Dragon Ball - Partie 1 - Actualité manga
Dossier manga - Dragon Ball - Partie 1

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Sommaire

Publié le Vendredi, 18 December 2015


Les ingrédients d'une oeuvre incontournable


L’évolution sur deux cycles


Même ceux qui n’ont jamais tenté l’aventure Dragon Ball savent que la série se décline sur deux cycles bien précis, caractérisés notamment par le découpage de l’adaptation animée. Pour beaucoup et ce même si on doit considérer que l’anime ne pourrait prendre le pas sur le manga, il existe l’ère Dragon Ball, puis l’ère Dragon Ball Z. Pour ces mêmes raisons, l’entourage de Gokû à partir de l’arc des Saiyen est nommé « Team Z », un terme relevant finalement de l’appellation de fans plus qu’une nomination officielle. Du début jusqu’au chapitre 194 inclus, correspondant à plus de dix-sept tomes, se déroule la première partie de l’aventure, les premiers combats de Gokû allant de sa rencontre avec Bulma jusqu’à son sacre en tant que champion mondial des arts-martiaux. En un sens, ce simple objectif atteint par notre héros a une symbolique : la partie des arts-martiaux est achevée et a permis à la série de s’envoler vers d’autres horizons, ce qu’elle a fait sur les volumes 17 à 42.

Effectivement, la première partie du récit s’attache à des combats plus légers, plus sportifs, qui ne cherchent pas forcément à causer la destruction mais prônant un esprit du combat plus solennel, raisons pour lesquelles nombre de tournois ont lieu durant cette phase du manga. Le Tenkaichi Budokai, directement inspiré du célèbre tournoi de baseball japonais Kôshien, joue alors un rôle majeur dans ces premiers volumes, ils sont le cadre de compétitions majeures qui permettent à de nombreux personnages de se mettre en avant au cours d’affrontements. Néanmoins, c’est de manière progressive que Gokû luttera certes pour améliorer ses performances de combattant, mais aussi pour sauver la Terre de ses ennemis. Cela va de l’armée du Ruban Rouge jusqu’à Piccolo Junior, tous avides de conquête. Recette classique certes mais de simple combattant martial, Gokû est alors devenu un héros luttant pour une cause, celle du bien, et attirant dans son camp toujours plus de compagnons.

Dans cette partie du manga, l’humour est omniprésent, ou presque. Les premiers arcs jouent énormément sur le burlesque, on sent alors la connexion évidente entre Docteur Slump et Dragon Ball au niveau du style de l’auteur. L’alchimie fonctionne d’ailleurs comme il se doit puisqu’à l’heure où Hokuto no Ken régnait sur le Shônen Jump, la recette de Toriyama dédramatisait les combats, rendant l’ambiance conviviale et légère et ce même à certains moments où l’intrigue se voulait beaucoup plus sombre et que certains personnages mourraient. C’est vraiment à partir de Piccolo Daimaoh que l’auteur a assumé une dimension plus sombre en mettant davantage de côté l’humour bien que celui-ci apparaissait comme présent à certains moments. L’acte final du premier cycle lui-même respecta ce mélange puisqu’à côté d’un tournoi où Piccolo Junior est l’ennemi à abattre, le mariage express de Son Gokû et Chichi vient apporter une romance des plus farfelues à laquelle on ne s’attendait pas une seule seconde.



