré à partir du tome 11. Rien de très méchant, mais les plus à cheval sur l'harmonie de leurs collections ont grincé des dents, sachant que d'autres titres comme Jojo's Bizarre Adventure ont vu leur format inchangé.
  
  

SHOKUGEKI NO SOMA © 2012 by Yuto Tsukuda, Shun Saeki / SHUEISHA Inc.

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