Au chapitre 195 démarre ce qu’il est plus facile de nommer « Dragon Ball Z », un changement de nom dans l’anime qui va de pair avec l’évolution de l’ambiance, de l’histoire et des combats. Oui, il arrivera de rire à certains moments, notamment dans l’arc Boo qui a tenté un retour aux sources tandis que la fin du manga se profilait, mais on retient avant tout et surtout une montée dans le spectaculaire des combats et dans la surenchère des rapports de force. Le fait d’avoir fait devenir Son Gokû adulte n’est d’ailleurs pas un hasard puisque présenter des combats entre hommes a permis à l’auteur de développer des caractéristiques physiques différentes qui pouvaient alors faire échos à des joutes toujours plus grandioses. On oublie alors les tournois et même la notion d’arts-martiaux puisque Dragon Ball s’oriente alors vers des échanges de coups et de techniques démesurés, notamment à travers les vagues de Ki toujours plus variées et puissantes qui résument bien souvent l’enjeu des combats. Ce n’est donc plus en donnant un coup de pied fatal à son adversaire ou en le faisant sortir du ring que Gokû et ses amis triomphes, mais souvent en le désintégrant par un Kamehameha titanesque. Les rapports de puissance suivent alors cette idée et sont facilités par la capacité aux personnages de se transformer pour la plupart. Chaque ennemi débloque différents niveaux de puissances par ses changements de forme tandis que les héros doivent leur salut grâce aux différents stades de Super Saiyen. La suite, on la connait bien évidemment, les rebondissements se feront toujours plus capillotractés, notamment sur l’arc Boo qui osera les surenchères permanentes et souvent sorties du chapeau.

Cette deuxième partie de l’histoire développe nombre d’enjeux scénaristiques. Les combats contre les grands ennemis que sont Freezer, Cell et Boo ne se résument pas à défaire un adversaire qui souhaite simplement s’emparer de la Terre ou de l’univers, les scénarios ne cessent alors de développer le monde mis en place par Toriyama, d’oser les histoires de sauts dans le temps et de toujours contribuer au « Dragon World » si cher à l’auteur. Certains ne peuvent s’empêcher de penser à l’ambiance si légère de la première partie, mais il faut se rendre à l’évidence que Dragon Ball et son univers n’auraient pas la richesse qu’ils ont aujourd’hui si Toriyama s’était arrêté à la simple victoire de Son Gokû sur Piccolo, ce qui pourtant représentait une conclusion possible pour l’œuvre.

Quelque chose relie pourtant les deux cycles : la dimension générationnelle de l’œuvre. Outre le fait qu’Akira Toriyama ait tout fait pour lisser l’intrigue globale malgré les changement de tons des deux cycles, Dragon Ball se présente comme l’évolution de quelques personnages au fil des années, des personnages grandissant, devenant adultes et fondant leurs propres cercles familiaux, et ce en prenant toujours à cœur le rôle de défenseur de la Terre. La « famille Dragon Ball » s’agrandit, tome après tome. L’image qui suit est d’ailleurs assez évocatrice de ce qu’a voulu accomplir Toriyama avec ses personnages, et c’est une grande famille qui s’est formée après 42 volumes. Le petit Gokû est devenu père par deux fois, puis grand-père, une prouesse que bien peu de shônen a pu accomplir avec tant de cohérence.


Les raisons d’un succès


Dragon Ball fait partie de ces rares titres présentés comme des mythes. Pour beaucoup, l’œuvre de Toriyama s’inscrit sans mal au panthéon du manga, il n’est même pas rare d’entendre parler du « meilleur manga de tous les temps ». C’est complètement dithyrambique mais d’un autre côté, l’aventure de côté a effectivement joué un rôle majeur dans cet art qu’est le manga, du point de vu de l’évolution même du support mais aussi sur l’évolution du marché français de la bande-dessinée japonaise.

On dit de Dragon Ball qu’il a défini les codes d’un genre, celui du nekketsu. Littéralement « sang bouillonnant », le terme présent l’aventure d’un héros mené à se surpasser en toutes circonstances. La notion de quête initiatique est très forte dans le nekketsu, ce qui s’applique aussi à un héritage direct de Dragon Ball à la Pérégrination vers l’Ouest. D’une manière plus générale, on associe le terme à des titres de combats ou plus globalement de compétition. Le nekketsu marque alors majoritairement les œuvres de type shônen, des best-seller des années 80 comme Hokuto no Ken ou Saint Seiya en sont aussi de parfaits représentants. De même que certaines œuvres publiées bien avant celle de Toriyama ont bien implanté les codes de base du nekketsu, l’un des exemples les plus marquants est certainement Ashita no Joe, créé en 1968 par Asao Takamori et Tetsuya Chiba qui, par le parcours de Joe Yabuki, a présenté un combat contre la société, une lutte pour la vie où la boxe est un moyen de dépasser ses limites et atteindre de nouveaux horizons.

La notion du surpassement de soi était déjà donc bien présente dans le manga, bien avant Dragon Ball. Ce qu’on peut en revanche affirmer, c’est que l’œuvre de Toriyama a poussé ses codes à leur paroxysme et a multiplié les ficelles du genre en inscrivant son œuvre dans une dimension fantastique. Rarement des personnages comme Son Gokû, Son Gohan ou Vegeta auront tant surpassé leurs limites dans le manga. La surenchère de l’histoire est un élément important qui a cristallisé le nekketsu dans l’imaginaire collectif, Dragon Ball fut alors l’un des premiers à proposer des combats si extraordinaires et si spectaculaires. Même à l’heure actuelle, le titre de Toriyama reste l’un des plus dynamiques et endiablés à ce jour, rares sont les manga à doter leurs héros d’une puissance capable de pulvériser une planète. Outre la notion de puissance démesurée, Dragon Ball a fortement implanté le principe de « power-up », ces montées en puissance soudaines qui résultent de la pirouette scénaristique. Le Super Saiyan et ses déclinaisons sont célèbres pour ça et si à l’heure actuelle il n’est plus du tout étonnant de voir un héros de shônen changer littéralement pour augmenter sa puissance, il était impossible à l’époque de prédire ce qu’allait devenir Gokû en tant que guerrier.



Le nombre d’auteurs citant Akira Toriyama dans leurs références sont nombreux tant l’artiste est maintenant présenté comme un incontournable pour toute personne qui voudrait s’essayer au shônen de combat. Eiichiro Oda et Masashi Kishimoto eux-même ne sont que les héritiers de Toriyama dont l’œuvre a impacté leurs créations, One Piece et Naruto sont alors les dignes successeurs de titres qui ont chamboulé les années 80. Dragon Ball n’est pourtant pas le seul à avoir apporté sa pierre à l’édifice, on retiendra alors les deux œuvres que nous venons de citer comme majeure dans leur génération. Difficile aussi de ne pas évoquer le cas Jojo’s Bizarre Adventure, généralement citer comme le second gros impact du nekketsu pour les révolutions que la série de Hirohiko Araki a apporté, notamment la dimension stratégique et les pouvoirs déments dans les titres d’aventure.

Dragon Ball a eu un autre impact, tout particulièrement en France. La série fut un monument au Japon, mais aussi dans l’hexagone grâce à un certain Club Dorothée. Aux côtés de Saint Seiya (aka Les Chevaliers du Zodiaque à l’époque) et Hokuto no Ken (Ken le Survivant), les dessins-animés Dragon Ball et Dragon Ball Z ont fédéré une génération toute entière à l’heure où rares étaient les manga publiés sur le marché français. En faisant naître une véritable communauté de fans curieux, l’émission a abouti à la création d’une véritable offre française qui s’est enrichie au fil du temps, au point que la France n’atteigne le rang de second pays consommateur de manga au milieu des années 2000. Ce titre a été rendu possible, entre autre, par l’engouement procuré par Dragon Ball qui restait la série préférées des enfants du Club Dorothée malgré le grand succès d’autres titres. A titre d’exemple, le dessin-animé Dragon Ball Z est le seul à avoir eu droit à des projections cinémas ainsi qu’un marchandising si développé sur notre territoire. Plus que l’épopée de Seiya, la quête de Son Gokû a donc passionné plusieurs générations de fans puisque la série continue de séduire la jeunesse française alors que d’autres références majeures des années 80 se sont faites plus discrètes, bien que les flammes de la passion soient entretenues dur comme fer dans le cœur des grands fans.

  
  
  

DRAGON BALL © 1984 by Bird Studio / Shueisha Inc.

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